Actualités of Monday, 5 October 2026
Source: www.camerounweb.com
Le départ de Globeleq provoque un bras de fer au sommet de l’État camerounais autour du rachat des centrales électriques de Kribi et Dibamba, d’une capacité cumulée de 304 MW. Louis-Paul Motaze, soutenu par Gaston Eloundou Essomba, défend un financement de 112 milliards FCFA porté par SOCADEL, tandis que Ferdinand Ngoh Ngoh soutient un montage alternatif inférieur à 90 milliards FCFA, négocié avec Financia Capital.
ÉLECTRICITÉ : NGOH NGOH ET MOTAZE S’AFFRONTENT POUR LE RACHAT DES CENTRALES DE KRIBI ET DIBAMBA
Le départ de Globeleq ouvre une bataille au sommet de l’État. Le ministre des Finances, Louis-Paul Motaze et le secrétaire général de la présidence de la République, Ferdinand Ngoh Ngoh soutiennent deux montages concurrents pour reprendre les participations du groupe britannique dans les centrales de Kribi et Dibamba. Paul Biya doit arbitrer un dossier qui engage les finances publiques et l’approvisionnement électrique.
L’enjeu : 304 MW de capacité installée, dont 216 MW à Kribi et 88 MW à Dibamba. Globeleq détient 56 % des sociétés exploitantes, KPDC et DPDC. Les deux centrales assureraient plus de 20 % de la production nationale.
Le ministre des Finances, épaulé par le ministre de l’eau et de l’énergie, Gaston Eloundou Essomba, défend un financement de 112 milliards FCFA porté par SOCADEL, l’ex-Eneo. Le montage associe une cession partielle de créances et un emprunt auprès d’un pool bancaire mené par AFG Bank, au taux de 6,25 %. Une partie des compensations tarifaires de l’État, à hauteur de 19,8 milliards FCFA par an, servirait à sécuriser le remboursement.
Le prix de sortie de Globeleq été ramené entre 79 et 84 milliards FCFA. Mais l’enveloppe comprend aussi des coûts financiers. L’opération éviterait une sortie immédiate de trésorerie pour l’État, tout en faisant supporter le remboursement à Socadel.
C’est précisément ce que conteste Antoine Ntsimi, président du conseil d’administration de l’opérateur. Il a obtenu l’appui de Ferdinand Ngoh Ngoh pour ouvrir un autre canal de négociation, visant un montage inférieur à 90 milliards FCFA, avec l’accompagnement de Financia Capital. L’écart entre les enveloppes dépasse 22 milliards, sans que leur périmètre permette de conclure à une économie équivalente.
Le 24 août, Ntsimi n’a pas soumis le plan Motaze au vote du conseil, malgré la demande du ministre. Ce blocage marque le passage d’une discussion financière à un affrontement institutionnel : qui négocie, qui emprunte et qui contrôle les actifs ?
SOCADEL supporterait déjà plus de 800 milliards FCFA de dettes, selon les estimations rapportées, dont 168 milliards envers Globeleq.
La pression vient aussi de Londres. Après l’échec du délai de rachat fixé au 5 mars 2026, Globeleq aurait engagé un arbitrage en Suisse. À Kribi, le projet d’extension à 600 MW dépend également du dénouement : la commande des turbines est annoncée pour fin novembre.
Pour Paul Biya, l’arbitrage dépasse donc une rivalité de pouvoir. Il faut départager deux financements tout en protégeant un opérateur fragilisé et des centrales essentielles. Le calendrier devient donc décisif.
Boris Bertolt