Actualités of Monday, 5 January 2026

Source: www.camerounweb.com

Remaniement au Cameroun : Quand la peur de partir paralyse les ministres

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Absents de leurs bureaux, terrés chez eux, certains membres du gouvernement camerounais vivent dans l'angoisse depuis l'annonce d'un remaniement imminent. Une peur de l'humiliation publique qui illustre les dysfonctionnements profonds de la gouvernance, selon l'analyse du chroniqueur Télesphore Mba Bizo.



"Chacun rentre pleurer chez lui." La formule de Télesphore Mba Bizo, dans sa chronique diffusée dimanche sur la CRTV, résume brutalement l'état d'esprit qui règne parmi les membres du gouvernement camerounais depuis l'annonce d'un remaniement ministériel par le président Paul Biya.

La peur de quitter le gouvernement est devenue "l'un des moteurs silencieux de l'attentisme administratif", explique le commentateur. Cette angoisse de perdre un poste pousse certains responsables à adopter une posture de conservation plutôt que d'action et à éviter les décisions audacieuses.

Mais d'où vient cette peur paralysante ? Des précédents bien connus dans la République camerounaise. "Il est souvent arrivé que des dirigeants soient éconduits du gouvernement pendant qu'ils présidaient des cérémonies", rappelle Télesphore Mba Bizo.

Le souvenir de ces scènes, "truffées d'inconfort et d'embarras", nourrit l'absentéisme ambiant dans les administrations. Par crainte d'humiliation publique, beaucoup préfèrent se tenir à l'écart, confinés à domicile. La consigne implicite est devenue claire : éviter d'être surpris en fonction au moment de l'annonce de son limogeage.

"Sortir du gouvernement est souvent perçu comme une chute ou un échec, à tort ou à raison", analyse le chroniqueur. Cette crainte engendre des silences et des initiatives différées. "Quitter le gouvernement devient alors moins une transition normale qu'un stigmate redouté."

Ce phénomène contribue à "coincer un système qui redoute le mouvement autant qu'il en a besoin". La peur de partir engendre ainsi une inertie préjudiciable à l'action publique, au moment même où les Camerounais attendent un gouvernement réactif et innovant.

Au-delà de cette dimension psychologique, Télesphore Mba Bizo souligne l'urgence de combler les postes vacants suite à des décès ou démissions. "Le remplacement des ministres décédés ou démissionnaires relève d'une exigence de continuité de l'État", insiste-t-il.

Chaque poste correspond à une responsabilité précise, à une chaîne de décisions et à une capacité d'arbitrage. "Lorsqu'un siège reste vacant, une fonction s'affaiblit et une politique publique vire au ralenti." L'intérim, conçu comme une solution transitoire, ne peut devenir un mode durable de gouvernance.

"Laisser perdurer des vides au sommet de l'exécutif alimente l'attentisme, dilue les responsabilités et fragilise la redevabilité", avertit le chroniqueur. Sa conclusion est sans appel : "Gouverner, c'est aussi accepter que l'État ne s'interrompe pas avec les hommes et que la continuité des fonctions prime sur les circonstances individuelles."

Paradoxalement, certains membres du gouvernement pourraient accueillir favorablement un changement. Des dirigeants "entendent redevenir utiles ailleurs à condition d'avoir la chance de changer de portefeuilles", note Télesphore Mba Bizo.

Ils se sentent victimes de saturation à force de gérer les mêmes dossiers dans la durée. "Leur action publique perd ainsi en créativité, en éclat et en impact." Pour ces responsables, le remaniement pourrait être une opportunité de renouvellement plutôt qu'une sanction.

En attendant, le Cameroun vit au ralenti. L'administration est paralysée, les services publics fonctionnent en mode dégradé, et les citoyens paient le prix de cette incertitude institutionnelle. La question reste entière : quand le nouveau gouvernement sera-t-il formé, et permettra-t-il de sortir l'appareil d'État de cette torpeur anxiogène ?