Actualités of Wednesday, 7 October 2026

Source: www.camerounweb.com

Prison : nouveau coup dur pour l’ancien patron de la DGRE, Maxile Eko Eko

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Treize personnes, dont l'ancien patron de la DGRE, Léopold Maxime Eko Eko, ont été renvoyées devant la Haute Cour de la Momo par une ordonnance du 25 septembre 2026. L'affaire, dont les faits remontent principalement à 2015 et 2016, mêle un conflit foncier et agricole à Tudig, dans le Nord-Ouest, et de graves accusations d'arrestation illégale, de torture, de diffamation et d'abus de fonction. Au cœur du dossier : Jan Joris Cappelle, un ressortissant belge, consultant en agriculture, qui affirme avoir été arrêté sans mandat, détenu et maltraité avant d'être expulsé vers la Belgique. La Haute Cour devra désormais établir les responsabilités de chacun, dans un procès potentiellement sensible.




Info en continu… TREIZE PERSONNES DONT L’ANCIEN PATRON DE LA DGRE, MAXILE EKO EKO, RENVOYÉES DEVANT LA HAUTE COUR DE LA MOMO DANS UNE AFFAIRE MÊLANT ARRESTATION ILLÉGALE, TORTURE, DIFFAMATION ET ABUS DE FONCTION
Une ordonnance rendue le 25 septembre 2026 par le tribunal de première instance siégeant à Mbengwi renvoie treize personnes devant la Haute Cour de la Momo. L’affaire, dont les faits remontent principalement à 2015 et 2016, oppose l’État du Cameroun à plusieurs prévenus dans un dossier complexe impliquant un ressortissant belge, un conflit foncier et agricole à Tudig, ainsi que de graves accusations visant notamment des responsables administratifs et des membres des forces de sécurité.
La justice camerounaise vient de franchir une nouvelle étape dans une affaire vieille de près d’une décennie. Dans une ordonnance de renvoi datée du 25 septembre 2026, la juridiction d’instruction de Mbengwi a estimé qu’il existait des éléments suffisants pour traduire treize personnes devant la High Court of Momo Division, dans la région du Nord-Ouest.
Les personnes concernées sont Hamadou Shefu alias Katuro, Adu Umaruh Dewa, Hamidou Yaouba Isaga, Aminkeng Charles Formin, Ernest Passale, Ade Ernest Ndifor, Seukep Denis, Ndzana Nee Claire, Messing Jean Louis, Monthe Guy Michel, Abe Abe Max II, Leopold Maxime Eko Eko et Ndoume Ndoumbe. Le document judiciaire mentionne plusieurs infractions, parmi lesquelles la diffamation, la destruction, les menaces conditionnelles, les troubles de jouissance, la torture, l’abus de fonction, les demandes indues, l’arrestation illégale et la complicité d’arrestation illégale.
À l’origine, un projet agricole communautaire à Tudig
Le dossier prend naissance en 2015. Selon le récit contenu dans l’ordonnance, le chef traditionnel de Tudig, à Mbengwi, aurait invité Jan Joris Cappelle, ressortissant belge présenté comme consultant dans les domaines de la protection de l’environnement et de l’agriculture, à participer à des projets de développement agricole.
Des terrains situés à Tudig lui auraient alors été confiés afin d’y mettre en place des exploitations communautaires destinées à améliorer les méthodes agricoles et les conditions de vie des populations rurales.
Mais le projet se serait rapidement heurté à un conflit avec plusieurs éleveurs de la localité. Trois d’entre eux auraient affirmé que les terres utilisées pour les fermes communautaires appartenaient à leur famille depuis plusieurs décennies et faisaient l’objet d’autorisations de pâturage.
Une plainte aurait ensuite été déposée devant les autorités administratives de Mbengwi. Le sous-préfet de l’époque, Aminkeng Charles, aurait ordonné une suspension des activités sur certaines parties du terrain contesté.
Le conflit aurait alors dégénéré. L’ordonnance rapporte des accusations de destruction de cultures, d’animaux appartenant au projet et de clôtures séparant les espaces agricoles des zones de pâturage.
Accusations d’arrestation illégale et de torture
L’affaire prend une dimension beaucoup plus grave en 2016.
Selon les déclarations attribuées à Jan Joris Cappelle dans le dossier judiciaire, celui-ci aurait été convoqué le 28 avril 2016 à la brigade de Mbengwi après un rapport de renseignement l’accusant notamment d’inciter des agriculteurs à se révolter contre des éleveurs et de préparer une attaque contre un homme d’affaires.
Une semaine environ après son interrogatoire, il affirme avoir été arrêté sans mandat par des responsables de la police judiciaire. Il aurait ensuite été détenu avant d’être transféré à Yaoundé.
L’ordonnance mentionne également des accusations de mauvais traitements, de souffrances psychologiques et de conditions qualifiées d’inhumaines et dégradantes. Plusieurs anciens responsables de la police et des services de renseignement sont ainsi visés par les chefs retenus dans le dossier.
Selon le document, le ressortissant belge aurait finalement été conduit à l’aéroport de Yaoundé et renvoyé vers la Belgique.
Une procédure judiciaire longue et mouvementée
Le contentieux n’a toutefois pas débouché immédiatement sur un procès.
L’ordonnance rappelle qu’une première procédure avait été engagée, avant qu’une décision de non-lieu ou de clôture ne soit prononcée en juin 2023, notamment en raison de difficultés liées à l’identification des personnes mises en cause.
L’affaire a ensuite été rouverte le 2 novembre 2023 à la demande de la partie civile, permettant l’identification de plusieurs personnes et la poursuite de l’instruction.
Une commission rogatoire a par ailleurs été transmise en juillet 2024 à une autre juridiction afin de recueillir des déclarations supplémentaires.
C’est au terme de cette instruction que le magistrat a considéré que les éléments recueillis justifiaient un renvoi devant la juridiction de jugement.
Treize chefs d’accusation détaillés
L’ordonnance retient treize chefs d’accusation distincts.
Parmi ceux-ci figurent notamment :
* l’arrestation illégale de Jan Joris Cappelle ;
* la complicité d’arrestation illégale ;
* l’établissement présumé d’un faux rapport ;
* la torture ;
* la diffamation ;
* les menaces conditionnelles ;
* la destruction de cultures et d’animaux ;
* la destruction d’une clôture ;
* le fait d’avoir laissé des animaux divaguer sur des terrains cultivés ;
* la destruction de cultures par du bétail ;
* l’abus de fonction ;
* ainsi qu’une demande indue présumée de frais dans le cadre du traitement administratif du conflit foncier.
Le document judiciaire cite notamment l’ancien directeur général de la recherche extérieure Leopold Maxime Eko Eko, ainsi que plusieurs responsables de police et responsables administratifs parmi les personnes renvoyées devant la juridiction.
Le rôle de l’ancien sous-préfet également examiné
L’ordonnance consacre également plusieurs chefs à Aminkeng Charles Formin, présenté dans le document comme ayant exercé les fonctions de sous-préfet de Mbengwi.
Il lui est notamment reproché, selon l’accusation, d’avoir porté atteinte à la réputation de Jan Joris Cappelle en lui imputant des faits non établis, d’avoir abusé de ses fonctions dans le traitement du différend foncier et d’avoir réclamé des frais jugés excessifs pour certaines démarches administratives.
Ces accusations devront toutefois être examinées au fond par la juridiction de jugement. Le renvoi devant la Haute Cour ne constitue pas une déclaration de culpabilité : les personnes poursuivies restent présumées innocentes tant qu’aucune condamnation définitive n’a été prononcée.
Un procès potentiellement sensible
Au-delà du conflit initial entre agriculture et élevage, cette affaire soulève désormais des questions beaucoup plus larges : responsabilité des autorités administratives, pratiques policières, respect des libertés individuelles, fonctionnement des services de renseignement et protection des investisseurs ou coopérants étrangers.
La juridiction d’instruction a estimé que les éléments réunis étaient suffisants pour justifier un procès devant la Haute Cour de la Momo.
Les frais de procédure consignés dans l’ordonnance sont évalués à 700 000 FCFA, comprenant notamment les frais de convocations, d’enquête policière et de commission rogatoire.
La prochaine étape sera donc celle du procès au fond, au cours duquel l’accusation devra établir les faits reprochés et les prévenus pourront faire valoir leur défense.
Dans cette affaire mêlant litige foncier, accusations de violences institutionnelles et confrontation avec un ressortissant étranger, la Haute Cour de la Momo sera désormais appelée à déterminer les responsabilités de chacun.
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