Le Cameroun sécurise son approvisionnement auprès du géant nigérian Dangote alors que la Sonara ne raffine toujours pas. L’accord répond à l’urgence, mais il ne remplace ni la publication des volumes et des prix ni une décision claire sur l’avenir de Limbé.
La Sonara a annoncé le 30 octobre un accord avec Dangote Group et MRS Oil & Gas pour fournir au Cameroun des produits pétroliers raffinés. Le contrat a été signé à Lagos le 22 octobre. Il intervient dans un marché sous tension, affecté par la hausse des coûts internationaux et par l’arrêt de la raffinerie camerounaise depuis l’incendie de 2019. La cérémonie de lancement, prévue avec Aliko Dangote, a été repoussée pour des raisons d’agenda. Ce report n’annule pas l’accord, mais rappelle que les modalités opérationnelles restent encore peu visibles.
Le montage rapproche un importateur public, un raffineur régional et un distributeur. Il peut réduire les ruptures, raccourcir certaines routes logistiques et donner à la Sonara une capacité de négociation plus structurée. Mais les bénéfices dépendront des volumes garantis, de la formule de prix, des coûts de transport, de l’accès aux dépôts et de la concurrence entre opérateurs. Une dépendance mieux organisée reste une dépendance si le Cameroun ne reconstruit pas parallèlement sa capacité de raffinage et ses stocks stratégiques.
Le débat ne doit donc pas opposer urgence et souveraineté. Le pays peut sécuriser aujourd’hui ses achats tout en publiant une trajectoire de reconstruction, les responsabilités financières et les objectifs de contenu local. Les consommateurs jugeront l’accord sur trois critères simples : disponibilité du carburant, stabilité des prix et transparence. Sans ces données, l’annonce restera un bouclier politique dont l’efficacité économique sera difficile à mesurer.









