Une salle sous tension. Des images que personne n'oubliera. Et des révélations numériques qui, selon l'enquête exclusive de Jeune Afrique publiée ce 5 juin 2026, ont fait basculer le procès Martinez Zogo dans une nouvelle dimension. Lors des audiences des 1er et 2 juin 2026 au Tribunal Militaire de Yaoundé, l'expert en cryptologie Georges Bell Bitjoka, enseignant à l'Université, a livré des informations issues des téléphones des accusés qui — croisées avec la diffusion des images des derniers instants de vie du journaliste — ont provoqué ce que le journal décrit comme «un nouveau rebondissement dans une affaire qui défraye la chronique depuis près de trois ans».
La première révélation de l'expertise de Bell Bitjoka, documentée par Jeune Afrique, concerne l'implication directe du commando dans les sévices infligés à Martinez Zogo. Depuis la base de données du maréchal des logis Godje Oumarou Vincent — l'un des accusés —, l'expert a extrait des images «enregistrées sur la scène du crime à l'aide d'un téléphone portable» et «montrant la victime entre les mains de ses bourreaux». Des images nocturnes qui, croisées avec les conversations récupérées, «confirment de manière particulièrement solide l'implication d'un commando».
Mais le document le plus accablant extrait par l'expert est un SMS. Envoyé par le lieutenant-colonel Justin Danwe — alors directeur des opérations à la DGRE et principal accusé —, il demande qu'Ebo'o Jules Clément, sous-officier et membre du commando, «prenne des photos nues de la souris». Une instruction orduriaire adressée à un homme de main — qui dit, sans le moindre doute possible, que Danwe pilotait activement l'opération depuis son téléphone. «Ses conversations montrent qu'il a été au centre de la mobilisation des différents acteurs impliqués dans l'opération», confirme Jeune Afrique — citant le rapport de l'expert.
La révélation la plus explosive de l'enquête de Jeune Afrique sur ces audiences concerne une hypothèse qui «a refait surface» à l'issue de l'audition de Bell Bitjoka : l'existence possible d'un deuxième commando qui aurait achevé Martinez Zogo. Tout part d'un SMS échangé le 22 janvier 2023 — jour de la découverte du corps — entre Lenoir Dawa Bosco et Justin Danwe. Dawa écrit : «Il était asthmatique. C'est peut-être ce qui lui a coûté la vie.» Danwe répond : «Je le pense aussi.» Puis Dawa ajoute la phrase qui relance tout : «J'ai essayé de calmer les autres, mais ils ne m'ont pas entendu.»
«Les autres» — qui sont-ils ? Des membres d'un premier commando qui auraient dépassé les instructions reçues ? Ou des agents d'une seconde équipe intervenue après le départ du premier groupe ? Jeune Afrique révèle que le rapport géolocalise les téléphones de trois agents de la DGRE le 17 janvier dans les secteurs de Nkolfoulou et Tsinga — «dans la périphérie nord-est de Yaoundé, où le corps de Martinez Zogo a été retrouvé». Leur présence sur les lieux est donc confirmée. Mais le rapport «ne précise pas si ces appareils ont de nouveau été localisés dans le secteur après cette première date» — laissant ouverte la question : «Des agents de la DGRE ont-ils mené une seconde opération d'exécution du journaliste blessé ?» Une question que le procès devra trancher.
Danwe joue sa défense sur l'ordre de tuer — et son avocat se réjouit trop vite
Face à ces preuves accablantes, Justin Danwe a précisé sa ligne de défense lors de ces audiences, selon Jeune Afrique. Il «reconnaît son rôle dans l'affaire» — il ne peut guère faire autrement face aux SMS et aux géolocalisations — mais «continue d'affirmer qu'il n'a jamais donné l'ordre de tuer le journaliste, mais uniquement de le «corriger»». Son avocat Me Jacques Mbuny s'est appuyé sur la déclaration de l'expert selon laquelle «on n'a pas la preuve que Danwe a donné l'ordre d'assassiner Martinez Zogo» — avant de plaider que «les membres du commando auraient laissé Martinez Zogo vivant lorsqu'ils ont quitté les lieux».
Mais cette défense se heurte directement à l'hypothèse du deuxième commando que Jeune Afrique documente. Car si Zogo était vivant au départ du premier groupe — et si «d'autres» l'ont achevé ensuite — la question de qui a commandité cette seconde intervention devient la clé du procès. Et elle renvoie directement vers la hiérarchie au-dessus de Danwe.









