Actualités of Monday, 16 February 2026

Source: www.camerounweb.com

SDF : Motion de censure déposée contre Joshua Osih après la débâcle électorale

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Jeune Afrique révèle qu'une motion de censure a été déposée contre le chairman du SDF lors du NEC du 7 février. Les militants le jugent "suffisant", "condescendant" et accusent la direction de fuir ses responsabilités. Le parti historique de l'opposition camerounaise est au bord de l'implosion.



C'est une information exclusive révélée par Jeune Afrique qui secoue les fondations du Social Democratic Front : deux membres du Comité exécutif national (NEC) ont déposé une motion de censure demandant purement et simplement la démission de Joshua Osih, chairman du parti depuis peu. Cette motion, déposée lors de la réunion du NEC du 7 février dernier, a été jugée recevable, bien qu'elle n'ait pas encore fait l'objet de débats approfondis.
Selon les informations obtenues par Jeune Afrique, cette initiative intervient dans un climat de défiance généralisée envers la direction du parti, trois mois après la catastrophique présidentielle du 12 octobre 2025. Sur les 83 membres du NEC présents à cette réunion historique, deux ont eu le courage de franchir le Rubicon en formalisant par écrit ce que beaucoup pensent tout bas : Joshua Osih doit partir.


Les griefs contre le chairman sont lourds et précis. Jeune Afrique rapporte que les détracteurs internes de Joshua Osih le qualifient de « suffisant », « condescendant » et « nullement affecté par les résultats catastrophiques du 12 octobre 2025 ». Des accusations graves qui traduisent un fossé béant entre la direction du parti et une partie significative de la base militante.
« On continue de rejeter le tort tantôt sur les concurrents politiques, tantôt sur le peuple, au lieu de faire une réelle introspection et tirer les conclusions qui s'imposent », confie à Jeune Afrique un membre du Comité exécutif national, sous couvert d'anonymat. Cette phrase résume le malaise profond qui gangrène aujourd'hui le principal parti anglophone du Cameroun.
Pour ces militants dissidents, le problème ne réside pas dans les circonstances extérieures ou la malchance électorale, mais bien dans le leadership même de Joshua Osih et sa gestion du parti. Ils lui reprochent de ne pas assumer ses responsabilités et de se réfugier derrière des excuses externes pour justifier un échec qui serait avant tout managérial et stratégique.


L'atmosphère délétère qui règne au sein du SDF est parfaitement illustrée par le témoignage exclusif recueilli par Jeune Afrique auprès de Charlie Tchikanda, militant présent au NEC du 7 février. Ses mots sont sans appel : « Le NEC, jadis haut lieu de réflexion stratégique, s'est transformé en lieu de meeting où l'on vient applaudir les belles phrases du prince, un amphithéâtre où un professeur dispense des cours magistraux à des étudiants qui l'écoutent religieusement. »
Cette description cinglante révèle la mutation profonde qu'a connue l'instance suprême du parti. Finie l'époque où le NEC était un espace de débat démocratique intense, de confrontation d'idées et de décisions collégiales. Place à un système verticalisé où le chairman semble imposer sa vision sans réelle contradiction possible.


Charlie Tchikanda, dont le témoignage exclusif a été recueilli par Jeune Afrique, incarne cette génération de militants déçus par la dérive autoritaire qu'ils perçoivent dans le fonctionnement actuel du parti. Pour eux, le SDF est en train de reproduire à l'interne les travers qu'il dénonce chez le pouvoir en place : concentration des décisions, absence de débat contradictoire, culte de la personnalité.


Les chiffres révélés par Jeune Afrique parlent d'eux-mêmes et donnent du poids aux accusations des contestataires. Lors de la présidentielle de 2025, Joshua Osih n'a obtenu qu'une modeste sixième place avec 1,21 % des suffrages, soit 55 841 voix. Un effondrement spectaculaire par rapport à 2018, où il avait déjà déçu avec une quatrième place à 3,35 % (118 706 voix).

Mais c'est surtout la débâcle dans les fiefs traditionnels du SDF qui inquiète. Jeune Afrique révèle que dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, bastions historiques du parti, Joshua Osih a respectivement obtenu 16 292 et 9 875 voix. Des scores humiliants qui témoignent d'une déconnexion totale avec la base anglophone du parti.

Pire encore, selon les données exclusives obtenues par Jeune Afrique, le principal opposant Issa Tchiroma Bakary a devancé Osih dans ces régions avec 15 392 et 45 047 voix, tandis que Paul Biya y a obtenu 255 188 et 135 975 voix. Le SDF a donc non seulement perdu face au pouvoir, mais également face à l'opposition alternative, un camouflet historique.

Sur le plan financier, les révélations de Jeune Afrique sont édifiantes. Le trésorier national du SDF, l'ancien maire Abel Langsi, a indiqué lors du NEC que sur un budget de campagne estimé à 7 milliards de F CFA, le parti n'a pu collecter que 200 millions de F CFA, soit moins de 3 % de l'objectif initial. Ces 200 millions ont été intégralement dépensés.

Mais au-delà de ces difficultés financières objectives, c'est l'efficacité même de la campagne qui est remise en cause. Jeune Afrique rapporte qu'un militant interrogé lors du NEC a calculé un « taux d'efficacité de la campagne » de seulement 19,64 %. Selon les statistiques internes révélées par le magazine, seules 280 000 personnes ont été touchées en quinze jours de campagne, pour 55 000 suffrages exprimés en faveur du candidat SDF.

« Si on suppose logiquement que ce sont les personnes touchées pendant la campagne qui ont voté pour notre candidat, ça veut dire que le taux d'efficacité de la campagne était de 19,64 %. Qu'est-ce qui peut expliquer cela ? » peste ce militant dans les colonnes de Jeune Afrique. Une question qui reste sans réponse convaincante de la part de la direction.

Joshua Osih, révèle Jeune Afrique, a justifié cette faible mobilisation par un choix stratégique délibéré : privilégier « les rassemblements de proximité dans des localités à fort potentiel plutôt que de grands et coûteux meetings dans les grandes villes, jugés sans résultat mesurable ». Une stratégie qui se voulait pragmatique face aux contraintes budgétaires, mais dont les résultats catastrophiques invalident totalement la pertinence.

Pour les contestataires, cette approche trahit une incompréhension fondamentale des dynamiques électorales modernes. Dans un contexte où les grandes villes concentrent l'essentiel des électeurs et où les médias jouent un rôle crucial dans la construction de l'image d'un candidat, renoncer aux grands meetings équivaut à une capitulation médiatique.

Jeune Afrique révèle également un épisode particulièrement toxique qui aurait miné la campagne du SDF : l'accusation selon laquelle Joshua Osih aurait perçu 1 milliard de F CFA du pouvoir pour perdre l'élection. Cette rumeur, lancée en pleine campagne électorale par John Mbah Akuroh, un activiste anglophone basé aux États-Unis, a provoqué un séisme dans les rangs du parti.

« Je tiens à affirmer catégoriquement que cela ne s'est jamais produit », a martelé Joshua Osih lors du NEC, selon les informations exclusives de Jeune Afrique. Le chairman a expliqué qu'il n'avait pas répondu à ces accusations car il était « habitué à entendre ce genre de fake news ». Mais ce qui l'a réellement affecté, confie-t-il, c'est de « voir de hauts responsables du SDF relayer cette information, certains l'ayant même soutenue ».

Cette affaire illustre la profondeur de la crise de confiance qui mine le parti. Quand des cadres de premier plan relayent ou cautionnent des rumeurs aussi graves contre leur propre chairman, c'est tout l'édifice partisan qui vacille.

Face à ces accusations multiples, la direction du SDF a tenté de se défendre. Louis-Marie Kakdeu, vice-président du parti et directeur de campagne, a livré à Jeune Afrique une analyse qui déplace la responsabilité de l'échec : « Le SDF n'a pas perdu la bataille démocratique mais celle de l'opinion. »

Pour Kakdeu et l'entourage d'Osih, l'échec s'expliquerait donc principalement par des facteurs externes : rumeurs infondées, manque de moyens financiers, crise anglophone affectant le vote dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Une lecture contestée par une large frange des militants qui y voient une tentative de fuir les responsabilités.

Jeune Afrique note que « les explications des responsables du parti n'ont pas suffi à convaincre l'ensemble de l'assistance » lors du NEC du 7 février. Un euphémisme qui cache mal la colère d'une partie des 83 membres présents.

Si cette motion de censure devait aboutir, ce serait un séisme politique sans précédent pour le SDF. Jamais dans l'histoire du parti un chairman n'aurait été destitué par le NEC. Même John Fru Ndi, le fondateur légendaire du parti, n'avait pas connu une telle contestation formalisée de son vivant à la tête du parti.

Le départ forcé de Joshua Osih, à peine quelques mois après son élection à la présidence du SDF en remplacement de Fru Ndi (décédé en juin 2024), constituerait un aveu d'échec cuisant et pourrait plonger le parti dans une crise existentielle majeure.
Les prochaines législatives comme test de survie
L'enjeu est d'autant plus crucial que, comme le révèle Jeune Afrique, Joshua Osih risque gros lors des prochaines élections législatives. Élu député dans le département du Wouri, l'une des circonscriptions les plus disputées du pays, le chairman « pourrait perdre des plumes s'il ne parvenait pas à se faire réélire ».
Un échec législatif, combiné à la motion de censure en cours, signerait probablement la fin de l'aventure politique d'Osih à la tête du SDF. Le parti se retrouverait alors dans une situation inédite : orphelin de Fru Ndi décédé il y a moins d'un an, privé d'un leadership crédible, déchiré par les querelles internes et affaibli électoralement.

La question que pose aujourd'hui Jeune Afrique dans son enquête exclusive est existentielle : « Joshua Osih peut-il relancer le SDF ? » Au vu des éléments révélés, la réponse semble de plus en plus négative.

La motion de censure, même si elle n'a pas encore été débattue, constitue un point de non-retour psychologique. Elle officialise une contestation qui n'était jusqu'alors que souterraine. Elle libère la parole critique et encourage d'autres voix à se lever contre la direction actuelle.

Pour un parti d'opposition censé être un rempart contre l'autoritarisme du régime Biya, se retrouver lui-même paralysé par des luttes intestines et des accusations de dérive autocratique est un comble. Le SDF, qui se rêvait en alternative crédible au pouvoir, risque de finir en simple appendice folklorique de la scène politique camerounaise.

Face à cette tempête, Joshua Osih a lancé un appel pathétique lors du NEC, rapporte Jeune Afrique : « Nous avons besoin de tout le monde et nous devons travailler ensemble. Nous nous sommes battus les uns contre les autres pour des raisons que je ne comprends pas, mais c'est ce qui se passe et aujourd'hui, mon appel lors de cette réunion est que nous nous unissions en une seule équipe, une seule famille, et que nous avancions ensemble vers les prochaines élections. »
Des mots qui sonnent davantage comme l'aveu d'impuissance d'un chairman dépassé par les événements que comme le discours volontariste d'un leader capable de redresser la barre. L'aveu même qu'il ne comprend pas les raisons des divisions internes est un signe inquiétant d'une perte de contrôle de la situation.