Il y a des témoignages qui frappent parce qu'ils viennent de là où on ne les attend pas. Sur le plateau de Vision 4 dans l'émission Club d'Élites, Saint-Eloi Bidoung — personnalité connue du paysage médiatique et politique camerounais — a raconté avec une sobriété glaçante comment il a failli être victime d'un braquage devant son propre domicile, il y a à peine une semaine.
Les faits sont simples, le décor familier et le scénario devenu trop courant au Cameroun. Il est minuit. Saint-Eloi Bidoung rentre chez lui accompagné de son épouse. Au moment où il s'apprête à fermer le coffre de son véhicule, un homme surgit — armé. Pas un mot. Juste un geste : la main tendue, les doigts mimant l'argent, puis les téléphones. «Il ne me parle pas, il fait juste le geste de l'argent et des téléphones», raconte-t-il. Un braquage en langage des signes, mené par quelqu'un qui connaît son métier — ou qui en a suffisamment peur pour ne pas vouloir en laisser de traces sonores.
Ce qui s'est passé ensuite tient du réflexe psychologique autant que de la chance. «J'étais tellement surpris que je lui ai posé une simple question : avez-vous déjà tué quelqu'un dans votre vie ?» Une question inattendue, décalée, presque philosophique face à un homme armé. Et l'effet fut immédiat : «Il a fui.» Un braqueur déstabilisé par une question sur son rapport à la mort — qui choisit la fuite plutôt que de répondre, que ce soit par la violence ou par les mots.
Mais au-delà de l'anecdote — dont l'issue heureuse ne doit pas masquer la gravité — c'est le diagnostic général que Saint-Eloi Bidoung pose qui mérite attention. «Le Cameroun, aujourd'hui, vit dans une insécurité totale et généralisée», affirme-t-il depuis le plateau de Vision 4. Pas une insécurité de quartier, pas une insécurité nocturne limitée à certaines zones — une insécurité totale et généralisée. Deux adjectifs qui désignent un État qui a perdu le contrôle de l'ordre public dans ses propres villes.
Cette déclaration intervient dans un contexte où les signaux d'alarme se multiplient. L'opératrice Mobile Money Mme Arrah a été assassinée en plein jour à Limbe le 6 mai. Des témoignages de travailleurs fouettés dans des entreprises étrangères à Douala ont été dénoncés publiquement par Edmond Kamguia sur Équinoxe TV. Et les statistiques officieuses de la criminalité urbaine à Yaoundé et Douala — jamais publiées officiellement — continuent d'alimenter une anxiété quotidienne que les forces de l'ordre semblent impuissantes à contenir.









