Une enquête de Jeune Afrique révèle les coïncidences troublantes entre les prises de position pro-régime et l'ascension fulgurante d'un universitaire camerounais
L'ascension académique de Mathias Éric Owona Nguini soulève des questions sur l'autonomie universitaire au Cameroun. Selon une enquête exclusive de Jeune Afrique publiée ce 7 janvier, le politologue a connu une progression professionnelle spectaculaire après avoir modifié radicalement son positionnement vis-à-vis du pouvoir.
Jeune Afrique révèle un détail chronologique particulièrement éloquent : Owona Nguini est resté bloqué au grade de chargé de cours pendant seize années, bien au-delà de l'ancienneté normalement requise pour une promotion. Cette stagnation inhabituelle dans une carrière par ailleurs brillante interpelle.
Le tournant survient en novembre 2016. Le magazine panafricain rapporte que l'universitaire accepte de participer à un colloque consacré à l'action de la première dame, Chantal Biya. Un mois plus tard, en décembre 2016, selon les informations de Jeune Afrique, il obtient enfin son titre de maître de conférences.
Les révélations de Jeune Afrique ne s'arrêtent pas là. Après cette première promotion, la carrière d'Owona Nguini s'accélère de manière remarquable. Le média dévoile qu'en avril 2020, devenu professeur titulaire, il est nommé vice-recteur chargé de la recherche à l'Université de Yaoundé-I, remplaçant Jean Emmanuel Pondi.
Plus significatif encore, Jeune Afrique indique qu'en février 2024, son nom circule pour le poste prestigieux de recteur, en remplacement d'Adolphe Minkoa She nommé au Conseil constitutionnel par Paul Biya.
Le magazine retrace avec précision le virage politique qui accompagne cette ascension professionnelle. Avant 2016, Jeune Afrique rappelle qu'Owona Nguini se présentait comme un opposant farouche, dénonçant la "mystocratie", la "pornocratie" et la "kleptocratie" du régime. Il critiquait ouvertement ce qu'il appelait le "gouvernement perpétuel" de Paul Biya.
Mais selon l'enquête de Jeune Afrique, l'universitaire change progressivement de camp. Le 20 mai dernier, le magazine révèle qu'il est reçu au palais présidentiel, "tout sourire", serrant la main du président. Durant la campagne présidentielle, Jeune Afrique précise qu'il multiplie les interventions "vêtu de l'écharpe du RDPC" en faveur de Paul Biya.
Cette trajectoire, minutieusement documentée par Jeune Afrique, pose des questions plus larges sur l'indépendance du monde académique camerounais. Comment un intellectuel peut-il passer du statut de critique virulent à celui de soutien zélé du pouvoir ? Les promotions universitaires sont-elles influencées par des considérations politiques ?
Jeune Afrique note qu'Owona Nguini n'est pas un cas isolé. Le fils de Joseph Owona, ancien ministre et secrétaire général à la présidence selon le magazine, semble avoir finalement choisi la voie paternelle après des années d'opposition.
Formé dans des institutions prestigieuses françaises, Owona Nguini est docteur en science politique spécialisé dans l'étude de l'autoritarisme en Afrique, rappelle Jeune Afrique. L'ironie de sa trajectoire personnelle n'échappera à personne : l'analyste de l'autoritarisme est devenu l'un des défenseurs du système qu'il dénonçait.
Les révélations de Jeune Afrique mettent en lumière un phénomène plus vaste : la difficulté pour les intellectuels africains de maintenir leur indépendance critique face aux pressions et aux opportunités offertes par le pouvoir.









