Actualités of Thursday, 19 February 2026

Source: www.camerounweb.com

Succession à Etoudi : Le « Coup d’État blanc » de Louis Paul Motaze au Port de Douala

Le sieur Eran Moas est devenu pratiquement le patron du BIR Le sieur Eran Moas est devenu pratiquement le patron du BIR

En neutralisant les décrets présidentiels de 2019 et en utilisant le salaire des agents publics comme arme de chantage, le Ministre des Finances (MINFI) semble opérer une substitution de pouvoir. Entre failles sécuritaires graves et achat d’influences au sein du RDPC, enquête sur une manœuvre de « capture de l’État » qui ne dit pas son nom.

Le Port Autonome de Douala (PAD) n'est plus seulement le poumon économique de l’Afrique Centrale ; il est devenu le laboratoire d'un basculement politique majeur. Sous le prétexte d’un différend contractuel entre la multinationale SGS et l’opérateur national TransAtlantic, se joue en réalité une partition bien plus sombre : celle de l'asphyxie méthodique des institutions souveraines au profit d'une ambition personnelle pour l'après-Biya.


L’arme du « chantage » : Quand le ventre dicte la loi


Pour faire plier le Directeur Général du PAD, Cyrus Ngo’o, Louis Paul Motaze a dégainé l'arme ultime : le mécanisme de paiement des salaires. En bloquant l'homologation des virements destinés aux émoluments des employés du port, le MINFI a transformé des milliers de familles en otages.
Cet « étranglement financier » est d'autant plus troublant que le MINFI n'est pas la tutelle administrative du PAD (rôle dévolu au Ministère des Transports). En s'immisçant de la sorte, Louis Paul Motaze s'érige en « régent budgétaire », capable de paralyser une entreprise publique à capital exclusif pour imposer le retour d'un prestataire étranger.


Sécurité Nationale : Le scandale des « chars invisibles »

Pourquoi une telle obstination à maintenir la SGS ? L'argument de la "continuité de l'État" s'effondre face aux révélations sécuritaires. Des sources concordantes indiquent que le non-renouvellement initial de la SGS faisait suite à la découverte de cargaisons militaires — armes et chars de guerre — ayant traversé les terminaux sans être scannés.
En forçant le retour d'un prestataire ayant failli à sa mission régalienne, le MINFI prend le contre-pied des services de renseignement (DGRE, DST) et du Chef d'État-Major Particulier de la Présidence. Un choix qui interroge sur la priorité réelle du ministre : la sécurité du territoire ou la préservation d'une rente étrangère ?


Le défi au décret de 2019 : Une insubordination subtile


Le 24 janvier 2019, le Président de la République signait un décret réorganisant le PAD, consacrant la nationalisation de toutes les activités portuaires. Ce texte confère au PAD une autonomie totale et une personnalité juridique propre.
Dès lors, l'injonction du MINFI constitue un défi frontal à la volonté présidentielle. Un paradoxe frappant souligne cette dérive : pourquoi le Directeur Général du Port de Kribi (PAK) peut-il contractualiser librement son opérateur de scanning, alors que celui de Douala est mis sous tutelle forcée ? Cette politique du « deux poids, deux mesures » trahit une volonté de contrôler spécifiquement Douala, véritable coffre-fort de la République.


Le RDPC en ligne de mire : Acheter le futur



Derrière cette mainmise technique se cache une stratégie de conquête politique. Des informations persistantes font état d'une offensive de charme — et de moyens — dirigée vers les membres influents du Comité Central du RDPC.
En contrôlant les flux financiers du port et en s'assurant la loyauté des cadres du parti au pouvoir, Louis Paul Motaze semble préparer un « coup d'État institutionnel ». L'objectif est clair : se rendre indispensable et incontournable pour que, le moment venu, la transition ne soit qu'une formalité administrative scellée par l'argentier national.
> « On n'est plus dans la gestion des finances publiques, on est dans la privatisation de la succession par l'asphyxie des patriotes économiques », conclut l'analyste Philémon Kuate.