Actualités of Friday, 28 August 2026

Source: www.camerounweb.com

Présidentielle 2025 : Comment Ben Modo a manipulé puis désillusionné des activistes de la Diaspora

Ben Modo a toujours été un supporter du président Paul Biya. Tout le reste était du bruit Ben Modo a toujours été un supporter du président Paul Biya. Tout le reste était du bruit

Le parcours de Ben Modo et son rapprochement avec Tchiroma, est une parenthèse stratégique plutôt qu’un véritable engagement d’opposition. S’appuyant sur son propre aveu d’avoir « toujours été un supporter » de Paul Biya, l’on peut estimer que son passage dans le camp de Tchiroma a surtout servi à évaluer les forces de l’opposition et les opportunités politiques.

BEN MODO : AUTOPSIE D'UNE EXCURSION POLITIQUE

Le live du Dr Afana du 26 août 2026 restera comme l'un des documents politiques les plus instructifs de cette période post-électorale. Non pas parce que Ben Modo y avoue quelque chose d'extraordinaire. Mais parce qu'en voulant se justifier il révèle involontairement la mécanique réelle de son engagement aux côtés de Tchiroma. Ce live n'est pas un repentir. C'est une autopsie.

Ce que le live révèle sur la méthode Ben Modo

Ben Modo dit textuellement : » j'ai toujours été un supporter du président Paul Biya ».
Cette phrase n'est pas une confession. C'est la clé de lecture de tout son parcours. Il n'a jamais vraiment quitté le système. Il a fait une excursion calculée dans le camp Tchiroma avec des objectifs précis. Tester la solidité de l'opposition. Évaluer les rapports de force dans la période post-électorale. Maintenir des canaux ouverts avec les deux camps simultanément. Et revenir quand le calcul s'impose.

La preuve est dans sa propre explication. Il rejoint l'opposition non pas parce que Biya est mauvais mais parce qu'il pense que des usurpateurs ont pris le pouvoir en son nom. Son combat n'est pas contre le régime. C'est pour le régime contre ceux qui le dévoyaient selon lui.

Cette nuance change tout. Ben Modo n'a jamais été un opposant. Il était un acteur du système qui cherchait à corriger ce qu'il percevait comme une dérive interne.

Ce que le live révèle sur le camp Tchiroma

Ben Modo confirme ce que notre dossier documentait depuis le début. Tchiroma n'avait aucune organisation réelle. Aucun plan cohérent. Aucune ressource propre. Personne dans ce camp ne savait comment gagner l'élection. Personne ne savait ce qui se passerait au lendemain.

Il dit textuellement : j'arrive dans l'opposition et je trouve une pagaille comme vous n'avez pas idée. Ces gens si vous leur donnez cent élections le RDPC les bat cent fois.

Ce jugement est celui d'un homme qui avait proposé ses services à Tchiroma. Qui avait organisé un centre de compilation des procès-verbaux. Qui avait tenté de fédérer des leaders de l'opposition autour d'une stratégie commune. Et qui avait été éconduit parce que Tchiroma refusait de signer un accord écrit.

La révélation n'est pas sur Biya. Elle est sur la fragilité fondamentale du projet Tchiroma. Un candidat sans organisation. Sans ressources propres. Sans stratégie documentée. Et sans capacité à construire des alliances formelles.

Ce que Ben Modo confirme dans ce live c'est ce que nous avions établi depuis l'épisode 1 de notre dossier. Le projet Tchiroma était construit sur du sable. Et des opérateurs comme Ben Modo l'avaient compris avant tout le monde.

Ce que le live révèle sur le système Biya

La vraie révélation du live n'est pas dans ce que Ben Modo dit sur Tchiroma. Elle est dans ce que sa trajectoire révèle sur le système Biya.

Un homme qui a des contrats avec le régime depuis des années via Prime Potomac. Qui est le frère de Célestin Bédzigui figure proche du régime. Qui envoie des mémos simultanément au président de la République et à l'ambassade américaine après chaque réunion ministérielle en se définissant comme quelqu'un qui donne des informations aux partenaires internationaux. Qui crée des forces armées déployées au Cameroun en novembre 2025. Et qui revient dans le giron du régime en août 2026 sans aucune conséquence.

Ce parcours n'est possible que dans un système qui identifie ses acteurs. Les tolère dans l'opposition quand ils restent utiles. Et les réintègre sans friction quand ils reviennent.

Le régime Biya ne punit pas les excursions calculées. Il les gère. La différence entre un opposant réel et un opérateur du système en excursion c'est précisément que l'opérateur revient et que le régime l'accueille.

Ben Modo revient. Le régime l'accueille. La démonstration est dans les faits.

Ce que le live révèle sur la diaspora militante

C'est l'angle le plus douloureux de ce live. Des militants sincères de la résistance camerounaise ont cru à Ben Modo. Ils ont écouté ses analyses. Partagé ses contenus. Cru à ses révélations sur les marchés de la CAN sur Potomac sur les réseaux de Ngoh Ngoh. Certains ont même mis leur sécurité en jeu dans des groupes de résistance où il intervenait.

Ben Modo lui-même décrit ce qu'il voyait de son côté. Des gens mal organisés. Des militants fragiles qui n'avaient pas les moyens de leurs ambitions. Une opposition incapable de gagner une élection.
L'asymétrie entre ces deux lectures est le vrai scandale politique de ce live.

D'un côté des militants qui croyaient à un combat commun. De l'autre un opérateur qui évaluait froidement leur faiblesse et cherchait à instrumentaliser leur énergie pour ses propres objectifs commerciaux.
Sandy Boston en est l'exemple le plus documenté. Il lui a promis un lot de sous-traitance dans ses projets si Tchiroma gagnait. Pas une alliance politique. Un contrat commercial conditionnel.

Ce que ce live dit vraiment

Le retournement de Ben Modo n'est pas un événement politique. C'est la conclusion logique d'une trajectoire qui n'a jamais été ce qu'elle prétendait être.

Tchiroma était une parenthèse stratégique dans le parcours d'un homme qui n'a jamais quitté l'orbite du système Biya. Une excursion calculée dans un camp adverse pour tester les rapports de force évaluer les opportunités et revenir avec une meilleure position de négociation.

Le live du Dr Afana n'a pas produit un aveu. Il a produit une confirmation.

Ben Modo a toujours été un supporter du président Paul Biya. Tout le reste était du bruit.

John Lawson