Le candidat malheureux de la présidentielle du 12 octobre 2025 est revenu largement, dans son livre intitulé : « Issa Tchiroma Bakary, un homme, une nation, un destin», sur l’histoire de Samuel Eboua à la tête de l’UNDP
« Bello Bouba Maigari, ex-premier ministre de Paul Biya, avait, par la faveur de cette ouverture au multipartisme, décidé de créer l’UNDP. De son exil au Nigeria, l’homme était entré en contact avec Germaine Ahidjo pour lui dire sa volonté de créer un parti politique. Le Septentrion ne pouvait rester sans parti. L’épouse d’Ahmadou Ahidjo adhérait aux idées de Bello, mais elle savait qu’il n’avait – dès lors qu’il vivait depuis longtemps hors du Cameroun – ni le charisme, ni les forces pour affronter cette aventure. Elle lui conseilla donc de confier cette mission à Samuel Eboua, réputé pour sa rigueur dans la gouvernance et la gestion, au moins jusqu’à ce que les conditions de son retour soient réunies. (...)
S. Éboua avait servi Ahidjo une décennie durant et il doutait de son acceptation par les fils du Septentrion. Mme Ahidjo le rassura et l’assura de son plein et entier soutien. Les uns après les autres, elle appela tous ceux qui par le passé avaient travaillé avec son mari, les incitant à soutenir S. Éboua. Son action fut notable et elle parvint à valoriser l’UNDP et à imposer S. Éboua à sa tête.(...)
À son retour d’exil, en août 1991, Bello incarnait le regain d’espoir d’un peuple traumatisé. Sa côte d’amour était si forte, qu’il n’est pas exagéré de dire qu’elle surpassait celle jamais atteinte par Ahidjo. Il convenait donc qu’il soit logé dans une résidence qui soit le reflet des ambitions de notre parti. Diplomates, hommes d’affaires et membres de l’élite intellectuelle devaient y être reçus. Plutôt que de le loger dans un hôtel cinq étoiles, M. Katché, qui disposait de la plus belle résidence de Bonanjo1, proposa de l’accueillir chez lui. Il se retira de sa propre maison, la mettant entièrement à disposition de Bello. – y compris sa chambre à coucher, un geste rare et hautement symbolique.
Mais au fil du temps, M. Katché constatera avec amertume que Bello dirigeait le parti comme une propriété privée, refusant toute forme de partage ou de concession. Désabusé, il finira par démissionner de l’Assemblée nationale et de l’UNDP. C’est ainsi qu’une figure emblématique, aussi influente dans les affaires que dans la région de l’Adamaoua, disparut des radars du parti.
L’incroyable influence de Bello commençait cependant à inquiéter et menaçait de faire s’effondrer l’union de l’opposition. Redoutant que son arrivée à la tête du parti ne compromette l’unité fragile en construction, Samuel Eboua lui demanda de différer, le temps de ces élections, sa prise de fonction. Il s’agissait de préserver nos chances de gagner une centaine de députés nous permettant d’imposer un gouvernement de cohabitation. Mais Bello refusa, même au risque de nous affaiblir. Le congrès du parti acta sa nomination et le départ de Samuel Eboua1 en janvier 1992. Ce fut une aubaine pour le gouvernement qui allait instrumentaliser habilement quelques dirigeants de notre parti.
L’opposition camerounaise ne se remettra jamais de cette éviction de Samuel Éboua de la tête de l’UNDP.»









