Actualités of Friday, 16 October 2026
Source: www.camerounweb.com
Dix ans après, Yaoundé a pris des mesures pour répondre aux griefs des avocats anglophones, mais leur mise en œuvre reste incomplète, écrit Jeune Afrique.
Le magazine révèle d’abord que la crise avait des racines plus anciennes que celles que l’on retient. En avril 2014, deux ans avant son déclenchement, des avocats du Nord-Ouest et du Sud-Ouest s’inquiétaient déjà que le nouveau Code de procédure civile et commerciale, et le Code civil alors en rédaction, ne comportent que des textes issus du droit français. Selon Jeune Afrique, Laurent Esso s’était contenté d’évoquer une fausse rumeur, alors que cette inquiétude faisait écho à une marginalisation réelle.
Jeune Afrique cite un exemple concret : l’absence d’une section de common law à la Cour suprême aurait considérablement ralenti les dossiers venus des régions anglophones, certaines procédures pouvant passer plus de trente ans sans être enrôlées, faute de magistrats anglophones. L’avocat Felix Agbor Balla évoque auprès du magazine un malaise lié à des magistrats formés au droit civil, dont certains ne comprenaient ni la culture ni la langue anglaise.
Le magazine détaille les réponses de Yaoundé : en 2017, création d’une section de common law à la Cour suprême et à l’Enam, pour former des magistrats destinés aux régions anglophones ; en 2018, recrutement en urgence de dix traducteurs et interprètes affectés aux deux régions ; accélération de la traduction des textes disponibles seulement en français.
Jeune Afrique observe pourtant que ce système est l’un de ceux qui ont le plus souffert. Selon lui, des groupes armés ont fait des acteurs de la justice des cibles, et le tribunal de première instance de Muyuka a été incendié en juin 2018. Le personnel judiciaire a déserté pendant des années les juridictions les plus exposées. Si les tribunaux des grandes villes refonctionnent, certains, situés dans de petites localités, sont à l’arrêt depuis des années.
Le magazine rapporte enfin deux avis d’avocats : Agbor Balla reconnaît que certaines préoccupations ont fini par être reconnues, et Sendze Lucas, avocat à Kumba, estime que l’enjeu de préserver l’intégrité de la common law n’est « pas encore totalement réglé ».