Alors que les Lions Indomptables enchantent le Maroc et galvanisent tout un peuple, l'observateur politique Junior Rengou voit dans cette épopée sportive bien plus qu'une simple compétition de football. Pour lui, le parcours camerounais à la CAN 2025 constitue un véritable "signal politique" et une démonstration éclatante que le changement est possible au Cameroun.
Sur les terrains marocains, les Lions Indomptables ne se contentent pas de jouer au football : ils incarnent une rupture. C'est en tout cas la lecture que fait Junior Rengou de leur parcours à la Coupe d'Afrique des Nations. Dans une analyse qui secoue le microcosme politique camerounais, cet observateur averti affirme que Samuel Eto'o, par sa gestion de l'équipe nationale, est devenu sans le vouloir l'adversaire le plus redoutable du système établi.
La thèse de Junior Rengou est audacieuse mais argumentée. Selon lui, le président de la Fédération camerounaise de football a réussi là où tant d'acteurs politiques ont échoué : appliquer concrètement les principes de rupture que tout le monde réclame dans les discours.
La rupture générationnelle d'abord. Eto'o a osé ce que peu ont le courage de faire : écarter les anciens, les figures rassurantes mais fatiguées, pour confier les clés de l'équipe à une nouvelle génération. Un pari risqué qui paie aujourd'hui sur le terrain et qui contraste violemment avec le fonctionnement d'un État souvent accusé de cultiver la gérontocratie.
Le mérite ensuite. "Je ne connais pas l'ethnie de Namaso ou d'Epassi, je sais seulement que le Cameroun gagne", martèle Junior Rengou. Dans une société camerounaise où les clivages ethniques et régionalistes pèsent lourd dans les nominations et les choix stratégiques, l'équipe nationale offre le spectacle rafraîchissant d'une méritocratie assumée. Peu importe d'où tu viens, seul compte ce que tu apportes sur le terrain.
La discipline enfin. Une rigueur imposée, non négociable, qui redonne une colonne vertébrale à l'ambition collective. Eto'o a instauré un cadre strict où les règles s'appliquent à tous, sans privilège ni passe-droit. Une approche qui résonne comme un reproche implicite à un système souvent critiqué pour son opacité et ses arrangements.
Mais c'est dans sa critique des spectateurs de ce succès que Junior Rengou se montre le plus tranchant. Il ne ménage ni les soutiens du régime, ni ses opposants, leur renvoyant dos à dos leurs contradictions.
Aux défenseurs du pouvoir en place, il adresse un reproche cinglant : comment peut-on applaudir la "méthode Eto'o" avec ses principes de changement radical, de renouvellement générationnel et de rupture avec les pratiques anciennes, tout en continuant de soutenir au quotidien un système politique que beaucoup jugent figé et vieillissant ? L'enthousiasme pour les Lions, souligne-t-il, devrait logiquement s'accompagner d'une exigence de transformation similaire dans la gouvernance du pays.
Mais l'observateur réserve ses mots les plus durs pour une certaine frange de l'opposition. Il fustige sans détour ceux qui, par calcul politicien, en viennent à souhaiter la défaite des Lions Indomptables pour ne pas "faire le jeu du pouvoir". Pour Junior Rengou, cette posture relève de la trahison intellectuelle et morale. Souhaiter l'échec de ses propres enfants, de ses compatriotes qui portent le maillot national, au nom de stratégies politiciennes, c'est trahir l'essence même du patriotisme.
"Comment peut-on prétendre aimer son pays et espérer secrètement que son équipe nationale perde ?", interroge-t-il. Cette contradiction, selon lui, révèle une dérive où la haine du régime en place finit par dévorer l'amour de la Nation elle-même.
"Soutenir les Lions, c'est choisir la Nation contre le Système"
Au-delà de ces critiques croisées, Junior Rengou formule un appel qui se veut rassembleur. Pour lui, le message envoyé depuis les stades marocains est limpide : un autre Cameroun est possible. Un Cameroun où l'on peut se retrouver sous un seul maillot, loin des divisions tribales qui gangrènent le débat public et de l'immobilisme qui freine les énergies.
"Samuel Eto'o a prouvé que tout était encore possible", affirme-t-il. Le président de la Fecafoot a démontré qu'avec de la volonté, du courage et une vision claire, on peut bousculer les habitudes, casser les codes et obtenir des résultats. Les Lions Indomptables deviennent ainsi, dans cette lecture, une métaphore vivante de ce que pourrait être un Cameroun transformé.
"Soutenir les Lions, c'est refuser la haine, la division et la médiocrité", conclut Junior Rengou. C'est choisir l'excellence contre le clientélisme, le talent contre le favoritisme, l'ambition collective contre les intérêts particuliers. C'est, en somme, choisir la Nation contre le Système.
Cette analyse, aussi controversée soit-elle, met en lumière une réalité : au Cameroun comme ailleurs en Afrique, le football n'est jamais qu'un sport. Il est un miroir grossissant de la société, un révélateur des frustrations collectives et, parfois, un catalyseur d'espoirs. Samuel Eto'o, en redonnant sa fierté à l'équipe nationale, a peut-être ouvert sans le vouloir une brèche dans laquelle s'engouffrent désormais des réflexions qui dépassent largement le cadre des pelouses.
Reste à savoir si cette leçon sportive saura inspirer d'autres domaines de la vie nationale. En attendant, les Lions continuent de rugir au Maroc, offrant à tout un peuple des moments d'unité et de joie. Et c'est déjà, reconnaît Junior Rengou, une victoire en soi.









