Plus de trois mois après la mort en détention d'Anicet Georges Ekane, président du Manidem et figure historique de l'opposition camerounaise, les zones d'ombre s'épaississent. Dans un entretien exclusif accordé à Jeune Afrique, publié ce 8 mars 2026, son fils Elombo Ekane lève pour la première fois le voile sur les véritables circonstances de l'arrestation de son père — un récit glaçant qui décrit une opération de piège délibérément tendue par les forces de sécurité.
Selon les révélations faites à Jeune Afrique, tout commence par la surveillance d'un neveu d'Anicet Ekane, qui récupérait des documents liés à des affaires foncières familiales. Les autorités, interprétant à tort ces démarches comme des manœuvres politiques, l'ont arrêté — non pas parce qu'elles le soupçonnaient vraiment, mais parce qu'elles savaient ce que cela déclencherait.
« Ils savaient que mon père ne laisserait jamais un membre de sa famille subir les conséquences d'un conflit auquel il était étranger », confie Elombo Ekane à Jeune Afrique. Le calcul était froid et cynique : arrêter le neveu pour forcer le père à se présenter de lui-même.
Le stratagème a fonctionné. Dès qu'Anicet Ekane s'est rendu à la gendarmerie pour s'enquérir de la situation de son neveu, il a été arrêté sur le champ, puis transféré cagoulé et menotté au Secrétariat d'État à la Défense à Yaoundé.
Le contexte politique dans lequel s'inscrit cette arrestation est tout aussi révélateur. Révélé par Jeune Afrique, Anicet Ekane avait, lors de la présidentielle d'octobre 2025, participé à la construction de la dynamique politique autour d'Issa Tchiroma Bakary. Après le scrutin, qu'il estimait « entaché d'irrégularités », il en avait contesté les résultats. C'est dans ce contexte précis que le piège a été tendu.
Un homme de 74 ans, président d'un parti légal, arrêté par un stratagème, pour avoir exercé son droit de contester des élections. Le tableau que dessine Jeune Afrique à travers le témoignage de son fils est celui d'un État qui n'hésite pas à utiliser les liens familiaux comme levier d'arrestation politique.
La conclusion d'Elombo Ekane à Jeune Afrique ne laisse aucune ambiguïté sur la lecture que la famille fait de ces événements : « Mon père est mort en martyr, son combat va continuer. » Une phrase qui résume à la fois le deuil, la colère et la détermination d'une famille qui refuse que la mort d'Anicet Ekane reste sans explication ni justice.









