Actualités of Monday, 19 October 2026
Source: www.camerounweb.com
Samuel Mvondo Ayolo est fortement critiqué d’avoir rompu avec la tradition de réserve de ses prédécesseurs en s’exprimant devant des médias occidentaux sur la situation au sommet de l’État. Cette prise de parole brouille les responsabilités institutionnelles, marginalise la presse nationale et empiète sur les prérogatives de la communication gouvernementale.
En s'exposant devant les médias occidentaux pour pallier le silence présidentiel, l'actuel Directeur du Cabinet Civil (DCC) brise soixante-six ans de réserve républicaine. Entre confusion des rôles et confiscation de la parole publique, cette intrusion médiatique sans précédent consacre la déliquescence des institutions et l'avènement d'une régence de l'ombre au sommet d'Étoudi. Analyse historique d’un parjure politique au cœur du pouvoir camerounais.
Le Cabinet Civil de la Présidence de la République du Cameroun a cessé d'être le coffre-fort des secrets de l’État. Historiquement caractérisé par un mutisme sacré et une neutralité de façade, le cœur battant du palais d'Étoudi s'expose désormais en première ligne du débat politique.
En choisissant de s'adresser directement à la presse internationale pour pallier les incertitudes institutionnelles et le grand silence présidentiel, Samuel Mvondo Ayolo s'est octroyé un rôle inédit. Il érige par effraction au rôle de porte-parole du président — donc du gouvernement!
De toute l’histoire politique du Cameroun depuis l'indépendance en 1960, aucun Directeur du Cabinet Civil (DCC) n'avait commis la maladresse de se substituer ainsi aux spécialistes de la communication gouvernementale.
DE 1960 À NOS JOURS : L'ÈRE DES PATRONS DE L'OMBRE
Pour mesurer l'ampleur de la rupture doctrinale opérée par l'actuel DCC, il faut se plonger dans la trajectoire de ses prédécesseurs. De l'indépendance à la fin de l'ère Ahidjo, puis sous le régime de Paul Biya, le Cabinet Civil a vu défiler les véritables gardiens de la discrétion républicaine. Tous avaient en commun le culte du secret et l'effacement total derrière la fonction présidentielle.
L'ÈRE AHMADOU AHIDJO (1960 - 1982) : LES SOUVERAINS DE LA DISCRÉTION
Christian Tobie Kouoh (Début des années 1960) : Administrateur civil d'exception, il est le pionnier qui structure la haute administration et le Cabinet Civil aux premières heures de l'indépendance.
Clément Langué Tsobgny (1965 – 1967) : Grand commis de l'État et diplomate rigoureux, il gère le cabinet d'Ahidjo avec une discrétion absolue, loin des projecteurs médiatiques.
Paul Biya (1967 – 1968) : Nommé DCC par Ahidjo, il cumulera ensuite cette influence stratégique avec le Secrétariat Général avant d'être propulsé Premier ministre. Il demeure le seul DCC de l'histoire devenu chef de l'État.
Philémon Beb à Don (Fin de l'ère Ahidjo – 1984) : Diplomate de carrière, il assure avec une neutralité froide la délicate transition de novembre 1982 entre Ahmadou Ahidjo et Paul Biya.
L'ÈRE PAUL BIYA (DEPUIS 1982) : LA FORTERESSE DU SILENCE ÉTATIQUE
Philémon Beb à Don (1982 – 1984) : Reconduit au début du Renouveau, il maintient la stricte tradition de réserve du cabinet.
Philippe Mataga (1984 – 1988) : Diplomate chevronné, il incarne la rigueur administrative et l’orthodoxie protocolaire.
Adolphe Moudiki (1988 – 1989) : Juriste rigoureux et homme de dossiers réservés, avant de prendre la tête de la SNH.
Laurent Esso (1989 – 1996) : Magistrat froid et méthodique. Durant ses sept années de magistère, il érige le silence absolu du DCC en dogme institutionnel inviolable.
Martin Belinga Eboutou (1996 – 1997) : Premier passage de ce diplomate intime du Président, qui commence à façonner la diplomatie parallèle du régime.
Alain Edgar Mebe Ngo'o (1997 – 2005) : Administrateur civil au profil de commandement territorial, il durcit l'accès au chef de l'État et verrouille le sanctuaire présidentiel.
Jean-Baptiste Beleoken (2005 – 2009) : Ancien diplomate au profil effacé, limitant strictement son rôle à la gestion des affaires courantes.
Martin Belinga Eboutou (2009 – 2018) : Pour son second passage, le "vice-Dieu" gère d'une main de fer l'agenda et l'intimité politique d'un président de plus en plus distant, sans jamais s'abaisser aux justifications médiatiques.
SAMUEL MVONDO AYOLO : LA RUPTURE DU PARJURE RÉPUBLICAIN
Nommé en mars 2018, Samuel Mvondo Ayolo, ancien ambassadeur du Cameroun à Paris, est en fonction depuis plus de 8 ans. Son passage au Cabinet Civil marque l'avènement d'un exhibitionnisme médiatique sélectif. Il est le DCC qui a le plus fait les choux gras des réseaux sociaux au gré de ses pulsions charnelles, alors que la délicatesse de sa fonction impose la discrétion absolue!
En s'exprimant devant la presse occidentale, le DCC Samuel Mvondo Ayolo commet un triple parjure républicain.
Premièrement, il humilie la presse nationale qu'il fuit systématiquement, réservant ses confidences à des canaux étrangers comme pour y chercher une légitimité de régent.
Deuxièmement, il court-circuite le ministère de la Communication, actant le désordre d’une gouvernance où l'ombre s'improvise porte-parole.
Enfin, il trahit le secret de sa propre fonction en devenant le traducteur public d’un silence présidentiel qui n'appartient pourtant qu'au peuple camerounais.
Certes, la Présidence de la République du Cameroun n'a pas officiellement pourvu le poste de Chef de la Cellule de la Communication — ce spécialiste de la communication institutionnelle dont le supérieur hiérarchique direct reste le DCC — mais ce vide administratif ou organisationnel ne confère en rien la compétence technique, et encore moins la légitimité politique, à Samuel Mvondo Ayolo pour exercer la parole de l’institution présidentielle à sa place. L'absence d'un technicien ne transforme pas un gestionnaire d'agenda en porte-parole de la Nation.
LE SYMPTÔME CLINIQUE D'UN ABUS DE FAIBLESSE INSTITUTIONNEL
Cette maladresse de communication n'a rien d'un hasard. Elle est le symptôme clinique d’un régime en fin de cycle. La réalité que tente de masquer cette omniprésence médiatique est intenable : un chef d'État de 94 ans, affaibli par le poids des années et de la maladie, maintenu hors de vue de ses concitoyens.
Dans une République digne de ce nom, la fonction présidentielle impose une obligation absolue de proactivité, d'incarnation et d'action continue au service de l'État. Or, ce huis clos au sommet d'Étoudi s'apparente désormais à un abus de faiblesse institutionnel orchestré par une faction de collaborateurs.
En se substituant à la voix du président absent, Samuel Mvondo Ayolo ne rassure plus ; il confirme le diagnostic d’une confiscation du pouvoir.
Jamais l'ombre d'Étoudi n'avait été aussi bavarde, et jamais les institutions de la République n'avaient été aussi rabaissées.
Loic Kodjay