Il était assis à l'avant-dernier rang en cours de 5ème. Il ne sortait pas de la classe à la récréation. À 54 ans, il évite les caméras, parle rarement en public, ne conduit pas — au contraire d'Atanga Nji qui en fait une vertu politique —, et fait ses essayages chez un couturier parisien à la tombée de la nuit pour ne pas être reconnu. Face à lui, une femme qui «dépense sans compter», «exubérante, flamboyante, bonne vivante», qui «a fait la fortune de plusieurs stylistes» et qui est, selon Jeune Afrique dans son enquête exclusive du 6 juin 2026, la principale obstacle à sa nomination comme Vice-Président du Cameroun. Franck Biya contre Chantal Biya : une guerre de succession où les personnalités sont aussi éloignées que les stratégies.
La révélation la plus personnelle — et peut-être la plus politiquement significative — de l'enquête de Jeune Afrique sur Franck Biya vient d'une source inattendue : «un ancien camarade de collège». Son jugement est sans appel sur les chances politiques du fils du président : «Franck est desservi par son tempérament trop introverti. En 5ème, il était assis à l'avant-dernier rang et ne sortait pas de la classe à la récréation. C'est difficile de faire de la politique quand on a du mal à aller vers les autres.»
Une anecdote scolaire qui, trente ans plus tard, sert à qualifier un candidat à la Vice-Présidence de la République. Mais elle dit quelque chose de réel que Jeune Afrique documente par d'autres biais. Franck Biya n'a pas de compte sur les réseaux sociaux. Ses apparitions publiques se limitent aux cérémonies officielles — «galant, bien vêtu», comme le décrivait la convocation de la gendarmerie dans l'affaire Baongla. Personne ne connaît la «tonalité de sa voix», avait dit l'analyste David Eboutou sur Canal 2. Et son admission au RDPC ne date que de novembre 2023 — «adhésion tardive» que Jeune Afrique souligne comme un handicap institutionnel : comment accéder à la vice-présidence sans être membre du comité central ni du bureau politique du parti ?
L'avenue Rapp, les essayages nocturnes et la légende de la «radinerie»
Jeune Afrique révèle une anecdote parisienne qui circule dans les cercles mondains et qui dit le mystère que Franck Biya entretient autour de lui. «Cet homme l'ayant croisé sur le pas de porte d'un célèbre couturier de l'avenue Rapp, à Paris — il venait, à la tombée de la nuit, pour des essayages». Des essayages nocturnes — pour ne pas être vu, pour préserver une discrétion qu'il cultive comme une seconde nature. Une réaction qui, dans la bouche de l'interlocuteur de Jeune Afrique, suscite la boutade : «Ah bon ? Il s'est enfin mis aux costumes à plus de 2 000 euros ?»
Car selon Jeune Afrique, Franck Biya traîne une réputation de «supposée radinerie» — «travers qu'il tiendrait de son père». Face à Chantal Biya qui «dépense sans compter» et dont la garde-robe de luxe est légendaire, ce portrait d'un fils économe à l'extrême dit à quel point les deux personnalités sont aux antipodes l'une de l'autre. Et dans une culture politique où la visibilité, la générosité et la flamboyance sont des ressources politiques, l'introversion de Franck est une fragilité réelle.
Ngoh Ngoh, la créature de Chantal : 14 ans de longévité anormale
Jeune Afrique révèle le rôle clé de Ferdinand Ngoh Ngoh dans la stratégie de Chantal Biya — et pourquoi son maintien au Secrétariat Général depuis 14 ans est directement lié à la protection de la Première Dame. «C'est à elle que beaucoup attribuent le maintien du controversé Ngoh Ngoh — quatorze ans : une longévité inhabituelle — au secrétariat général de la présidence», écrit le journal. Ngoh Ngoh est le bouclier institutionnel de Chantal — l'homme qui contrôle l'information présidentielle, qui filtre les rapports de la DGRE, qui supervise les marchés publics, et qui s'opposerait à toute nomination susceptible de renforcer Franck Biya.
«L'intéressé se verrait naturellement passer à la vice-présidence», révèle Jeune Afrique — mais cette hypothèse «perd en crédibilité» selon les dernières informations du journal, Ngoh Ngoh ayant «accumulé trop d'ennemis». D'où le pivot vers Oswald Baboké — confirmé en exclusivité par Boris Bertolt — comme nouveau cheval de Troie de Chantal Biya dans la course à la Vice-Présidence.
Jeune Afrique révèle enfin le débat de fond qui agite les cercles du pouvoir : «deux Biya à la tête de l'État vaudraient mieux qu'un, estiment certains, tandis que d'autres excluent catégoriquement toute succession dynastique». La première hypothèse — Franck comme Vice-Président, successeur constitutionnel direct — présente l'avantage de la continuité et de la légitimité familiale. La seconde soulève la question de la démocratie formelle dans un pays qui se dit pluraliste.
Mais ce que Jeune Afrique dit en filigrane est plus troublant encore : Paul Biya «n'a jamais dévoilé les contours de son testament politique». À 93 ans, après un malaise lors de sa propre réception nationale, avec un chef d'état-major évacué en France et des renseignements américains qui supervisent sa protection — le patriarche n'a pas dit ce qu'il voulait vraiment pour l'après. Et dans ce silence, deux Biya se font la guerre. Pendant que le pays attend.









