Actualités of Monday, 15 June 2026

Source: www.camerounweb.com

Qui a décidé que Martinez Zogo devait mourir ?

Droit de mort Droit de mort

C'est la question à laquelle tente de répondre Duke Atangana Etotogo, dans le numéro 1038 du journal L'indépendant. Il réfléchit à haute voix et n'y va pas de main morte dans son analyse.

Le tribunal militaire diffuse les images de l’agonie de Martinez Zogo. Le pays suffoque. Et dans le même souffle, Jeune Afrique publie le portrait d’un haut fonctionnaire présenté comme un « héros de la lutte contre la mafia fiscale » : 10,8 milliards réclamés, ramenés à 1,9 milliard, puis exfiltration au FMI.

Martinez Zogo n’y apparaît plus que comme une source. Le timing parle plus fort que le texte. Quand l’horreur sature l’espace public, le curseur se déplace. On parle dette, moratoire, réseaux. On transforme un corps mutilé en argument comptable. L’objectif semble clair : sauver des carrières pendant que la justice expose un cadavre.

Le récit est bien ficelé. Modeste Mopa, l'ancien directeur général des Impôts, devient une victime courageuse, protégée par Ngoh Ngoh, « homme de confiance de Biya ». Louis Paul Motaze, le Minfi, endosse la remise. Amougou Belinga devient le mafieux. Danwe, le double agent. Tout le monde a un rôle.

Une seule question manque : qui a décidé que Zogo devait mourir ? Là se situe la limite morale. Martinez Zogo n’est pas mort pour 10 milliards. Il est mort parce qu’il a cru qu’une vérité pouvait changer le pays. Réduire son assassinat à une guerre fiscale, c’est l’assassiner une seconde fois : une fois par les tueurs, une fois par les communicants.

Le texte de Jeune Afrique évacue l’essentiel : Modeste Mopa transmettait des documents fiscaux confidentiels à un journaliste sans protection. Il savait que Danwe était proche d’Amougou Belinga.

Il a continué. La « mafia fiscale » ne tue pas. Ce sont des hommes, avec des signatures et des ordres, qui tuent. Le tribunal montre pour que le peuple voie. La presse raconte pour que l’opinion comprenne. Mais lorsqu’elle raconte pour protéger, elle trahit. Réhabiliter des carrières sur un cadavre, ce n’est pas du journalisme. C’est de la communication de crise.

Zogo ne réclamait pas 10 milliards. Il réclamait des comptes. La vérité, contrairement aux dettes fiscales, n’accepte pas 80% de remise. Elle ne se négocie pas dans une note administrative. Elle ne s’exfiltre pas au FMI. Le Cameroun ne mérite pas des dossiers de presse déguisés en enquêtes. Il mérite que la mort de Zogo contribue à purger le système, non à sauver des carrières. Une démocratie se mesure à sa capacité à dire toute la vérité sur ses morts. Rien que la vérité.