Actualités of Thursday, 12 February 2026
Source: www.camerounweb.com
C’est le crépuscule d’un régime et l’agonie d’une nation, souligne Mo’oh Talo. L’auteur de l’opinion critique dépeint dans son texte l’État camerounais en proie à l'inertie, aux scandales financiers et à une lutte de clans.
Au sommet de l’État camerounais, le temps semble s'être arrêté, figé dans une inertie que seul dispute le fracas des scandales financiers. Alors que l’année 2026 entame son deuxième mois, le « pays des Lions Indomptables » ressemble davantage à un navire sans capitaine, livré aux appétits voraces de clans mafieux qui se disputent les restes d’un festin de quarante-deux ans.
La « grossesse nerveuse » du gouvernement et la guerre des clans
Le 31 décembre 2025, d'une voix chevrotante, Paul Biya annonçait une énième « mise en place d'un gouvernement dans les prochains jours ». Près de quarante jours plus tard, le peuple attend toujours. Cette attente n’est plus de l'espoir, c'est une insulte. Comme le dit un proverbe de chez nous : « À force de trop attendre que le fruit mûrisse, on finit par manger la pourriture ».
Pendant que le palais de l'unité se mure dans un silence sépulcral, les clans se neutralisent. D’un côté, l’influence tentaculaire de la « vice-présidente » de fait, Chantal Biya ; de l’autre, les barons du « socle Granitique », terrifiés à l’idée de perdre leurs privilèges. Au milieu, un président qui semble ne plus exister que par des « hautes instructions » distillées par des collaborateurs qui pillent en son nom.
L’économie du pillage : des milliards dans le vent
Le Cameroun ne marche plus, il suffoque sous le poids de projets qui ne servent qu’à enrichir une caste. Le pays est devenu un cimetière d'éléphants blancs et de marchés incestueux :
Le scandale des lampadaires à plus de 900 000 francs CFA. C’est le dernier-né de l’arrogance administrative. Un marché de gré à gré, piloté directement depuis la présidence, où l’unité de lampadaire solaire est facturée à plus de neuf cent mille francs CFA. Une insulte à la raison quand on connaît les prix du marché. Ce dossier transpire la corruption, la surfacturation et les rétrocommissions, offrant au peuple des poteaux métalliques qui ne brilleront souvent que par leur inutilité.
Le port autonome de Douala
Poumon de l'économie, il est aujourd'hui paralysé. Les clans s'y livrent une guerre de tranchées pour le contrôle des terminaux et des recettes, transformant ce hub stratégique en un goulot d'étranglement logistique.
L’autoroute Yaoundé-Douala. Un chantier de plus de dix ans pour à peine 60 km, une route de la mort qui « refuse de devenir autoroute » mais continue d'engloutir les fonds publics et les vies humaines.
L'énergie de l'obscurité. Entre les milliards de Menve’ele et les promesses de Lom Pangar, le Camerounais moyen vit au rythme des délestages. On construit des barrages à coups de dettes (plus de 12 000 milliards de francs CFA au total), mais l'électricité reste un luxe.
Une morale au caniveau et une justice à deux vitesses
Le contraste est saisissant, presque obscène. Alors que les prisons infectes du pays (Kondengui, New Bell) débordent de citoyens jetés aux fers pour des délits d'opinion, la « première fille » nationale, Brenda Biya, s'affiche en toute impunité dans des postures que la loi camerounaise réprime pourtant avec une violence médiévale pour le commun des mortels.
L'impunité est devenue la règle pour ceux qui tiennent le tampon de l'État. Des affaires comme le Covidgate ou le scandale Glencore (où des responsables de la SNH et de la Sonara sont cités pour des pots-de-vin) restent sans suite, pendant que l'on traque le petit vendeur à la sauvette.
Pourtant, sous cette chape de plomb, le Cameroun gronde. La résilience légendaire de ce peuple n'est pas une acceptation, c'est une accumulation d'énergie. La contestation de l'élection de 2025, bien que traitée par le mépris, rappelle que la légitimité ne s'achète pas à coups de PV préremplis.
La diaspora, dynamique et impatiente, regarde vers le pays. Elle sait que le « grand déluge » tant redouté par les prévaricateurs sera aussi le grand nettoyage.
Le Camerounais est comme le roseau : il plie sous le poids de la dictature, de la corruption et de la misère, mais il ne rompt pas. Le temps des comptes approche, et aucun passeport diplomatique ne pourra freiner l'histoire en marche.
L’heure des comptes : quand le peuple reprendra son dû
Le réveil sera brutal pour ceux qui pensent que l'on peut diriger un pays éternellement derrière une photo. Que les prévaricateurs ne s’y trompent pas : le silence du peuple n’est pas une amnésie. Chaque franc CFA détourné dans les marchés publics, chaque rétrocommission perçue sur les barrages et chaque milliard évaporé des caisses publiques est minutieusement consigné dans la mémoire collective.
Le temps approche où ce système de privilèges, bâti sur la misère du plus grand nombre, s'effondrera sous son propre poids. Ce jour-là, l’État ne se contentera pas de changer de visage ; il exigera réparation. Les fortunes insolentes accumulées sur le dos des Camerounais seront restituées au trésor public, et ceux qui ont pillé la nation pour asseoir leur puissance devront enfin rendre gorge devant la justice de l'histoire. Car si le roseau plie, il finit toujours par se redresser, balayant sur son passage ceux qui ont cru pouvoir l’étouffer à jamais.