L'ancien reporter camerounais entame une nouvelle carrière au sein du média public canadien, spécialisé dans les arts et la culture
Le parcours d'Adrien Takoufo illustre la trajectoire de ces journalistes africains qui, armés de détermination et de qualification, parviennent à s'imposer dans les médias occidentaux. Après un passage remarqué à la Cameroon Radio Television (CRTV) et une formation pointue en Belgique, l'ancien reporter camerounais vient d'intégrer les rangs de CBC/Radio-Canada Saskatchewan.
C'est par une publication Facebook, mercredi 5 février, qu'Adrien Takoufo a officialisé son arrivée au sein du média public canadien. Pas de longs discours, juste quelques clichés le montrant en plein reportage, badge professionnel au cou, accompagnés de la sobre mention « CBC / Radio-Canada ». Une manière discrète mais efficace d'annoncer cette nouvelle étape professionnelle.
Les premiers sujets qu'il a partagés révèlent déjà sa polyvalence. L'un traite de l'appel au soutien lancé par l'Armée du Salut à Prince Albert, après le dévastateur incendie qui a ravagé, le 25 décembre 2025, son centre historique d'accueil des personnes vulnérables. L'autre aborde un enjeu politique provincial : la nomination d'un nouveau ministre de la Sécurité communautaire, face à la montée de l'insécurité en Saskatchewan.
Selon les informations recueillies par Médiatude, Adrien Takoufo a rejoint l'antenne Saskatchewan de Radio-Canada il y a quelques semaines. Il y occupe un poste de reporter « affecté prioritairement aux arts et à la culture », une spécialisation qui tranche avec la couverture généraliste qu'il pratiquait à la CRTV.
Ce choix éditorial n'est pas anodin. Dans le paysage médiatique canadien, la couverture culturelle exige une fine connaissance des codes sociaux locaux, une capacité d'analyse subtile et une sensibilité particulière aux enjeux identitaires – autant de compétences qu'Adrien Takoufo semble avoir su démontrer lors de son recrutement.
Entre son départ de la CRTV en 2021 et son arrivée au Canada, Adrien Takoufo a pris le temps de consolider son bagage académique. Un passage en Belgique qui n'était pas qu'une simple parenthèse. En août 2024, il décrochait un Master en presse et information de l'Institut des Hautes Études des Communications Sociales (IHECS) de Bruxelles, « avec distinction ».
Son mémoire d'investigation, consacré au « calvaire des étudiants africains en Belgique, confrontés aux lourdeurs administratives et à un système d'oppression », témoigne déjà de son regard critique et de sa capacité à documenter les réalités migratoires – des compétences qui lui seront précieuses dans son nouveau rôle de chroniqueur de la diversité saskatchewanaise.
Avec cette intégration, Adrien Takoufo rejoint un réseau déjà étoffé de compatriotes au sein de CBC/Radio-Canada. Médiatude a recensé près d'une dizaine de journalistes camerounais exerçant au sein du média public canadien.
Parmi les figures les plus visibles : Cédrick Noufele, ancien du groupe La Nouvelle Expression et ex-cadre d'Équinoxe TV/Radio, aujourd'hui reporter à CBC/Radio-Canada Manitoba ; Laïssa Armelle Pamou, présentatrice ; ou encore Godlove Kamwa, lui aussi passé par Équinoxe TV avant de s'installer au Manitoba.
La liste s'allonge avec Alice Teufack, Christelle Mekoh, Désiré Kafunda, Elvis Nouemsi Njiké, Didier Oti, Alice Chantal Tchamden Kamgang et Alex Sinhan Bogmis. Une présence qui témoigne à la fois de la qualité de la formation journalistique camerounaise et de la capacité d'adaptation de ces professionnels dans un environnement médiatique exigeant.
Si cette réussite collective force l'admiration, elle pose aussi des questions sur les conditions d'exercice du métier au Cameroun. Pourquoi tant de talents formés localement choisissent-ils de s'expatrier ? Les réponses sont multiples : recherche de meilleures conditions de travail, désir d'évolution professionnelle, contraintes éditoriales pesant sur les médias camerounais, ou simplement aspiration à de nouveaux horizons.
Pour Adrien Takoufo, ce choix semble également relever d'une quête de sens. Après avoir couvert l'actualité camerounaise pendant des années, il se donne désormais les moyens de raconter d'autres histoires, dans un autre contexte, avec d'autres codes.
Dans les vastes étendues enneigées de la Saskatchewan, loin des tumultes politiques de Yaoundé, Adrien Takoufo commence donc un nouveau chapitre. Reste à savoir ce qu'il écrira de cette province canadienne, de ses minorités, de sa culture métissée, lui qui a choisi de porter le micro au service d'une autre société, d'un autre public.
Une chose est certaine : son parcours, comme celui de ses compatriotes exilés dans les médias occidentaux, enrichit la narration du monde. Et c'est peut-être là, finalement, la plus belle victoire du journalisme : transcender les frontières pour mieux raconter l'humanité.









