Actualités of Friday, 4 September 2026

Source: www.camerounweb.com

REMANIEMENT :le Grand dialogue national, l'échec qui a révélé les limites du pouvoir de Dion Ngute

Si Joseph Dion Ngute s'est forgé une réputation de survivant habile des guerres de clans, une enquête de Jeune Afrique rappelle l'un des épisodes les plus révélateurs des limites réelles de son autorité : l'échec du Grand dialogue national qu'il a lui-même présidé en 2019, censé mettre fin à la crise anglophone.

Un choix symbolique qui n'a pas suffi

Selon Jeune Afrique, la nomination de Joseph Dion Ngute à la Primature en janvier 2019, en pleine crise dans les régions anglophones, avait été perçue comme un signe d'apaisement fort, ce Premier ministre étant lui-même anglophone et originaire du Sud-Ouest. Neuf mois plus tard, il préside le Grand dialogue national censé trouver une issue à la guerre qui ravage le Nord-Ouest et le Sud-Ouest. Mais l'enquête rappelle sans détour que ce dialogue n'a pas mis fin au conflit, les combats ayant persisté bien après cette initiative.

Des centres de décision rivaux accusés d'avoir torpillé les négociations

L'élément le plus significatif documenté par Jeune Afrique concerne les raisons de cet échec : les initiatives de Dion Ngute se seraient heurtées à d'autres centres de décision au sommet de l'État, en particulier au secrétariat général de la présidence. L'enquête cite à cet égard Léopold Maxime Eko Eko, l'ancien patron des services de renseignement, qui accuse frontalement ce même secrétariat général d'avoir torpillé les négociations menées par le Premier ministre — une accusation qui, si elle est fondée, illustrerait l'ampleur du dédoublement de l'autorité exécutive au sommet de l'État camerounais.

« Premier ministre ou premier des ministres » ?

Ce que cet épisode, documenté par Jeune Afrique, cristallise, c'est une question de fond sur la nature réelle du pouvoir exercé par la Primature camerounaise : peut-on véritablement parler de chef du gouvernement lorsque les initiatives les plus stratégiques peuvent être neutralisées par d'autres centres de décision informels, echappant à tout contrôle institutionnel direct du Premier ministre ? Une question que Jeune Afrique résume par une formule popularisée : Dion Ngute est-il vraiment « Premier ministre », ou seulement le « premier des ministres », dans un système où le pouvoir réel se joue ailleurs qu'à la Primature ?