Alors que le Cameroun attend depuis des mois un remaniement gouvernemental maintes fois annoncé et jamais concrétisé, une information exclusive parvenue à notre rédaction vient alimenter les spéculations sur la recomposition de l'équipe gouvernementale : Said Kamsouloum, actuel Secrétaire Général du Ministère de la Défense, serait pressenti pour remplacer le général Joseph Beti Assomo à la tête du MINDEF. Son dossier serait activement poussé par deux des personnalités les plus influentes du système camerounais : Ferdinand Ngoh Ngoh, Secrétaire Général de la Présidence de la République, et Franck Emmanuel Biya, fils du Chef de l'État.
Le profil de Said Kamsouloum est celui d'un pur produit de la maison. Contrairement à de nombreux hauts fonctionnaires camerounais qui multiplient les affectations ministérielles, il a fait toute sa carrière au sein du Ministère de la Défense — gravissant méthodiquement les échelons jusqu'au poste de Secrétaire Général, numéro deux de l'institution. Cette longévité dans un seul ministère lui confère une connaissance intime des rouages du MINDEF — ses hommes, ses réseaux, ses dossiers sensibles, ses équilibres internes. Une expertise opérationnelle que ses promoteurs, Ngoh Ngoh et Franck Biya, jugent visiblement suffisante pour occuper le fauteuil le plus stratégique du gouvernement.
Ngoh Ngoh et Franck Biya : une alliance de circonstance pour un poste clé
Ce qui rend cette révélation particulièrement significative, c'est la nature du tandem qui soutient la candidature de Kamsouloum. Ferdinand Ngoh Ngoh — dont Jeune Afrique avait récemment documenté le réseau tentaculaire d'influence sur les entreprises publiques et les marchés de l'État — et Franck Emmanuel Biya — dont la présence protocolaire devant Ngoh Ngoh lors du défilé du 20 mai avait alimenté les spéculations sur sa nomination à la Vice-Présidence. Que ces deux hommes poussent ensemble le même dossier au MINDEF suggère une convergence d'intérêts dans la gestion de l'appareil sécuritaire camerounais — à un moment particulièrement sensible.
Car le contexte ne pourrait pas être plus chargé. Le chef d'État-major des armées René Claude Meka, 87 ans, a été évacué sanitairement en France après une hospitalisation au CHUY. Paul Biya lui-même a subi un malaise lors de la réception du 20 mai au Palais de l'Unité — placé sous surveillance médicale selon les révélations exclusives de Jeune Afrique. Et les régions anglophones connaissent un regain de tension après l'accalmie liée à la visite papale. Mettre la main sur le MINDEF dans ce contexte, c'est contrôler le bras armé de l'État au moment où il est le plus sollicité — et où les décisions qui s'y prennent auront les conséquences les plus lourdes.
Cette révélation sur le MINDEF s'inscrit dans un contexte de remaniement gouvernemental qui fait attendre le pays depuis des mois. Dès sa réélection pour un huitième mandat en octobre 2025, Paul Biya avait laissé entendre qu'une recomposition de son équipe gouvernementale était imminente. Souley Onohiolo, journaliste du Messager, avait décidé de ne plus se raser tant que le remaniement n'aurait pas eu lieu — et depuis le 6 novembre 2025, sa barbe blanche n'a cessé de pousser, au point de couvrir entièrement son visage. RFI lui a consacré un article en mai 2026. Le remaniement, lui, n'est toujours pas venu.
Paul Biya avait pourtant fait «trois sorties pour dire la même chose», s'étonnait Onohiolo — incapable d'imaginer que des promesses présidentielles répétées pourraient rester lettre morte aussi longtemps. Dans les cercles du pouvoir, Pascal Messanga Nyamding avait mis le doigt sur le problème structurel lors d'une sortie fracassante sur Vision4 : «70% de certains membres du gouvernement auraient perdu leur poste si on les limogeait au moindre scandale» — dressant ainsi un catalogue de dossiers compromettants qui pèse sur l'agenda présidentiel. Et l'analyste David Eboutou avertissait sur Canal 2 que «des Camerounais sont même prêts à aller retirer leur soutien au président si certains visages sont reconduits».
Le Ministère de la Défense est sans doute le portefeuille le plus stratégique de tout remaniement camerounais. Dans un pays où l'armée est le pilier ultime du maintien au pouvoir, où la crise anglophone dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest mobilise des milliers de soldats depuis 2016, où Boko Haram continue de menacer l'Extrême-Nord, et où les récentes révélations de Jeune Afrique sur le BIR font état de détournements de primes et de menaces de grève avant le défilé du 20 mai — choisir le prochain MINDEF est une décision aux conséquences potentiellement irréversibles.
Que ce choix soit porté conjointement par Ngoh Ngoh et Franck Biya — dans un contexte où Franck est lui-même pressenti à la Vice-Présidence — dessine les contours d'une recomposition du pouvoir camerounais dont le Ministère de la Défense serait l'une des pièces maîtresses. Contrôler la Vice-Présidence et le MINDEF simultanément constituerait une concentration de pouvoir institutionnel et sécuritaire sans précédent depuis des années.









