Alors que tous les regards étaient tournés vers l’e-commerce, c’est une alliance inattendue entre Brasilia et New Delhi qui a conduit à l’échec des négociations à Yaoundé. Jeune Afrique dévoile les coulisses d’une conférence sous haute tension, où l’agriculture et le commerce numérique ont été mélangés dans une surenchère diplomatique. (À lire dans Jeune Afrique)
L’image restera : celle d’une directrice générale de l’OMC, Ngozi Okonjo-Iweala, concédant un « manque de temps » après quatre jours d’affrontements. Mais selon les révélations exclusives de Jeune Afrique, l’échec de la conférence de Yaoundé n’est pas dû à un agenda surchargé, mais à une stratégie délibérée du Brésil, soutenu en sous-main par l’Inde, pour faire capoter simultanément les dossiers de l’e-commerce et de la réforme de l’OMC.
Dès samedi 28 mars, Jeune Afrique a pu documenter un changement de ton brésilien. Le ministre Mauro Vieira a publiquement lié le sort du moratoire sur les droits de douane numériques à une avancée sur l’agriculture, un secteur paralysé à l’OMC depuis trente ans. « Nous ne pouvons pas laisser cette situation perdurer », a-t-il martelé. Une déclaration qui, selon Jeune Afrique, a gelé les discussions alors qu’un accord « a minima » sur la réforme était sur la table.
Les sources diplomatiques contactées par Jeune Afrique à Yaoundé décrivent une ambiance « explosive » dans la nuit de dimanche. Le Brésil refusait tout compromis au-delà de deux ans sur l’e-commerce, pendant que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Union européenne poussaient pour une reconduction permanente ou à cinq ans. « Les Américains ont fait preuve de flexibilité, mais deux pays ont tout bloqué », a confié un haut fonctionnaire américain à Jeune Afrique, sans les nommer.
Jeune Afrique a identifié ces deux États : le Brésil et l’Inde. Tous deux craignent que la prolongation du moratoire ne prive leurs trésors publics de revenus fiscaux sur les géants du numérique. En retour, Washington a refusé d’avancer sur la réforme de l’organe de règlement des différends, qu’il paralyse depuis des années. L’OMC sort donc de Yaoundé plus affaiblie que jamais.
Pour l’Afrique, qui accueillait une conférence aussi cruciale pour la première fois depuis longtemps, le camouflet est cinglant. Jeune Afrique a recueilli la réaction amère d’un diplomate camerounais : « Nous avions misé sur ce sommet pour redorer le blason commercial du continent. C’est un revers pour notre diplomatie. » Le secrétaire d’État britannique Peter Kyle a parlé d’un « revers majeur mondial pour le commerce ». L’histoire retiendra que c’est à Yaoundé que le multilatéralisme commercial a vacillé.









