Actualités of Tuesday, 8 September 2026

Source: www.camerounweb.com

Révélations sur un accord secret entre Paul Biya et Donald Trump

Les États-Unis d’Amérique et le Cameroun ont conclu, le 8 décembre 2025, un accord diplomatique permettant à Washington de transférer vers le Cameroun des migrants de pays tiers qu’il ne pouvait pas expulser directement vers leurs pays d’origine. 36 personnes originaires de neuf pays africains ont ainsi été transférées au Cameroun entre janvier et mai 2026, certaines bénéficiant pourtant de protections judiciaires américaines contre leur expulsion.

Pendant plusieurs mois, l’accord est resté à l’abri des regards. Le 8 décembre 2025, Washington et Yaoundé ont conclu, par échange de notes diplomatiques, un dispositif permettant aux États-Unis de transférer vers le Cameroun des ressortissants de pays tiers qu’ils ne pouvaient renvoyer dans leur pays d’origine. L’existence de cet arrangement n’a été rendue publique que plusieurs mois plus tard.

Le mécanisme est particulièrement sensible. Dans les notes diplomatiques, le Cameroun s’engage à traiter les personnes transférées conformément à ses obligations internationales et à respecter notamment le principe de non-refoulement : elles ne doivent pas être renvoyées vers un territoire où elles risqueraient persécutions ou torture. Washington prévoit de son côté un accompagnement des retours volontaires.

Mais les conditions dans lesquelles cet accord aurait été négocié soulèvent des questions. Des informations attribuées notamment à une enquête du New York Times font état de pressions financières et diplomatiques américaines. Washington aurait notamment retenu 30 millions de dollars (17 milliards Fcfa) destinés à un programme des Nations unies pour les réfugiés au Cameroun pendant les discussions. Des documents et témoignages cités dans ces enquêtes évoquent également le contexte politique particulièrement sensible ayant suivi la présidentielle camerounaise d’octobre 2025.

L’accord n’est pas resté théorique.

Entre janvier et mai 2026, 36 personnes originaires de neuf pays africains ont été transférées des États-Unis vers le Cameroun au cours de quatre opérations, les 15 janvier, 16 février, 29 avril et 27 mai. Parmi elles figurent des ressortissants d’Angola, de RDC, d’Éthiopie, du Ghana, du Kenya, du Maroc, du Sénégal, de Sierra Leone et du Zimbabwe. Plusieurs bénéficiaient aux États-Unis de protections judiciaires empêchant leur expulsion vers leur pays d’origine en raison des risques auxquels elles pouvaient y être exposées.

Le Cameroun devient ainsi un pays tiers de destination pour des personnes qui, pour la plupart, n’y possédaient aucune attache.
L’affaire a désormais quitté le terrain diplomatique pour entrer dans les prétoires. Le 1er août 2026, les 36 personnes ont saisi le tribunal administratif à Yaoundé. Elles contestent notamment la légalité de la mise en œuvre de l’accord et soutiennent qu’il n’aurait pas été régulièrement ratifié. Elles demandent sa suspension, la clarification de leur statut juridique au Cameroun et une protection empêchant leur transfert ultérieur vers des pays où elles risqueraient persécutions ou torture.

Leur situation reste précaire. Selon leur avocat, elles vivent dans un centre à Yaoundé, sans statut légal clairement établi et avec des restrictions de déplacement.

Cette affaire pose désormais une question politique et juridique majeure : dans quelles conditions le gouvernement camerounais a-t-il accepté de recevoir sur son territoire des personnes expulsées par les États-Unis et pourquoi cet accord conclu en décembre 2025 n’a-t-il pas été immédiatement porté à la connaissance du public ?

La justice administrative camerounaise est désormais appelée à se prononcer.

Boris Bertolt