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General News of Tuesday, 30 January 2018

Source: cameroonvoice.com

Sérail: Yaoundé détenait Sisiku Ayuk et compagnie depuis vendredi


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Tchiroma attendait simplement les instructions de Biya pour dire la vérité sur le caractère effectif de l'extradition des sécessionnistes anglophones par le Nigeria. En attendant, il a menti aux Camerounais, en niant politiquement savoir où se trouvaient exactement ces personnes dont il disait par ailleurs depuis trois semaines ignorer même l'arrestation au Nigeria.

Issa Tchiroma, ministre de la communication camerounais, l'a confirmé lundi après-midi : le Cameroun était en possession depuis vendredi du "colis" des responsables du mouvement sécessionniste anglophone pour l'extradition desquels il se démenait depuis quelques semaines auprès des autorités nigérianes.

"Un groupe de 47 terroristes, parmi lesquels M. Ayuk Tabe, est depuis quelques heures entre les mains de la justice camerounaise, devant laquelle ces personnes auront à répondre de leurs crimes", a déclaré triomphant, le membre du gouvernement camerounais, précisant par ailleurs qu'il s'était abstenu jusqu'ici de révéler la nouvelle de l'extradition en attendant des instructions présidentielles à propos. Instructions qu'il aurait manifestement reçues.


Contrairement à ce qui s'est passé après l'annonce vendredi par la chaine de télévision française France 24, la seule à avoir pu obtenir la vraie information à travers un mécanisme qui reste encore à déceler, personne, y compris Millan Atam, le Secrétaire Général du Government Council de l'"Etat d'Ambazonie" qui avait parlé d'une manœuvre de diversion, n' a eu le cran de démentir. Au contraire, avant même la tenue de la conférence de presse de Issa Tciroma, Me Abdul Ohoro, l'avocat nigérian du leader sécessionniste Sisiku Ayuk Tabe, avait indiqué, dépité, que son client avait été extradé vendredi dernier.

Mais la confirmation qui a fini de semer le trouble dans les rangs des sécessionnistes est venu du Secrétaire d'Etat à la Communication et porte-parole du gouvernement ambazonien, Chris Anu, celui-là même qui avait annoncé l'"enlèvement" le 05 janvier du "président" Sisiku et de ses neuf collaborateurs à l'hôtel Nera d'Abuja.

Perspectives incertaines, réactions contrariées
Si l'on retient pour l'avoir ouï-dire que les sécessionnistes ont été pris en charge par les services de renseignements camerounais à leur arrivé et acheminés dans différents établissements pénitentiaires de la capitale administrative du Cameroun, il est difficile de savoir de quoi demain sera fait, et les différentes réactions que Cameroonvoice a pu recueillir depuis lundi soir laissent à penser que pour de nombreux Camerounais, qu'ils soient pro ou anti sécessionnistes, ne sont même pas disposés à croire ce qu'on leur dira pour la suite de cette affaire.

« Que le ministre Tchiroma nous dise que ces gens ont été extradés depuis quelques jours, mais qu'il attendait l'autorisation du président pour nous révéler la bonne nouvelle peut aussi indiquer, alors qu'il a bel et bien dit aux journalistes qu'il les auraient convoqués pour le leur dire si cela avait été le cas, prouve que pour des raisons politiques, on eut mentir aux Camerounais pour des choses qui menacent leurs vies » affirme un habitant de Yaoundé qu'insupporte les revendications sécessionnistes et les activistes ambazoniens.

Un autre, anglophone, mais également opposé à l'éventualité d'une partition du Cameroun, affirme : « Peut-être même que ces gens ont été vraiment extradés dès leur arrestation comme l'avaient souligné certains journalistes dès le 06 janvier, mais le gouvernement nous l'a caché jusqu'à lundi, décidant seul de quand il nous dira la vérité, comme si ce sont les Camerounais qui dépendaient d'eux et non le contraire ».

A Douala, parmi les réactions, Achu, fervent partisan du sécessionnisme, affirme que « le gouvernement francophone n'est pas le seul à mentir à son peuple. Même nos leaders sont des spécialistes du mensonge. L Secrétaire général du gouvernement a affirmé vendredi, que personne n'avait été extradé, qu'il avait la bonne information, alors que ce jour-là était justement celui où Sisiku et les autres sont arrivés à Yaoundé. Soit il mentait et c'est indigne des gens qui disent combattre le mensonge des francophones, soit il n'avait pas la bonne information et nous a mentis en déclarant qu'il l'avait, ce qui revient au même ».



Interrogé par téléphone depuis Bamenda, Clarence Tabeng, activiste sécessionniste bien connue qui ne s'en cache d'ailleurs pas, reproche au « Secrétaire à la Communication d'avoir lui aussi gardé l'information jusqu'à lundi alors que le gouvernement de La République tenait des réunions depuis vendredi avec son Conseil National de la Sécurité pour préparer l'annonce de l'extradition lundi, et préparer son armée à réagir au cas où les anglophones se révoltaient en l'apprenant.». « C'est le silence du porte parole du gouvernement d'Ambazonie qui a refroidi ceux qui voulaient mobiliser le monde autour de cette extradition, le Secrétaire Millan Atam ayant fait savoir que ceux d'entre nous qui parlaient de l'extradition étaient des agents du gouvernement ennemi. ».

Des réactions similaires montrant le désarroi des Camerounais de tous bords et de toutes sensibilités, nous les avons recueillies par dizaines depuis la sortie de Tchiroma. Quelques-unes seulement, émanant des personnes regardant généralement la crise anglophone avec un certaine indifférence, s'orientent vers le souhait que l'extradition annoncée de Sisiku Ayuk et de 46 sécessionnistes marque le début d'une action qui, même si elle devait passer par les tribunaux, «finisse par l'élargissement des "vaincus", et le début de vrais pourparlers, dans l'intérêt du retour de la paix».

« Le Cameroun a connu des situations de crise majeure pour lesquelles on croyait qu'il n'y aurait pas de possibilité de retourner en arrière, mais le président Biya a pu jongler tout le monde, et avec tout le monde, pour éviter l'embrasement total, et on s'est tous retrouvés dans une situation de ni paix ni guerre qui vaut toujours mieux que ces scènes horribles vécues ces deux dernières années dans les régions anglophones avec les meurtres de civils et de soldats », réagit le journaliste Eric Ken, natif du département de la Manyu dont est ressortissant Sisiku Ayuk tabe, mais plutôt chaud partisan du retour au fédéralisme d'avant 1972, contrairement à [son] "frère du village".

« J'aurai cependant souhaité qu'on en arrive à ce retour de la paix sans que les Sisiku soient extradés au Cameroun où ils courent un gros risque », conclue-t-il.

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