Actualités of Saturday, 10 January 2026

Source: www.camerounweb.com

Retournement de situation/Affaire Martinez Zogo : Deux anciens cadres de la DGRE disculpent Léopold Maxime Eko Eko

Image illustrative Image illustrative

Au Tribunal Militaire de Yaoundé, les témoignages de deux responsables clés des services secrets camerounais viennent fragiliser l'accusation contre l'ancien Directeur Général de la DGRE. L'hypothèse d'une initiative personnelle du Lieutenant-Colonel Justin Danwé se précise.

Un tournant majeur dans l'affaire de l'assassinat du journaliste Martinez Zogo. Alors que le procès se poursuit devant le Tribunal Militaire de Yaoundé, deux témoignages de poids sont venus ébranler la thèse de l'accusation visant Léopold Maxime Eko Eko, ancien Directeur Général de la Direction Générale de la Recherche Extérieure (DGRE).

Les déclarations du Commissaire Divisionnaire Ellong Lobe James, ancien Conseiller Technique numéro 1 de la DGRE, et de Madame Emmanuella Moudie, ex-Chef de la Division de la Surveillance Électronique, ont marqué les esprits lors de leur audition. Leur position au sein de l'organigramme des services secrets leur confère une connaissance intime des protocoles et du fonctionnement de l'institution.

Les deux anciens responsables ont été catégoriques : jamais Léopold Maxime Eko Eko n'aurait ordonné une opération visant à filer, torturer ou assassiner le journaliste Martinez Zogo, retrouvé mort le 22 janvier 2023 après cinq jours de disparition.



Selon les témoignages recueillis, les méthodes employées par le Lieutenant-Colonel Justin Danwé, principal accusé dans cette affaire, seraient totalement étrangères aux procédures validées de la DGRE. Les deux témoins ont insisté sur le caractère clandestin et non conforme des démarches menées, aux antipodes de l'éthique professionnelle de leur ancien patron.

Plus significatif encore, ils ont révélé que Martinez Zogo faisait l'objet d'une surveillance électronique officielle. "Martinez Zogo vivant était plus précieux pour la DGRE", ont-ils martelé devant le tribunal. En tant que "puits d'informations", le journaliste d'Amplitude FM aurait représenté une source stratégique plutôt qu'une menace à éliminer.

Cette révélation soulève une question centrale : pourquoi la DGRE aurait-elle voulu supprimer une cible sous surveillance qui lui apportait des renseignements ? Pour les deux témoins, l'élimination de Martinez Zogo constituait un "non-sens opérationnel" du point de vue des intérêts du service.


Les projecteurs se braquent désormais sur le Lieutenant-Colonel Justin Danwé. Les témoignages concordent pour affirmer qu'il aurait agi "hors radar", court-circuitant la chaîne de commandement et ne rendant compte à aucun supérieur hiérarchique.

L'hypothèse d'une initiative personnelle, menée pour des motivations strictement privées, prend de l'épaisseur. Selon cette thèse, le commando dirigé par Justin Danwé aurait instrumentalisé les moyens de l'État à l'insu de la haute hiérarchie des services secrets, agissant dans l'ombre pour des intérêts qui restent à éclaircir.


Ces révélations constituent un revirement potentiel dans une affaire qui a secoué le Cameroun et ému la communauté internationale. L'assassinat de Martinez Zogo, connu pour ses enquêtes sur la corruption et les détournements de fonds publics, avait provoqué une vague d'indignation et des appels pressants à la transparence judiciaire.

Léopold Maxime Eko Eko, limogé de ses fonctions peu après la mort du journaliste et placé en détention, pourrait voir sa situation évoluer favorablement si ces témoignages parviennent à convaincre le tribunal de son absence d'implication directe dans le meurtre.


Reste que de nombreuses questions demeurent sans réponse. Si Justin Danwé a effectivement agi seul ou avec un groupe restreint, quelles étaient ses motivations réelles ? Qui pouvait avoir intérêt à la disparition du journaliste ? Comment un officier a-t-il pu mobiliser des moyens importants sans éveiller les soupçons de sa hiérarchie ?

Le procès devra également déterminer les éventuelles failles dans le système de contrôle interne de la DGRE qui ont permis qu'une telle opération soit menée en dehors de tout cadre légal et hiérarchique.


L'affaire Martinez Zogo est scrutée de près par les organisations de défense de la liberté de la presse et les observateurs internationaux. Elle constitue un test crucial pour l'indépendance de la justice militaire camerounaise et sa capacité à faire toute la lumière sur l'assassinat d'un journaliste d'investigation.

Le procès se poursuit. Les prochaines audiences devront confirmer ou infirmer les éléments apportés par ces deux témoignages déterminants. Pour Léopold Maxime Eko Eko, l'espoir d'une relaxe se dessine, mais le chemin vers la vérité complète reste encore long.