Un "court séjour privé" qui interroge : depuis dimanche, Paul Biya est en Europe, officiellement pour un séjour sans précision de durée. Pourtant, après son malaise du 20 mai au Palais de l’Unité, où les images ont soigneusement évité de montrer ses difficultés physiques, une question taboue s’impose : et si le président ne rentrait pas ? Entre déni collectif et préparation constitutionnelle (l’intérim reviendrait au président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye), le Cameroun se trouve face à un scénario inévitable : l’après-Biya. Un sujet que le pays ne peut plus ignorer.
“Court sejour privé”: Et si demain Paul Biya ne revenait pas ?!
Et si demain Paul Biya ne rentrait pas au Cameroun? Oserait‑on enfin poser la question que beaucoup murmurent sans jamais l’assumer publiquement ?
Il devient urgent de regarder cette éventualité en face. Non par provocation, mais par lucidité. L’homme‑lion n’a plus la vigueur d’antan, et la stabilité déjà fragile du Cameroun ne peut plus reposer sur le déni collectif.
Depuis Dimanche, Paul Biya est en « court séjour privé en Europe ». Une formule devenue un code. Rien n’indique que ce séjour sera court, si l’on se fie aux habitudes du chef de l’État et à une santé qui semble de plus en plus vacillante. Le 20 mai, le pays a vu ou plutôt a deviné, tant la télévision nationale a soigneusement évité les plans compromettants un président peinant à rester debout.
Les rumeurs de malaise lors de la réception officielle ont circulé avec insistance.
Ce qui est certain, c’est qu’il vieillit, et qu’il a construit un système destiné à lui permettre de mourir au pouvoir : armée loyale, élections contestées, opposition neutralisée, espace civique étouffé. Une situation que le Cameroun n’avait jamais connue, Ahidjo ayant, lui, quitté le pouvoir.
Alors, et si Biya ne revenait pas ? Et si, comme Omar Bongo en 2009, il décédait lors de ce séjour Européen ? À quoi faudrait‑il s’attendre ?
L’annonce officielle viendrait sans doute de la télévision nationale, mais probablement pas en premier. À l’ère des réseaux sociaux, avec une Brenda Biya très présente en ligne et des Camerounais disséminés dans des lieux stratégiques, il est presque certain que l’information filtrerait de manière informelle avant toute confirmation institutionnelle.
Si l’on s’en tient à l’article 6 de la Constitution du 18 janvier 1996, révisée en 2008, la Constitution prévoit que, faute de vice‑président, poste jamais pourvu, le président du Sénat assure l’intérim.
Aboubakary Abdoulaye deviendrait ainsi chef de l’État pour une période de 20 à 40 jours, après :
la déclaration de vacance définitive de la présidence par le Conseil constitutionnel, saisie par le gouvernement statuant à la majorité absolue, et confirmée par une résolution votée aux 2/3 à l’Assemblée nationale et au Sénat.
Ses pouvoirs seraient limités : il ne pourrait pas former un nouveau gouvernement. Sa mission unique serait d’organiser l’élection présidentielle.
On pourra aussi s’attendre à : des obsèques officielles,un deuil national de 3 jours probablement, le scellage immédiat du bureau du président,
une communication millimétrée visant à préserver l’image d’un État au contrôle.
Chaque « court séjour » du président devrait être un rappel que le Cameroun vit suspendu à la santé d’un homme de plus de 90 ans, au pouvoir depuis 43 ans. Même s’il tenait encore cinq ans, l’essentiel est derrière lui.
Refuser d’envisager l’après, c’est accepter que le pays soit pris de court le jour où l’inévitable surviendra.
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