Infos Santé of Tuesday, 24 March 2026

Source: www.camerounweb.com

Santé : Manaouda Malachi fait perdre 280 et 420 milliards à Paul Biya chaque année

70% des dépenses de santé supportées directement par les ménages 70% des dépenses de santé supportées directement par les ménages

Le système de santé camerounais perd chaque année entre 280 et 420 milliards de FCFA en raison d’inefficacités telles que les erreurs médicales, la mauvaise gestion, le manque de formation du personnel et la corruption. Ces pertes représentent une part importante du budget national et traduisent une défaillance structurelle du secteur.

Au-delà des pertes financières directes, ces dysfonctionnements ont un impact économique majeur en réduisant la productivité, en entraînant des décès évitables et en affaiblissant le capital humain. Par ailleurs, les ménages supportent une grande partie des dépenses de santé, ce qui les expose à l’appauvrissement.



Le coût économique caché du système de santé inefficace au Cameroun


Le Cameroun perd chaque année l’équivalent du budget de deux ministères dans les défaillances de son système de santé.

Ce constat n’est pas une figure de style : entre 280 et 420 milliards de FCFA, soit 1,2 à 1,8% du PIB, s’évaporent chaque année du fait des erreurs médicales, de la mauvaise gestion, de la sous-formation et de la corruption structurelle du secteur. Le pays dépense davantage pour subir la maladie de son système que pour le soigner.

L’hémorragie budgétaire : un gaspillage institutionnalisé

L’Organisation mondiale de la santé estime que dans les pays à gouvernance fragile, 20 à 30% des budgets publics de santé se perdent dans l’inefficience.
Appliqué au Cameroun, dont le budget sanitaire se situe entre 250 et 300 milliards FCFA, cela représente déjà 50 à 90 milliards de pertes chaque année. Ces fuites traduisent une défaillance chronique de pilotage et de reddition des comptes.

- Erreurs médicales : la facture cachée.
Avec près de 1,5 million d’hospitalisations par an, même 5% d’erreurs évitables entraînent une perte minimale de 11 milliards FCFA. Ces défaillances ne sont pas que des drames humains : elles constituent aussi des réhospitalisations, des traitements répétés et des journées de travail perdues.

- Personnel sous-formé : 30 milliards jetés par la fenêtre.
L’absence de formation continue multiplie les diagnostics tardifs, les gestes inadaptés et les examens inutiles. Chaque acte mal exécuté coûte à la fois au patient et à l’État.

- Infrastructures mal entretenues : 20 à 30 milliards de surcoûts.
Un hôpital qui accumule les pannes d’équipements coûte deux fois : en réparations urgentes et en perte de productivité médicale.

- Corruption : le trou noir du budget.
Selon les rapports de la CONAC, 20 à 40 milliards FCFA disparaissent chaque année par surfacturations, marchés fictifs et détournements. Ce phénomène est devenu systémique, alimenté par l’opacité et l’impunité administrative.

Chaque franc qui s’échappe dans cette inefficacité pourrait financer des centres de santé communautaires, des unités d’urgence régionales ou la formation de plusieurs centaines de médecins spécialisés.

Les coûts indirects : la véritable bombe économique

Ces pertes budgétaires ne sont qu’un symptôme visible d’une maladie beaucoup plus profonde : la dégradation du capital humain.

La mauvaise santé freine la productivité, réduit la compétitivité des entreprises et pèse directement sur la croissance.

Chaque décès prématuré d’un adulte actif représente entre 30 et 60 millions FCFA de productivité perdue. En considérant seulement 5 000 décès évitables par an, le pays perd près de 250 milliards FCFA, soit l’équivalent du budget annuel de la fonction publique.

À cela s’ajoutent les absences répétées, la fatigue chronique, les maladies mal soignées et l’insécurité sanitaire qui minent l’efficacité au travail.

Ainsi, le système de santé n’est pas seulement un enjeu social : il s’agit d’un risque macroéconomique majeur. Un pays où les citoyens sont malades produit moins, consomme moins et investit moins.

Les ménages : boucliers économiques d’un système défaillant

Avec 70% des dépenses de santé supportées directement par les ménages, le Cameroun figure parmi les pays où la maladie appauvrit le plus vite.

Une hospitalisation grave suffit souvent à provoquer un effondrement financier : vente d’actifs, endettement, interruption de scolarité, baisse de la consommation.

Cette dépense privée non mutualisée agit comme une taxe invisible sur les classes moyennes, pénalisant la demande intérieure et fragilisant l’assiette fiscale nationale.

La pauvreté liée à la maladie entretient ainsi un cercle vicieux qui réduit la capacité des ménages à investir dans l’éducation et la productivité.

Pour une politique de santé rentable : trois horizons d’action

Le CVFC plaide pour une réforme fondée sur un principe simple : rendre la santé publique économiquement performante.

Réformer la santé, ce n’est pas dépenser plus, c’est dépenser mieux.

- À court terme : restaurer l’efficacité.
Audits financiers indépendants, achats groupés transparents, maintenance préventive obligatoire, contrats de performance pour les hôpitaux : ces mesures peuvent générer jusqu’à 50 milliards d’économies dès la première année.

- À moyen terme : investir dans le capital humain sanitaire.
Généraliser la formation continue, organiser la spécialisation régionale des hôpitaux, renforcer les filières biomédicales et intégrer systématiquement la donnée de santé pour guider les politiques publiques.

- À long terme : transformer la gouvernance.
Digitalisation des chaînes d’approvisionnement, centralisation des achats essentiels, création d’agences indépendantes d’audit et de qualité, et dépolitisation des directions hospitalières.

Une réduction de 10% de l’inefficacité structurelle équivaudrait à 30 à 40 milliards FCFA de marge budgétaire récupérée chaque année — de quoi financer durablement la couverture santé universelle.

Conclusion

Un Cameroun en meilleure santé est un Cameroun plus riche. La réforme du système de santé n’est pas qu’une promesse sociale : c’est une exigence économique.

Chaque gaspillage réduit la croissance ; chaque amélioration du système renforce la productivité. Un Cameroun en meilleure santé est plus compétitif, plus attractif pour les investisseurs et plus stable financièrement.
“Le Cameroun doit choisir : perdre encore des milliards dans l’inefficacité ou investir pour libérer son potentiel productif

Par Charles Menye –
Président du Comité Citoyen de Vigilance Financière CEMAC (CVFC)