Actualités of Monday, 27 July 2026

Source: L'Indépendant n°1047 du 27 juillet 2026

Remplacement de Biya : des mouvements ont commencé au Conseil constitutionnel

L’absence prolongée du président Paul Biya depuis le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe » relance le débat sur la vacance du pouvoir aussi bien au sein de la classe politique qu’au-delà des frontières.

« Plus de quarante-quatre jours ont passé depuis le départ du Cameroun du président Paul Biya, le dimanche 7 juin 2026, pour ce qui a été présenté aux Camerounais comme un nouveau "court séjour privé en Europe", avec son épouse. Depuis, le président âgé de 93 ans n’est toujours pas rentré. Les rumeurs sur son état de santé alimentent les médias et les discussions. Un député de l'opposition a même demandé au Conseil constitutionnel de constater la vacance du pouvoir. Le parti du président tente de rassurer », rapporte Radio France internationale (RFI).

« Le pouvoir n’est pas vacant. Le lion n’est pas parti », rassure Christophe Mien Zok, directeur de la propagande du RDPC dans l'Action, le journal du parti au pouvoir, dans un éditorial daté du 15 juillet. L'absence prolongée du président Paul Biya, âgé de 93 ans, qui a quitté le pays le 7 juin dernier pour un "court séjour privé en Europe", ne cesse d'interroger.

Depuis son départ, sur les réseaux sociaux du cabinet civil de la présidence, sont publiés des messages du chef de l'État camerounais à ses homologues : félicitations à Emmanuel Macron pour la fête nationale française, le 14 juillet, ou encore au président du Montenegro pour la fête nationale le 13 juillet. Mais aucune autre nouvelle du chef d'État ne filtre.

Il n’en fallait pas plus pour soulever la question de la vacance du pouvoir au sein de l'opposition. Le député de l'opposition Jean-Michel Nintcheu a appelé le Conseil constitutionnel à constater la vacance du pouvoir. L’UDC assure ne pas vouloir « spéculer sur la situation personnelle du chef de l'État », mais estime que « la stabilité d'une République ne peut reposer sur le silence ou les suppositions ». Pour le parti de Patricia Tomaino Ndam Njoya, si une absence prolongée du territoire national ne constitue pas à elle seule une vacance du pouvoir, elle soulève néanmoins la question légitime de la continuité de l'action publique, de l'exercice effectif des responsabilités présidentielles et des mécanismes applicables en cas d'empêchement temporaire.

Si plusieurs analystes estiment qu’au-delà de 45 jours le Conseil constitutionnel devrait constater la vacance du pouvoir, aucun texte ne légifère sur la durée d’absence du chef de l’État hors du territoire national. L'UDC, qui rappelle qu'aucun vice-président n'a été nommé depuis la révision constitutionnelle d'avril, « appelle à l'ouverture d'un chantier institutionnel pour encadrer les absences prolongées du chef de l'État ».

Dans son éditorial du 15 juillet, Christophe Mien Zok dénonçait lui ceux « qui prétendent que le Cameroun fonctionne en mode pilotage automatique ». Ce sont, écrit-il « les premiers à tenir une comptabilité quotidienne du séjour de Paul Biya, hors du pays, et à réclamer son retour ».

Le Pr Jean Calvin Aba’a Oyono a interpellé le Conseil constitutionnel à l’effet de constater la vacance du pouvoir en raison de l’absence de prolongée du président Paul Biya qu’il qualifie de manquement aux obligations constitutionnelles. Dans sa critique institutionnelle, l’universitaire accuse le Conseil constitutionnel d’évitement et de parti pris, estimant qu’il refuse de mener ce débat juridique essentiel pour la démocratie. Il souligne que le flou entretenu autour des notions de vacance et d’empêchement fragilise l’État de droit au Cameroun.