Actualités of Tuesday, 11 August 2026

Source: www.camerounweb.com

Scandale à l’examen d’entrée au barreau du Cameroun : Jusqu’à 3,5 millions pour être admis

L’examen d’entrée en stage au Barreau du Cameroun suscite une vive contestation après l’élimination de 547 candidats sur 1 555 admis à l’oral. Les candidats recalés s’interrogent sur le respect des coefficients, du seuil d’admission et sur une éventuelle sélection de type concours, alors que le processus serait officiellement un examen d’aptitude. Ils réclament également l’accès à leurs notes et aux procès-verbaux du jury.

EXAMEN D’ENTREE AU BARREAU DU CAMEROUN : 547 CANDIDATS RECALÉS APRÈS L’ORAL, DES POSTULANTS RÉCLAMENT UNE ENQUETE PARLEMENTAIRE

Le récent examen d’aptitude au stage d’avocat continue de susciter une vive contestation au Cameroun. Des candidats recalés dénoncent ce qu’ils considèrent comme une transformation de fait d’un examen en concours, s’interrogent sur l’élimination de 547 postulants après l’oral et réclament la transparence sur les notes. Ils mettent également en cause la gestion de frais supplémentaires de 50 000 FCFA et rapportent des allégations de corruption pouvant atteindre 3,5 millions de FCFA. Ces dernières accusations, particulièrement graves, restent à établir.

La contestation autour du récent examen d’entrée en stage au Barreau prend désormais une dimension institutionnelle. Des candidats demandent aux parlementaires camerounais de se saisir du dossier et souhaitent que l’ensemble du processus ayant conduit à la publication des résultats définitifs puisse être examiné.

Au centre de leur argumentation se trouve une question : les règles prévues pour un examen d’aptitude ont-elles effectivement été respectées ou une sélection supplémentaire a-t-elle été introduite au cours du processus ?

1 555 candidats à l’oral, mais 547 recalés

Selon les chiffres communiqués par les contestataires, 1 555 candidats ont été autorisés à participer aux épreuves orales et 547 n’ont finalement pas été admis.

C’est cette élimination qui suscite les principales interrogations.
Les candidats affirment que les 1 555 personnes ayant accédé à l’oral auraient obtenu au moins 15/20 de moyenne à l’écrit. Ils soutiennent également que les épreuves écrites seraient affectées d’un coefficient 7 contre un coefficient 2 pour l’oral et que la moyenne définitive nécessaire à l’admission serait fixée à 12/20.

Sur cette base, ils avancent un calcul : un candidat disposant de 15/20 à l’écrit et obtenant seulement 2/20 à l’oral conserverait une moyenne pondérée supérieure à 12/20.

Dès lors, demandent-ils, comment 547 candidats ayant atteint l’oral ont-ils pu être éliminés ?

Ces affirmations sur les notes minimales, les coefficients et le seuil d’admission doivent toutefois être confrontées aux textes régissant précisément cette session ainsi qu’aux procès-verbaux du jury. Leur publication ou leur communication aux candidats permettrait de trancher la controverse sur des éléments objectifs.

« Examen » ou concours avec quota ?

Pour les contestataires, le problème dépasse leurs résultats individuels.
Ils estiment que lorsqu’un texte organise un examen, tout candidat remplissant les conditions et obtenant la moyenne réglementaire devrait normalement être déclaré admis. À l’inverse, un concours permet de classer les candidats et de ne retenir qu’un nombre déterminé de personnes en fonction des places disponibles.
Ils soupçonnent donc qu’un mécanisme de sélection aurait été appliqué après les épreuves sans avoir été clairement annoncé.

Certains candidats envisagent désormais un recours juridictionnel pour obtenir l’examen des conditions dans lesquelles les résultats ont été arrêtés.

Ils réclament surtout la communication des notes obtenues aux différentes épreuves afin que chacun puisse vérifier son résultat.

50 000 FCFA supplémentaires : où est passé l’argent ?

Deuxième foyer de contestation : les 50 000 FCFA supplémentaires réclamés aux candidats pour l’organisation de l’examen.
Plusieurs postulants affirment avoir consenti d’importants sacrifices pour réunir cette somme et demandent désormais un compte détaillé de son utilisation.

Ils reconnaissent que des collations ont notamment été distribuées au Palais polyvalent des sports de Yaoundé, mais considèrent que cela ne répond pas à la question financière.

Ils souhaitent connaître le nombre exact de personnes ayant versé les 50 000 FCFA, le montant total collecté et la ventilation des dépenses financées par ces contributions.

Une reddition des comptes permettrait ici encore de répondre aux soupçons sans spéculation.

Jusqu’à 3,5 millions de FCFA pour être admis ? De graves accusations à vérifier

Les témoignages transmis deviennent beaucoup plus préoccupants lorsqu’ils abordent de possibles réseaux de corruption.
Des candidats affirment qu’à l’approche de la dernière étape du processus, des intermédiaires auraient proposé des « réseaux » permettant prétendument d’obtenir une admission.

Une somme de 3,5 millions de FCFA aurait notamment été réclamée à certains candidats, avec des allusions à des connexions au ministère de la Justice.

À ce stade, aucun élément communiqué ne permet d’établir que cette somme a effectivement été demandée pour le compte d’un responsable du ministère, du Barreau ou du jury. Il serait donc abusif d’imputer directement ces pratiques aux institutions citées sans enquête.

Mais l’existence même de tels témoignages devrait conduire les autorités à rechercher les éventuels intermédiaires, identifier les numéros utilisés, retracer d’éventuelles transactions et déterminer si les candidats ont été victimes de simples escrocs utilisant le nom de responsables publics ou d’un véritable système de trafic d’influence.

Le commerce des lettres de parrainage également pointé du doigt

Les contestataires évoquent par ailleurs une autre pratique : la vente présumée des lettres de parrainage.

Certains candidats affirment que l’obtention de ces documents donnerait lieu à des transactions financières informelles.

Là encore, la responsabilité personnelle du bâtonnier ou de responsables de l’Ordre ne saurait être déduite de ces seules accusations. Mais une vérification permettrait de déterminer si un commerce parallèle s’est effectivement développé autour d’une formalité liée à l’accès à la profession.

Les députés appelés à ouvrir une enquête

Face à l’accumulation des interrogations, les candidats mécontents veulent désormais déplacer le débat sur le terrain institutionnel.
Ils interpellent les députés et réclament une enquête parlementaire sur l’organisation de cette session. Ils souhaitent que soient notamment examinés les critères d’admission, les notes des candidats, les procès-verbaux du jury, la gestion des 50 000 FCFA supplémentaires et les témoignages faisant état de sollicitations financières.

Une pétition serait actuellement en préparation pour soutenir ces revendications.

Des réformes profondes réclamées

Les contestataires ne demandent pas seulement une vérification de la session écoulée. Ils proposent également une réforme de l’accès à la profession d’avocat.

Ils réclament notamment le réexamen de la situation des 547 candidats éliminés après l’oral, voire leur admission si l’analyse des notes établit qu’ils ont effectivement obtenu la moyenne réglementaire.

Ils proposent également d’élargir les diplômes permettant de présenter l’examen, tout en renforçant le contrôle des licences professionnelles délivrées par les établissements privés.

Pour les titulaires d’un doctorat en droit, certains proposent un accès spécifique au Barreau après une formation de recyclage ou d’adaptation professionnelle.

Enfin, ils réclament un système garantissant davantage l’égalité entre candidats, indépendamment de leurs relations, de leur origine sociale ou de leurs capacités financières.

Une seule manière de mettre fin aux soupçons : publier les éléments vérifiables

Les accusations de corruption et d’escroquerie formulées autour de cet examen sont extrêmement sérieuses. Elles ne peuvent être considérées comme établies sur la seule base des témoignages de candidats mécontents.

Mais l’absence de transparence nourrit inévitablement les suspicions.
Le ministère de la Justice, le Barreau du Cameroun et les responsables de l’organisation de l’examen disposent d’un moyen relativement simple de répondre à une grande partie des interrogations : préciser officiellement les coefficients et le seuil d’admission, permettre aux candidats d’accéder à leurs notes et expliquer le mécanisme ayant conduit à l’élimination de 547 personnes après l’oral.

Pour une profession dont la mission consiste précisément à défendre le droit et la justice, la transparence de son propre mécanisme d’accès ne devrait pas être négociable.

Boris Bertolt