Actualités of Wednesday, 5 August 2026
Source: www.camerounweb.com
« Il n'y a pas de standard de réussite », répond Paul Mahel à Philippe Simo qui a donné l'âge auquel tout le monde devrait avoir une propriété immobilière et que si ce n'est pas le cas, l'individu est beaucoup plus proche de la pauvreté qu'autre chose. Le confrère Mahel apporte une correction à cette sorte de pression inutile de Simo à la jeunesse camerounaise et africaine.
J'observe depuis quelques jours les vives réactions suscitées par les récentes déclarations de notre compatriote Philippe Simo, affirmant qu'un jeune qui n'est pas propriétaire à 30 ans aurait « raté sa vie ».
Soyons honnêtes et tempérons d'entrée de jeu. Nous connaissons tous la rhétorique du personnage. Il s'agit là d'une stratégie classique de "poker verbal". Le but visé est d'insulter la zone de confort, de créer un électrochoc émotionnel pour inciter la jeunesse à se bouger, à sortir de la passivité et à prendre conscience de l'urgence d'une vraie responsabilité financière.
Sur l'intention de fond (éveiller les consciences), la démarche peut se comprendre. Mais la forme et le raccourci méritent (à mon humble avis) un recadrage fondamental.
D'abord, faisons justice à la réalité : la jeunesse camerounaise n'est pas fainéante. Dire ou sous-entendre qu'un jeune de 30 ans sans titre foncier manque simplement de volonté ou de planification, c'est ignorer la violence du terrain.
Depuis les années 90 ou notre pays fait face à des crises multisectorielles, la jeunesse de ce pays fait preuve d'une résilience tout simplement exceptionnelle. Elle invente des métiers, débrouille le quotidien, soutient des familles entières et se bat à armes inégales face à la conjoncture.
Tout le monde n'a pas eu la chance (comme Philippe Simo) d'aller poursuivre ses études en France. Tout le monde n'a pas eu l'opportunité de bâtir son épargne de départ grâce à des salaires de cadres dans des multinationales comme Areva. Nous ne partons pas tous de la même ligne de départ, et ignorer les facteurs structurels (l'accès au crédit, la complexité du foncier, la précarité du marché de l'emploi) pour ne juger que l'individu est une injustice intellectuelle.
Ensuite, rappelons une vérité fondamentale : il n'existe aucun modèle standard de réussite. La société est profondément stratifiée. Celui qui part du 36ᵉ sous-sol et qui réussit, à force d'acharnement, à se hisser au 1ᵉʳ étage de l'édifice social, a tout autant de mérite (si ce n'est plus) que celui qui est né au 1ᵉʳ étage et qui a grimpé jusqu'au 36ᵉ. Chaque mètre gagné vers le haut est une victoire contre la fatalité.
Enfin, depuis quand le mètre carré est-il devenu la mesure absolue de la valeur d'un homme ? Rien, absolument rien, n'a jamais permis d'établir avec une certitude mathématique que les propriétaires de maisons, de voitures de luxe ou de comptes garnis étaient plus heureux et plus alignés que les autres.
L'accumulation de biens matériels est un moyen, pas une fin en soi. Au bout du compte, le seul véritable indicateur de réussite, c'est la paix de l'esprit et la quête du bonheur. Acheter un lopin de terre à 30 ans et y bâtir une case est un beau projet. Mais bâtir sa sérénité, rester debout malgré la tempête, nourrir sa famille dans la dignité et tracer son sillon à son rythme en est un tout aussi noble. Ne laissez personne vous imposer un chronomètre qui n'est pas le vôtre.