Actualités of Thursday, 15 October 2026

Source: www.camerounweb.com

Révélations explosives l'audio qui fait trembler Etoudi, un prisonnier qui est à l'origine du remaniement

Un enregistrement attribué à Martin Savom, l'ancien maire de Bibey incarcéré à Kondengui dans l'affaire de l'assassinat de Martinez Zogo, circule sur les réseaux sociaux. On y entend le détenu affirmer que « la maman », comprenez la Première Dame Chantal Biya, aurait exigé sa libération, et que le ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo, lui aurait conseillé de patienter jusqu'à la fin des auditions. Il se vante également de pouvoir obtenir des nominations, y compris à l'École militaire interarmées. Une affaire qui expose au grand jour la guerre des clans au sommet de l'État.

C'est une fuite qui met le feu aux poudres. Selon des notes vocales diffusées sur les réseaux sociaux et rapportées par plusieurs médias camerounais, Martin Savom, l'ancien maire de Bibey détenu à la prison centrale de Kondengui pour son implication présumée dans l'assassinat du journaliste Martinez Zogo, se vante de ses connexions au plus haut niveau de l'État.

« La maman a déjà demandé qu'on me laisse »

Dans l'enregistrement, Martin Savom affirme que « la maman » — une allusion transparente à la Première Dame Chantal Biya — aurait exigé sa libération. Il ajoute que le ministre de la Défense, Joseph Beti Assomo, lui aurait conseillé de patienter jusqu'à la fin des auditions pour obtenir sa relaxe. Une promesse qui, selon lui, viendrait directement du sommet de l'État.

Savom ne s'arrête pas là. Il se vante d'avoir placé trois personnes à l'École militaire interarmées (EMIA) par l'entremise du même ministre de la Défense, et cela, depuis sa cellule de Kondengui. Il promet même au lieutenant-colonel Ayissi Nanga, son interlocuteur dans l'enregistrement, de lui « tailler sur mesure » le poste de son choix : « Dis-moi où tu veux être nommé, et nous ferons le reste ».

Une question qui dérange

Ces révélations soulèvent une question fondamentale : qui est Chantal Biya pour ordonner la libération d'un inculpé dans une affaire d'assassinat ? Et Beti Assomo est-il juge pour rassurer Martin Savom qu'il sera libéré après les auditions ?

La réponse, sur le plan juridique, est simple : ni l'une ni l'autre n'a ce pouvoir. La Première Dame n'exerce aucune fonction judiciaire. Le ministre de la Défense, bien que membre du gouvernement, n'a aucune autorité sur les décisions de justice. Seul le Tribunal militaire de Yaoundé, qui instruit l'affaire, est habilité à statuer sur la liberté ou la détention des accusés.

Pourtant, si ces propos sont authentiques, ils révèlent une réalité troublante : celle d'un système où des personnalités sans mandat judiciaire pourraient promettre des libérations et exercer des pressions sur le cours de la justice.

Un contexte de pressions documentées

Cette fuite intervient alors que les pressions sur les magistrats dans cette affaire sont déjà documentées. En janvier 2026, l'avocate des ayants droit de Martinez Zogo, Me Félicité Esther Zeifman, avait dénoncé des tentatives de faciliter la mise en liberté provisoire de Jean-Pierre Amougou Belinga. Selon Jeune Afrique, une lettre aurait même été adressée à des magistrats de la chambre criminelle de la Cour d'appel en vue d'obtenir cette libération.

Le 15 janvier 2026, la Cour d'appel avait rejeté une nouvelle demande de mise en liberté provisoire d'Amougou Belinga. Me Zeifman s'était félicitée de cette décision, rappelant que le Code de procédure pénale camerounais interdit toute liberté provisoire pour les infractions punies de la peine de mort ou de l'emprisonnement à vie.

Le rôle central de Martin Savom

Martin Savom n'est pas un accusé ordinaire. Les expertises téléphoniques ont établi qu'il a été la dernière personne à échanger avec Martinez Zogo avant son enlèvement, l'appelant le 17 janvier 2023 à 19h54. Selon les données de géolocalisation, il aurait coordonné avec le lieutenant-colonel Justin Danwe la seconde phase de l'opération, celle qui a conduit à la mort du journaliste.

Lors de son témoignage à la barre en novembre 2025, Alain Ekassi, agent des renseignements, avait désigné Savom comme l'un des principaux suspects, affirmant tenir ses informations de l'oncle de l'intéressé. Il avait également évoqué un possible rôle de Savom dans la disparition de Mgr Jean-Marie Benoît Balla, évêque de Bafia, retrouvé mort dans la Sanaga en 2017.

Des accusations rejetées par la défense

Les avocats de Martin Savom ont catégoriquement rejeté ces accusations, qualifiant le témoignage d'Alain Ekassi d'« indirect et non pertinent ». Ils ont souligné que le témoin n'avait jamais affirmé que Savom était l'auteur de l'assassinat, mais qu'il tenait ses informations de tierces personnes. Lors d'une audience en juillet 2026, l'expert en criminalistique numérique Jean-Pierre Oloumou avait lui-même reconnu ne disposer d'« aucune preuve directe » de l'implication de Savom, évoquant des « questionnements, pas des certitudes ».

Un tabou qui se fissure

Cette affaire pose une question qui dépasse le cas individuel de Martin Savom. Elle interroge la capacité du système judiciaire camerounais à résister aux pressions politiques dans une affaire où des intérêts considérables sont en jeu. Si les propos prêtés à Savom sont authentiques, ils révèlent une réalité que beaucoup soupçonnaient sans pouvoir la prouver : celle de promesses de libération émanant de personnalités qui n'ont aucun mandat pour les faire.

Dans l'affaire Martinez Zogo, la guerre des clans ne se cache plus. Elle s'expose. Sur les réseaux sociaux. Et dans les prétoires.