Actualités of Saturday, 21 February 2026
Source: www.camerounweb.com
Un document officiel de la Direction Générale des Douanes, daté du 20 février 2026 et dont nous avons obtenu copie, révèle la saisie de 2 491 kilogrammes de stupéfiants à l'Aéroport International de Douala. Une prise exceptionnelle, évaluée à près de 90 millions de dollars, qui soulève des questions sur les réseaux de trafic qui ciblent le Cameroun.
Douala, 20 février 2026, 08h30. Des agents de la Subdivision Commerciale de Douala Aéroport, en exercice de leur mission de contrôle des marchandises à l'importation, procèdent à une saisie hors du commun : 2 491 kilogrammes de stupéfiants, répartis en deux lots distincts. D'un côté, 1 057 kilogrammes de cocaïne, en provenance d'Allemagne. De l'autre, 1 434 kilogrammes de tramadol — opioïde de synthèse classé parmi les marchandises prohibées à titre absolu au Cameroun — acheminé depuis l'Inde et le Soudan du Sud.
La valeur totale de la cargaison est estimée par les services douaniers à quatre-vingt-dix millions de dollars américains, soit 50 milliards de francs CFA. Une prise qui constitue, selon les premières informations disponibles, l'une des saisies les plus importantes jamais enregistrées à l'aéroport de la capitale économique camerounaise.
Ce qui rend cette affaire particulièrement troublante, c'est le détail révélé par le document officiel signé du Chef de Subdivision, à l'attention du Président du Comité Local de Sûreté de Douala-Aéroport : plusieurs semaines s'étaient écoulées entre le débarquement de ces cargaisons et leur saisie. Le texte précise en effet que les colis avaient été « ciblés et suivis » par les services douaniers dès leur arrivée, et que durant tout ce temps, l'importateur ne s'est jamais présenté pour accomplir les formalités de dédouanement et d'enlèvement de ses marchandises.
Une abstention qui laisse planer de nombreuses interrogations : l'importateur avait-il été informé de la surveillance exercée sur sa cargaison ? Dispose-t-il de complicités à l'intérieur même de l'espace aéroportuaire ? La fuite en amont de toute interpellation constitue en tout cas un signal préoccupant pour les enquêteurs.
Conformément aux articles 360 à 369 du Code des Douanes CEMAC, le corps du délit, le procès-verbal de saisie ainsi que la lettre de transport aérien ont été transmis au Procureur de la République près le Tribunal de Grande Instance du Wouri, à Douala-Bonanjo, pour la poursuite des investigations judiciaires.
L'enquête devra notamment établir l'identité précise de l'importateur ou des commanditaires du chargement, les circuits de financement ayant permis l'acheminement de telles quantités de stupéfiants, ainsi que les éventuelles complicités dont ces réseaux disposeraient en territoire camerounais.
Cette saisie intervient dans un contexte régional de plus en plus préoccupant. Depuis plusieurs années, l'Afrique centrale est identifiée par les agences internationales de lutte contre le trafic de drogues comme une zone de transit croissante pour la cocaïne sud-américaine à destination de l'Europe, mais aussi pour les opioïdes de synthèse — tramadol en tête — qui dévastent les populations civiles du Sahel et du bassin du lac Tchad.
La présence simultanée de cocaïne européenne et de tramadol indo-soudanais dans une même opération suggère un réseau organisé, aux connexions transnationales multiples, capable de mobiliser des filières d'approvisionnement sur trois continents différents. Pour les autorités camerounaises, l'enjeu dépasse la saisie elle-même : il s'agit de démanteler une chaîne logistique qui, si elle prospère, risque de transformer l'aéroport de Douala en hub régional du narcotrafic.
Les prochaines semaines diront si les investigations judiciaires permettront de remonter jusqu'aux commanditaires. Pour l'heure, l'importateur reste introuvable.