Actualités of Tuesday, 3 March 2026

Source: www.camerounweb.com

Remaniement ministériel: coup de tonnerre, Paul Biya, un président aveugle, sourd, muet

Dans une tribune incendiaire publiée ce jour, Saint-Eloi Bidoung, ancien militant du parti au pouvoir, franchit un cap inédit dans la critique du chef de l’État. Sous sa plume, Paul Biya est dépeint comme un président fantoche, coupé du réel et de son peuple. « Il ne voit plus, n’entend plus, ne dit plus rien », assène-t-il, avant de soulever une question aussi troublante que séditieuse : qui donc gouverne véritablement à sa place ? Des remaniements fantômes aux détournements massifs, en passant par la souffrance silencieuse des Camerounais, Bidoung vide son sac et jette un pavé dans la mare. Voici l’intégralité de sa charge, sans filtre.




« Paul Biya, un président aveugle, sourd, muet.

Il y a des choses qu’un Président de la République fait et d’autres qu’il ne fait pas. C’est le cas avec Paul Biya, notre monarque depuis bientôt cinq années s’est tu.

Qui donc, parle au nom du président ?


Un Président de la République n’annonce pas. Un Président de la République décrète en toute autorité, quand il le trouve opportun ou nécessaire. De mémoire de millions de citoyens camerounais, depuis son arrivée au pouvoir, Paul Biya n’a jamais annoncé la mise en place d’un Gouvernement « dans les prochains jours ». Cela n’appartient pas à son discours, encore moins à sa pratique, annoncer à l’avance ce qu’il fera certainement ou prochainement. Cela l’est encore plus vrai en ce qui concerne les remaniements ministériels. Les seules fois qu’il ne nous a jamais surpris avec un remaniement gouvernemental c’est à 9H 30 par un jour de fête de Noël, à 10H un jour de fête de la Pâques ou à 05H du matin, un jour ordinaire et calme.

Les remaniements ministériels, nous en avons eu (sans annonces préalables) des jours de lundi à dimanche ; à des heures différentes de la journée. Et cela a toujours été des surprises, bien que précédées de folles rumeurs très souvent. C’est pourquoi je suis sympathique avec ceux qui ne croient pas à une filiation entre Paul Biya et son discours à la Nation du 31 décembre 2025. Il en est totalement étranger.
Un président ne regarde pas…

Un président ne regarde pas, il voit. Et quand il a vu, il prend les mesures pour rectifier ce qui est contraire, ou pour préserver ce qui est dans les normes. Ce que la génération présente et la postérité reprocheront à Paul Biya, c’est d’avoir passé le temps à regarder. A regarder sans voir. A regarder des directeurs de sociétés d’Etats rester à leurs postes des dizaines d’années après les limites légales ; certains 20 ans, d’autres 30 ans voire 40 ans. A regarder des directeurs généraux de sociétés d’Etat détourner de colossaux fonds publics durant des années en toute aisance et impunité. A regarder des membres du Gouvernement faire Plus de 20 ans au même poste et participer à des tournois interministériels de détournements de fonds destinés à la réalisation de projets de portée nationale. A regarder le taux de chômage des jeunes diplômés grimper chaque année. A regarder les mœurs contre-nature étouffer la société. A regarder la prolifération des églises satanistes, l’émergence du « God Business », l’enrichissement scandaleux et à ciel ouvert des « entrepreneurs religieux ».

Un chef ne regarde pas, il voit et dit la sagesse. Paul Biya regarde, mais ne voit rien. Il ne voit même pas le racket des policiers dans les centres d’enrôlements pour l’obtention de la nouvelle carte nationale d’identité, que les requérants désabusés ont surnommé « CNI Paul Biya ». Et il y a beaucoup de choses qu’il regarde sans voir. Et ce n’est pas à cause de son grand âge. Ses collaborateurs, ont fait pendre devant lui, un voile transparent mais flou ; qui l’empêche de bien distinguer, de bien voir ce qu’il regarde.
Un président de la République ne donne pas, il repartit.

Paul Biya n’a fait que donner, il ne fait que donner à une petite portion de ses concitoyens. Il ne repartit pas et cela donne plus de pauvres, de miséreux, de personnes en difficultés sociales dans ce pays ; pourtant si riche pour tout le monde.

On n’en serait pas là, s’il avait mieux reparti le nombre de détourneurs de fonds publics par Région. En ce moment, la Région du Centre est la mieux lotis en ce qui concerne les bénéficiaires des « 4.9 », des marchés fictifs dans les Ministères et des paiements surfacturés dans les caisses du trésor public. La Région du Centre est suivie dans ce confort, par la Région du Sud ; mais garde la première place des victimes de l’opération épervier déjà condamnés et de ceux en voie de convocation.

Le reste des fonds publics est donné aux membres de l’entourage de Paul Biya et c’est à cette échelle, qu’il fait une bonne répartition. Pourtant, la sagesse répète qu’un chef ne donne pas, il reparti à tous ces sujets.
Un Président de la République ne parle pas…

Un Président de la République ne parle pas, il dit. Nous ne parlons pas de discours ou d’entretien avec la presse. Dire, être un Président de la République, c’est prendre des décisions sur des faits de la République, c’est aussi, prendre en toute sévérité des sanctions. C’est vrai que Paul Biya est de moins en moins loquace (il est inaudible selon Issa Tchiroma). Mais, quand il a fallu qu’il parle, qu’il dise quelque chose ; malheureusement, il s’est tu comme un rocher. Il n’a rien dit à propos des fonds de la riposte contre le Covid 19 ; encore moins, à propos des fonds de la construction des stades de la CAN. Alors que toute la République parlait de ces détournements massifs et collectifs opérés par des ministres et leurs comparses, Paul Biya n’a ni parlé ni dit un mot.

Oui, il parle peu et rarement ces derniers temps. Nous souhaitions seulement qu’il dise un mot sur les détournements des fonds de la Coupe d’Afrique des Nations de football au Cameroun. Il n’a rien dit.
Un Président de la République n’écoute pas, il entend

S’il écoutait, il n’aura que ceux qui veulent des avantages et des privilèges auprès de lui. Il doit entendre les cris et grincements dents venant de son peuple lié dans l’enfer de la pauvreté et des misères quotidiennes. Paul Biya aime écouter ses courtisans qui, d’ailleurs, le trompent surtout. Il n’entend pas les pleurs du peuple. Il n’entend plus les cris de douleurs des Enseignants, des Infirmières, des jeunes diplômés devenus « Moto-Taximen », « des déflatés ». Paul Biya écoute, ses créatures et se ses créateurs.

Monsieur le Président, Saint-Eloi Bidoung ne cessera pas de vous dire la vérité, rien que la vérité n’en déplaise. Je ne ferai rien pour que vous perdiez votre poste de président, mais je ne le défendrai pas si vos créatures s’organisent à vous le faire perdre. Quand un Président ne voit plus, n’entend plus ne dit plus, la sagesse recommande qu’il rende le tablier. Surtout, ne pas attendre qu’on vous l’arrache. A bon…salut. »