La visite du site par le conseiller technique n°2 au ministère des Sports, Cyrille Tollo, en présence de caméras, a provoqué de vifs débats au sein de l’opinion publique camerounaise.
Qui a autorisé Cyrille Tollo à ouvrir Olembé aux caméras : le premier ministre, le MINCOM ou le MINSEP ? 155 milliards dépensés, l’image du Cameroun humiliée en mondovision, les responsabilités doivent être établies et sanctionnées
Est-ce ainsi que l’on présente au monde une infrastructure nationale ayant déjà absorbé, selon M. Tollo lui-même, 155 milliards de FCFA, 113 milliards pour Piccini et 42 milliards pour Magil ?
QU’EST CE QUI NE VA PAS AVEC LE CAMEROUN ?
La question n’est plus seulement de savoir si l’hôtel d’Olembé est achevé à 40 %, 50 % ou 90 %. La question est désormais institutionnelle : qui a autorisé cette visite et qui en assume la responsabilité politique ?
La vidéo de deux minutes et demie montre le professeur Cyrille Tollo, conseiller technique n°2 au ministère des Sports, conduisant des visiteurs et des caméras dans les espaces présentés comme ceux de l’hôtel du complexe d’Olembé. On y voit des plateaux nus, des cloisons techniques ouvertes, des gaines apparentes et des pièces encore dépourvues d’équipements. Aucun protocole officiel n’est perceptible : ni signalétique, ni présentation technique, ni ingénieur exposant le taux d’exécution, ni dossier de presse, ni mesures visibles d’encadrement du parcours.
Est-ce ainsi que l’on présente au monde une infrastructure nationale ayant déjà absorbé, selon M. Tollo lui-même, 155 milliards de FCFA — 113 milliards pour Piccini et 42 milliards pour Magil ?
Le décret portant organisation du gouvernement est pourtant clair : le Premier ministre, chef du gouvernement, dirige l’action gouvernementale. Ses services disposent même d’une Division de l’information et de la coordination de la communication gouvernementale, chargée du pilotage interministériel de cette communication. Le ministère de la Communication, porte-parole du gouvernement, est responsable des stratégies de communication gouvernementale, de l’accréditation des journalistes et de l’encadrement médiatique des événements institutionnels. Services du Premier ministre, coordination de la communication gouvernementale.
Il faut donc répondre publiquement à cinq questions :
1. Le Premier ministre Joseph Dion Ngute a-t-il été informé de cette opération de communication portant sur l’un des projets les plus controversés de son gouvernement ?
2. Le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a-t-il validé la stratégie, les images et les éléments de langage diffusés ?
3. Le ministre des Sports, Narcisse Mouelle Kombi, a-t-il officiellement mandaté son conseiller technique n°2 pour conduire cette visite ?
4. L’ONIES ou l’autorité gestionnaire du site a-t-elle délivré une autorisation écrite d’accès, de tournage et de diffusion dans ces espaces inachevés ?
5. Qui a validé les chiffres contradictoires communiqués à l’opinion ?
Parce que la contradiction est désormais publique. Le 14 septembre, M. Tollo présente l’hôtel de 70 chambres et quatre suites présidentielles comme entièrement construit et carrelé, n’attendant pratiquement que son ameublement. Le lendemain, les chiffres qui lui sont attribués indiquent que l’hôtel n’est réalisé qu’à 40 %, tandis que le centre commercial de 18 000 m² atteindrait 50 %. Un hôtel ne peut pas être simultanément presque prêt à être meublé et achevé à seulement 40 %. Déclarations du 14 septembre, chiffres du 15 septembre.
Dans un gouvernement professionnel, une telle visite aurait été préparée : autorisation formelle, parcours sécurisé, rapport d’avancement, données financières consolidées, ingénieurs responsables, porte-parole mandaté et calendrier précis d’achèvement.
Au Cameroun, un patrimoine financé par le contribuable semble avoir été ouvert aux caméras comme une maison de quartier.
Si cette visite était officiellement autorisée, alors le MINSEP, le MINCOM et la coordination gouvernementale doivent assumer collectivement cette humiliation communicationnelle. Si elle ne l’était pas, celui qui a organisé l’accès, conduit la visite et exposé au monde ces espaces sans protocole doit répondre d’une faute administrative grave.
La sanction demandée n’est pas une vengeance. Elle est le rétablissement de l’autorité de l’État. Un pays ne peut pas engager 155 milliards de FCFA dans une infrastructure, perdre ensuite le contrôle de sa présentation publique et laisser un conseiller technique improviser seul la défense de tout un gouvernement.
Lorsque l’État ne contrôle plus ni son chantier, ni ses chiffres, ni ses images, ni sa parole, l’inachèvement d’Olembé devient l’inachèvement de l’État lui-même.
Le Premier ministre doit ordonner une clarification. Le MINCOM doit dire s’il a autorisé cette opération. Le MINSEP doit identifier le mandat exact de M. Tollo. Et si cette visite relevait d’une initiative improvisée, les responsabilités doivent être établies et les sanctions prises. Parce qu’on ne transforme pas l’argent d’un peuple en décombres médiatiques. Et l’on n’humilie pas tout un pays en mondovision sans rendre des comptes.
Pr Jimmy Yab









