Actualités of Friday, 9 October 2026

Source: www.camerounweb.com

Régime Biya : 23 000 milliards comme bilan de braquage, et un peuple condamné à la paupérisation

Beaucoup de Camerounais accusent le régime de Paul Biya d’avoir favorisé, depuis 1982, l’opacité dans la gestion des ressources pétrolières et la mauvaise gouvernance, évoquant plus de 23 000 milliards qui ont été détournés ou soustraits au contrôle public, sans fournir dans le texte de preuves détaillées permettant de confirmer ce montant. Ils établissent un lien entre la corruption et les difficultés quotidiennes des Camerounais : délestages électriques, dégradation des routes, vie chère, pénuries d’eau et de carburant.

Il est des concepts philosophiques qui cessent d’être des abstractions pour s’écrire dans la chair des hommes. Au Cameroun, la « méchanceté d'État » n’est ni une métaphore, ni un slogan d’opposition : c’est le mode opératoire d’un régime agonisant mais féroce, qui a érigé la prédation en dogme et le mépris du peuple en art de gouverner. Alors qu'un océan de richesses sommeille sous leurs pieds, plus de 55 % des Camerounais survivent sous le seuil de la dignité humaine. C’est le procès d’une trahison historique qu’il convient aujourd'hui de dresser.

LE PÉCHÉ ORIGINEL DE 1982 : L’ART DU HOLD-UP INSTITUTIONNEL

Pour mesurer l'ampleur du désastre, il faut confronter l'histoire à ses fossoyeurs. Au début des années 1980, le président Ahmadou Ahidjo dote le pays d’une architecture souveraine : la SONARA pour dompter le brut, la SNH pour le monnayer. La vision était alors d'essence patriotique : sanctuariser la manne pétrolière hors budget pour en faire le trésor de guerre du développement, tandis que l'État fonctionnait sur ses recettes fiscales et douanières. Le Camerounais devait vivre de son labeur, adossé à un État providence.

Le 6 novembre 1982, ce grand dessein national est immolé sur l’autel de l’ambition personnelle. Paul Biya s'empare des clés de la République et décrète l'omertà. Dès lors, le palais de Yaoundé transforme l'or noir en un secret d’alcôve. Des décennies de confiscation plus tard, la vérité comptable éclate comme un réquisitoire : plus de 23 000 milliards de francs CFA ont été siphonnés, dissimulés, soustraits au regard de la nation. Ce n’est plus de la mauvaise gestion, c’est un braquage d'État à ciel ouvert. Face à l'évidence de ces chiffres qui saignent le pays, ceux qui osent encore se faire les thuriféraires de ce système criminel ne sont pas de simples citoyens égarés ; ce sont des complices moraux, des esprits corrompus par la servitude volontaire.

LE CALVAIRE QUOTIDIEN : L’ASPHYXIE MÉTHODIQUE DES CITOYENS

Cette méchanceté d'État ne se décrète pas seulement dans l’opacité des ministères, elle s’expérimente chaque minute dans la douleur du quotidien. Le Cameroun stagne dans les bas-fonds de l'indice de corruption mondial (140e rang), et chaque milliard détourné est un coup de poignard porté aux services publics essentiels :
1- LES TÉNÈBRES D'UN PAYS PRODUCTEUR : Quel cynisme y a-t-il à posséder du pétrole et à condamner ses enfants à étudier à la bougie ? Le pays subit un black-out énergétique permanent. Rongé par l’incurie technique et la faillite managériale, le réseau électrique est un vaste champ de ruines qui perd la moitié de sa capacité. Les délestages chroniques ne coupent pas seulement le courant : ils assassinent les petites entreprises, détruisent les économies des ménages et éteignent les couveuses des hôpitaux dans une indifférence bureaucratique glaciale.

2- LES ROUTES DE LA MORT : Le réseau routier camerounais est devenu un réseau de larmes. Faute d'investissements, les axes principaux se transforment en mouroirs. Pire encore, l'incompétence administrative est si crasse que le régime réussit l'exploit de paralyser des centaines de milliards de financements internationaux — notamment de la Banque Africaine de Développement — pour de simples retards de contreparties financières. On préfère laisser les régions s'enclaver et les populations périr plutôt que de gérer l'État avec rigueur.

3- LA VIE CHÈRE COMME ARME DE SOUMISSION : Les marchés camerounais sont le théâtre d'une strangulation à huis clos. L'inflation galopante vide les paniers, tandis que les pénuries de carburant et d’eau potable s'invitent au cœur des métropoles de Yaoundé et Douala.

L’INFAMIE ÉRIGÉE EN SYSTÈME DE GOUVERNEMENT

Ne nous y trompons pas : cette misère n'est pas un accident de parcours, elle est une stratégie. En maintenant le peuple camerounais dans une quête animale pour sa survie quotidienne — mendier de l’eau, traquer un kilowattheure, survivre à un trajet —, le régime paralyse toute velléité de révolte. La précarité est le sédatif politique du pouvoir.

Pendant que le Fonds Monétaire International revient au chevet d'une économie exsangue pour imposer ses cures d'austérité, et que la dette publique étouffe l'avenir des générations futures, l'oligarchie de Yaoundé continue de mener grand train. Ce contraste violent, cette opulence insolente bâtie sur les ruines d'un peuple affamé, est la signature irréfutable de la méchanceté d'État. Ce n'est plus un gouvernement qui dirige le Cameroun, c'est un syndicat de faillite morale qui le séquestre.

Par Loic Kodjay | L’espoir du citoyen s’évapore quand l’État est en mauvais état