Dans une sortie fracassante, l'intellectuel camerounais Fridolin Nke affirme avoir été l'un des acteurs de la fraude électorale lors de la présidentielle de 2025. Manipulations des chiffres, bourrage d'urnes, corruption... Le philosophe dit tout et dénonce également la participation d'un "think tank" d'intellectuels. Mais qu'en est-il réellement ?
Fridolin Nke, philosophe et auteur de « Paul Biya, les Chroniques de la fin », vient de faire des déclarations pour le moins surprenantes. Dans une sortie médiatique qui fait grand bruit, l'intellectuel camerounais affirmerait avoir personnellement participé à des manœuvres de fraude électorale visant à maintenir Paul Biya au pouvoir lors de la présidentielle du 12 octobre 2025.
Selon ses déclarations rapportées, Fridolin Nke aurait été impliqué dans plusieurs pratiques illégales : manipulation des chiffres électoraux, bourrage d'urnes et recours à la corruption, le tout au détriment du principal opposant Issa Tchiroma Bakary, qui avait pourtant réuni d'importantes foules lors de sa campagne.
« J'ai participé », aurait avoué l'intellectuel, reconnaissant avoir été un rouage de cette mécanique frauduleuse. Des aveux qui, s'ils étaient confirmés et vérifiés, constitueraient un tournant majeur dans la contestation post-électorale qui secoue le Cameroun depuis octobre dernier.
Plus troublant encore, Fridolin Nke affirmerait qu'un véritable « think tank » aurait été mis en place pour soutenir le régime de Paul Biya pendant cette présidentielle. Ce groupe de réflexion aurait réuni plusieurs intellectuels camerounais de renom, dont le sociologue Claude Abé, figure connue de l'intelligentsia camerounaise.
L'objectif aurait été clair : aider un régime qualifié de « vacillant » à se maintenir au pouvoir face à une opposition déterminée et mobilisée. Selon Nke, ces intellectuels auraient fourni une caution morale et intellectuelle aux stratégies électorales du parti au pouvoir, le RDPC.
Le nom de Claude Abé dans cette affaire mérite d'être contextualisé. Ce professeur de sociologie et d'anthropologie, directeur de l'Institut de Recherches Socio-Anthropologiques (IRSA) à l'Université Catholique d'Afrique Centrale, est une figure controversée de la scène intellectuelle camerounaise. Autrefois perçu comme un critique du régime, il a été accusé ces dernières années d'avoir opéré une « volte-face » politique, ce que certains de ses détracteurs appellent un ralliement au pouvoir en place.
Récemment, Claude Abé a d'ailleurs été nommé coordonnateur national du Parti des Démocrates Camerounais (PDC) pour les élections municipales et législatives de 2026, marquant ainsi son entrée officielle dans l'arène politique. Cette nomination, intervenue en janvier 2026, alimente aujourd'hui les spéculations sur ses liens avec le pouvoir.
Cependant, à ce stade, aucune preuve matérielle ou témoignage corroborant n'a été apporté pour étayer les affirmations de Fridolin Nke concernant la participation de Claude Abé ou d'autres intellectuels à un supposé « think tank » électoral.
Des promesses non tenues : la frustration d'un collaborateur déçu
Ce qui semble avoir déclenché ces révélations, c'est la frustration de Fridolin Nke face aux promesses non tenues. Selon l'intellectuel, malgré son implication et ses « services rendus », les engagements pris à son égard n'auraient jamais été honorés.
Plus humiliant encore : même la « prise en charge du simple carburant » qui lui aurait été promise n'aurait jamais été respectée, malgré ses « nombreuses relances ». Une complainte qui laisse transparaître l'amertume d'un homme qui dit avoir été utilisé puis abandonné.
Cette dimension financière des accusations jette une lumière crue sur les mécanismes d'organisation de la fraude : des intellectuels recrutés, des promesses de rémunération, un système bien huilé de cooptation... Si ces allégations s'avéraient exactes, elles confirmeraient ce que beaucoup soupçonnent depuis longtemps sur la sophistication de la fraude électorale au Cameroun.
Ces révélations interviennent dans un contexte explosif. L'élection présidentielle du 12 octobre 2025 a été marquée par des allégations massives de fraude. Le Conseil constitutionnel avait proclamé Paul Biya vainqueur avec 53,66% des voix, son score le plus bas depuis 1992, signe d'un affaiblissement réel de son assise populaire.
Les chiffres révélés par plusieurs analyses statistiques sont accablants. Dans certaines régions anglophones en proie à l'insécurité, comme le Nord-Ouest, le nombre de votants aurait augmenté de plus de 800% par rapport à 2018, avec des victoires écrasantes pour Biya (87% des suffrages). Dans le Sud-Ouest, une hausse de 243% des votants a été enregistrée. Des anomalies statistiques qui défient toute logique démographique, particulièrement dans des zones où plus d'un million de personnes sont déplacées selon l'ONU.
À l'inverse, dans les régions du Nord où Biya perdait traditionnellement du terrain, comme l'Extrême-Nord et l'Adamaoua, les chiffres sont restés stables ou ont baissé, suggérant que les pertes réelles y ont été compensées par une « fabrication industrielle d'électeurs » ailleurs.









