Actualités of Tuesday, 27 January 2026

Source: www.camerounweb.com

REMANIEMENT: c'est confirmé pour Cabral Libii et Joshua Osih, Paul Biya a pris la décision

Dans une analyse exclusive publiée le 27 janvier 2026, Jeune Afrique décrypte les mécanismes qui rendent quasi impossible toute véritable ouverture politique au Cameroun. Après plus de quarante ans au pouvoir, Paul Biya a tellement verrouillé le système autour du RDPC et des clans qui le composent qu'intégrer une opposition significative menacerait l'équilibre fragile du régime. Cette révélation, confirmée par plusieurs sources proches du pouvoir et de l'opposition, explique pourquoi les promesses d'ouverture restent lettre morte malgré les crises successives que traverse le pays.

"Il a tellement verrouillé le système autour du RDPC et des clans qui y existent qu'il lui est presque impossible de changer quoi que ce soit. L'équilibre est déjà difficile à maintenir, alors comment voulez-vous ajouter une véritable opposition là-dedans ?" Cette question posée par un proche de l'opposition à Jeune Afrique résume parfaitement le dilemme dans lequel se trouve le président camerounais Paul Biya à l'approche d'un énième remaniement ministériel.
Le magazine panafricain révèle dans son enquête que la gouvernance de Paul Biya repose sur un équilibre précaire entre différents clans au sein du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), le parti au pouvoir. Cet équilibre, construit et maintenu pendant plus de quatre décennies, ne laisse aucune place à des acteurs extérieurs qui pourraient le bouleverser. Les interrogations les plus persistantes autour du possible remaniement tournent d'ailleurs autour des pontes du pouvoir comme Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, ou son rival du cabinet civil, Samuel Mvondo Ayolo.


Selon les révélations de Jeune Afrique, Paul Biya conçoit les alliances politiques d'une manière radicalement différente de ce qui se pratique dans d'autres démocraties. "Il pense les alliances uniquement comme un moyen de verrouiller le territoire, et non comme une politique nationale ou un programme", explique au magazine un politologue camerounais. Cette approche purement territoriale et instrumentale des alliances signifie que les partenaires du RDPC ne sont jamais considérés comme de véritables associés dans l'exercice du pouvoir, mais simplement comme des relais locaux destinés à assurer le contrôle de certaines zones géographiques ou communautés.


Le magazine dévoile également une autre dimension cruciale de cette fermeture : "Les alliés locaux doivent servir son pouvoir au niveau national et rien d'autre ne compte", poursuit le politologue interrogé par Jeune Afrique. "Nationalement, il est impensable pour lui de laisser quelqu'un appliquer son programme, à la primature ou même dans un ministère, car cela pourrait lui faire de l'ombre", renchérit le proche de l'opposition cité par le magazine.
Cette analyse explique pourquoi, malgré des crises majeures comme la contestation anglophone qui sévit depuis 2016, la contestation postélectorale de 2018 menée par Maurice Kamto, ou encore la pression internationale, aucun opposant significatif n'a jamais été intégré à des postes véritablement stratégiques. Jeune Afrique rappelle que même après la présidentielle chaotique de 2018, Joseph Dion Ngute, un membre du RDPC, avait été nommé à la primature, tandis que les alliés historiques comme Issa Tchiroma Bakary et Bello Bouba Maïgari se partageaient les miettes du gouvernement.


Le magazine révèle également que cette logique de verrouillage trouve ses racines dans l'histoire récente du régime. Lorsque Paul Biya avait effectivement procédé à une ouverture en 1992, après avoir échappé de peu à la défaite face à John Fru Ndi du Social Democratic Front (SDF), c'était davantage pour diviser l'opposition que pour partager réellement le pouvoir. "Chaque fois, l'ouverture a été très limitée et participait davantage d'une logique de destruction de l'opposition", confirme le politologue interrogé par Jeune Afrique, citant l'exemple de l'intégration de Hamadou Moustapha et Issa Tchiroma Bakary pour affaiblir Bello Bouba Maïgari.


Dans ce contexte, les noms de Cabral Libii et Joshua Osih, qui reviennent depuis novembre dans les spéculations sur un possible gouvernement d'ouverture, apparaissent comme de potentiels "nouveaux Bouba Maïgari et Tchiroma Bakary", selon l'expression ironique d'un opposant citée par Jeune Afrique. "Mais que va-t-on leur donner ? Un ministère de la Jeunesse et un strapontin quelconque à la Décentralisation ? Aucune marge de manœuvre en tout cas", poursuit-il.
Le magazine conclut son analyse sur une note sans appel : "La véritable ouverture n'existera qu'à partir du moment où Biya accordera des postes régaliens." Or, quarante-deux ans après son accession au pouvoir, rien n'indique que le président camerounais soit prêt à franchir ce Rubicon. Le système qu'il a patiemment construit, basé sur l'hégémonie du RDPC et un jeu d'équilibre complexe entre les différents clans du parti, ne supporte pas l'introduction de variables extérieures significatives.

Les révélations de Jeune Afrique éclairent ainsi d'un jour nouveau l'attente interminable des Camerounais face à un remaniement ministériel promis mais toujours reporté. Elles démontrent que cette attente n'est pas qu'une question de calendrier ou de personnes, mais le symptôme d'un système politique qui s'est lui-même enfermé dans une logique dont il ne peut plus sortir sans risquer l'effondrement. À Yaoundé, près de trois mois après la prestation de serment de Paul Biya, les Camerounais continuent donc d'attendre qu'une fumée blanche sorte du palais d'Etoudi, avec la certitude désormais que même si elle sortait, elle ne changerait rien de fondamental.