Politique of Wednesday, 3 June 2026

Source: www.camerounweb.com

REMANIEMENT : Quand servir l'état devient une opportunité de se servir

Combien condamnent le système tout en espérant en bénéficier un jour ? Combien condamnent le système tout en espérant en bénéficier un jour ?

La tendance à considérer les postes publics comme des moyens d’obtenir des avantages personnels plutôt que comme des responsabilités au service de la nation est de plus en plus dénoncée au sein de l’opinion publique camerounaise. Beaucoup appellent à privilégier la compétence, l’intégrité et les résultats, afin que les fonctions publiques redeviennent des missions d’intérêt général.


À chaque remaniement gouvernemental, à chaque nomination dans une entreprise publique ou une administration stratégique, un étrange phénomène se produit. Le pays retient son souffle. Les téléphones chauffent. Les groupes WhatsApp s'animent.

Les pronostics se multiplient. Mais ce qui intrigue le plus, ce n'est pas l'attente elle-même. C'est la nature de l'attente. Car beaucoup ne se demandent pas : « Qui sera le plus compétent ? ».
Ils se demandent plutôt : « Qui sera nommé ? ». Et parfois, plus discrètement : « Qu'est-ce que cela va nous rapporter ? ».

Comme si certains postes publics n'étaient plus perçus comme des responsabilités, mais comme des gisements à exploiter. Comme si la nomination d'un proche, d'un frère, d'un ami, d'un ressortissant ou d'un allié ouvrait automatiquement l'accès à une part du gâteau national.

Dans cette logique, le ministre n'est plus un serviteur de l'État. Le directeur général n'est plus un gestionnaire. Le président du conseil d'administration n'est plus un garant de la gouvernance.
Ils deviennent des distributeurs d'espérance matérielle. Des pourvoyeurs de faveurs. Des portes d'entrée vers les marchés, les recrutements, les avantages et les privilèges.
Alors les populations ne demandent plus toujours : « Que fera-t-il pour l'institution ? ».

Mais parfois : « Que fera-t-il pour nous ? ». Et c'est là que commence le problème. Car lorsqu'un poste public est perçu d'abord comme une source d'enrichissement ou d'influence, l'intérêt général recule.

L'institution devient secondaire. La mission devient accessoire. La performance devient facultative. Seule compte l'occupation du fauteuil.

Le paradoxe est cruel. Nous dénonçons la corruption. Nous dénonçons le clientélisme. Nous dénonçons le favoritisme. Mais au fond, combien rêvent secrètement d'avoir « leur tour » ? Combien condamnent le système tout en espérant en bénéficier un jour ?

Le développement commence pourtant par une révolution culturelle simple : Considérer un poste public non comme un privilège, mais comme une charge. Non comme une récompense.

Mais comme une responsabilité. Dans les nations qui avancent, on célèbre davantage les résultats que les nominations. On juge les responsables sur ce qu'ils accomplissent, pas sur le nombre de proches qu'ils peuvent satisfaire. Car un ministre performant vaut mieux qu'un ministre populaire.
Un directeur efficace vaut mieux qu'un directeur généreux avec son entourage. Un gestionnaire intègre vaut mieux qu'un distributeur de faveurs.

Au fond, une question mérite d'être posée : Voulons-nous des responsables qui servent l'État ou des responsables qui servent de passerelles vers les avantages de l'État ?

Le jour où la nomination d'un haut responsable suscitera davantage de questions sur son projet que sur les bénéfices attendus pour son entourage, ce jour-là, le Cameroun aura déjà commencé à changer.

Un nouveau Cameroun n'est pas une illusion. C'est un choix. Et ce choix commence lorsque les postes cessent d'être des rentes pour redevenir des missions.


Charles Chacot CHIME