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General News of Tuesday, 24 April 2018

Source: camer

Sérail: les conseils de l’ex-président français François Hollande à Paul Biya

C’est toujours un petit évènement au Cameroun lorsque Paul Biya convoque un conseil de ministres. Le dernier en date, Paul Biya l’a convoqué le 15 mars dernier. Seul point serait à l’ordre du jour : une « communication spéciale du chef de l’état ».

A dire vrai, cela n’était plus arrivé depuis plus de deux ans. Le chef de l’Etat n’est guère un habitué de l’exercice. Son dernier conseil des ministres datait du 15 octobre 2015, quand les deux précédents remontaient au 9 décembre 2014 et au 27 novembre 2012.

Entre ces dates, Paul Biya se reposait sur Philémon yang, son Premier ministre, qui faisait le point des activités gouvernementales régulièrement lors d’un « conseil de cabinet ». Le chef de l’état a en effet pris l’habitude de gérer à distance – politique ou géographique – les différents dossiers, faisant notamment passer les messages par son ex-directeur du cabinet civil, Martin Belinga Eboutou.

Il ne préside lui-même le conseil ministériel que dans des circonstances jugées exceptionnelles. Le Messager publie ci-contre cet extrait du dernier livre de François hollande L'exercice du pouvoir et consacré au Conseil des ministres dont il a tenu quelque 200 en 5 ans là où au Cameroun, en 35 ans de présidence, Paul Biya n'en aura pas tenu autant.

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Comme titré C'est le saint des saints de la coordination de l'action publique dans un système aussi centralisé. D'où la bonne question suivante: quand on ne réunit pas les ministres au moins une fois par semaine où même par mois, où et comment un président se concerte-t-il avec ceux qui, au plan politique, sont chargés de mettre en œuvre sa vision politique et son programme de gouvernement?

Peut-on ensuite s'étonner sur l'inefficacité de l'état dont la nature est diffuse, lourde et conservatrice comme le montre hollande parlant de l'épine dorsale qu'est l'administration? Au moment où se prépare la prochaine présidentielle avec, pour la première fois, une possibilité d'offres programmatiques et surtout de personnalités de qualité comme candidats, n’est-il pas d’actualité de susciter le débat sur la gestion présidentielle ?

Le saint des saints

S’il est un lieu symbolique de l’exercice de la fonction présidentielle, c’est bien le Conseil des ministres. Je ne me suis pas affranchi de son déroulement minutieux. À 8 h 30 le mercredi, je reçois le Premier ministre pour un échange sur l’ordre du jour et les affaires courantes. Un peu avant 10 heures, nous descendons ensemble le grand escalier qui nous conduit au salon Murat quand le gouvernement est au complet ou vers celui des Ambassadeurs, plus petit, quand il est réduit aux seuls ministres sans les secrétaires d’État.

L’huissier m’annonce, j’entre dans la salle. Les ministres se lèvent puis se rassoient à mon invitation. Je gagne mon fauteuil situé au milieu du côté droit de la table recouverte d’un tapis vert. J’ai devant moi, comme les autres un petit bloc de papier, un crayon toujours disposé de la même manière, la feuille qui indique l’ordre du jour et un buvard courbe à poignée de bois, survivance du temps où l’on écrivait encore à la plume.

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J’ai pris l’habitude d’ouvrir le Conseil par un exposé. Je reviens sur les nouvelles importantes de la semaine, et livre mon analyse de la situation, j’indique les orientations à suivre, les arguments qui me semblent pertinents pour défendre notre action, j’encourage tel ou tel ministre qui s’est illustré dans la semaine. Le Premier ministre ajoute parfois quelques mots, puis nous passons à l’examen des projets de loi. La cérémonie est rituelle. Le vouvoiement est de rigueur. De la même manière, les prénoms sont bannis et chacun s’adresse à l’autre en commençant par énoncer son titre.

Le gouvernement de la République n’est pas une amicale ou un club, encore moins l’annexe d’un parti. Ainsi, j’ai interdit aux ministres de garder sur eux leur téléphone qu’ils avaient tendance à consulter furtivement et qu’ils doivent déposer, sans risque d’une quelconque intrusion, dans des casiers à l’entrée du Conseil. Mesure désormais facile à contourner avec les ordinateurs portables. Autrefois, les ministres échangeaient des mots et gardaient ces papiers comme autant de documents pour l’histoire. La technologie en a effacé le charme !

L’examen des projets de loi est formel : nous connaissons le contenu des textes pour en avoir discuté longuement dans la phase de préparation. Nous examinons ensuite les nominations proposées par les ministres aux emplois les plus importants de la République. C’est un acte également décisif.

Le président pourvoit aux postes de directeurs d’administration centrale, préfets, recteurs, ambassadeurs, sans oublier les dirigeants des entreprises publiques. Je me suis refusé à pratiquer le système des dépouilles qui consiste à changer la composition de la haute administration à chaque alternance, comme aux États-Unis. Il ne correspond pas à notre tradition républicaine et il oblige les fonctionnaires à des engagements politiques qui me paraissent contraires à l’impartialité de l’État. Je me suis donc appuyé sur cette fonction publique dont la qualité suscite envie et respect chez nos partenaires et qu’il est trop commode de décrier.

Je ne me suis jamais défaussé sur l’administration pour expliquer les retards pris dans la réalisation de mes objectifs. Elle résiste parfois aux changements mais une fois la décision prise par le pouvoir politique elle agit avec exactitude et célérité. J’ai eu du mal à la convaincre de simplifier les textes et de réduire leur prolifération, comme si la complexité et l’inflation réglementaire étaient les critères de son efficacité ! Mais je reste confiant dans la modernisation de l’État.

La France est d’ailleurs l’un des pays européens où la dématérialisation des procédures est la plus développée. J’ai également voulu que la nomination des responsables des autorités indépendantes soit soumise à l’avis conforme des commissions du Parlement. J’estime que cette procédure devrait être étendue à l’ensemble des directeurs d’administration centrale. À mes yeux, présider c’est aussi déléguer à des instances indépendantes le soin de désigner certains dirigeants pour mieux asseoir leur légitimité. Ce fut le cas pour les présidents des sociétés du service public audiovisuel.

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Nicolas Sarkozy avait fait le choix inverse. J’ai donc rendu au Conseil supérieur de l’audiovisuel le pouvoir de les nommer. Il l’a fait librement et sans aucune interférence de ma part, à tel point que je n’avais jamais rencontré le président de Radio France, Mathieu Gallet, ni la présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, avant qu’ils n’accèdent à leurs responsabilités.

Il est toujours possible de critiquer leur gestion mais au moins leur lien avec le pouvoir ne peut servir de prétexte. Une réflexion est aujourd’hui engagée sur la révision de cette procédure. Revenir d’une façon ou d’une autre au système antérieur ne serait un progrès ni pour l’indépendance ni pour la performance de l’audiovisuel public. Enfin, le Conseil des ministres entend les communications des ministres.

Elles commencent toujours par celle du ministre des Affaires étrangères. Laurent Fabius prisait cet exercice qu’il maîtrisait avec une élégance qu’il tenait à marquer et un plaisir qu’il tentait de dissimuler. Il parlait longuement relevant son propos d’une pointe d’humour, entrant volontiers dans le détail des dossiers, rapportant avec une précision subtile la situation intérieure de tel ou tel pays dont nous ne soupçonnions pas, jusqu’à son exposé, qu’il puisse connaître une vie politique aussi trépidante.

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