Le retour de Paul Biya à Yaoundé, ce 20 août après 74 jours passés en Suisse, n'a rien laissé au hasard sur le plan de la communication d'État. Une enquête de Jeune Afrique révèle l'ampleur du dispositif de contrôle de l'image déployé par la présidence camerounaise à cette occasion, qui en dit long sur le degré de sensibilité entourant l'apparence physique du chef de l'État.
Un dispositif d'accès restreint au tarmac présidentiel
Selon Jeune Afrique, seul le personnel de la Cameroon Radio Television (CRTV), spécialement formé à la couverture des événements présidentiels, a été autorisé à filmer l'arrivée du président sur le tarmac du pavillon présidentiel de l'aéroport de Yaoundé-Nsimalen. Plus révélateur encore : l'enquête précise que les images ont été diffusées en léger différé, un choix qui permet à la chaîne publique de garder une maîtrise complète du contenu montré au public, contrairement à une diffusion strictement en direct.
Un précédent embarrassant qui explique cette prudence
Jeune Afrique établit un lien direct avec un épisode survenu quelques mois plus tôt : le 20 mai, lors d'une réception au palais d'Etoudi, les caméras avaient promptement coupé les images au moment où le président avait été pris d'un malaise, le faisant disparaître des écrans pendant de longues minutes. L'enquête révèle que des consignes claires existeraient désormais au sein de la CRTV pour ne jamais diffuser de plans montrant un président à la motricité difficile, les journalistes étant même priés de se présenter sans téléphone portable lors de ces événements sensibles, afin d'éviter toute prise d'image indiscrète susceptible d'échapper à ce contrôle éditorial.
Une opacité qui interroge sur la nature même du pouvoir
Ce que cette mécanique de contrôle de l'image, documentée dans le détail par Jeune Afrique, révèle, c'est la place centrale qu'occupe la gestion de l'apparence physique du chef de l'État dans la stratégie globale de communication du régime. À l'heure où la santé et la capacité du président à exercer pleinement ses fonctions font l'objet d'interrogations légitimes de la part de l'opinion publique et des partenaires internationaux du Cameroun, ce degré de contrôle exercé jusque sur la moindre image télévisée pose une question simple : que cherche-t-on précisément à cacher ?









