Actualités of Monday, 16 February 2026

Source: www.camerounweb.com

Port de Douala : Le ministre des Finances ordonne le retour de la SGS, évincée par la direction du port

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Le ministre Louis Paul Motaze vient de trancher dans le conflit opposant le Port Autonome de Douala à la Société Générale de Surveillance. Dans une lettre datée du 13 février 2026, il ordonne la reprise immédiate des opérations de scanning par la SGS, malgré la résistance de la direction portuaire. Un bras de fer qui paralyse le commerce extérieur camerounais.



C'est un ton ferme qu'adopte le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, dans sa correspondance adressée au Directeur Général du Port Autonome de Douala le 13 février 2026. Le ministre rappelle que l'éviction de la Société Générale de Surveillance (SGS) des sites d'opérations de scanning « contrevient aux stipulations du Contrat d'Inspection par Scanner entre le Gouvernement et la SGS ».

Cette mise au point fait suite aux Directives du Premier Ministre, Chef du Gouvernement, prises lors du Cabinet du 29 janvier 2026. À cette occasion, il avait été clairement rappelé les obligations contractuelles liant l'État camerounais à la SGS.

Face à cette situation de non-conformité, le Chef du Gouvernement a pris une décision sans ambiguïté : dans sa lettre N°B70/L-27/SG/PM du 30 janvier 2026, il a instruit « de bien vouloir prendre toutes les dispositions nécessaires en vue de la reprise, par la SGS, des activités d'inspection par scanner sur la plateforme portuaire, dès le vendredi 30 janvier 2026 ».
TransAtlantic DISA : une solution transitoire controversée
Pour tenter de sortir de l'impasse, la Direction Générale des Douanes (DGD) a accepté, selon le ministre, « d'exploiter les images produites par la société TransAtlantic DISA afin de permettre, à titre transitoire, la sortie des conteneurs scannés uniquement par cette entité, dans l'attente d'une décision du Gouvernement sur le sujet ».

Cette décision fait suite à une réunion présidée par la Présidence de la République le 22 janvier 2026. TransAtlantic DISA semble donc avoir temporairement pris la place de la SGS dans certaines opérations de scanning, créant ainsi une situation de concurrence sur le terrain.
Toutefois, le ministre Louis Paul Motaze ne cache pas son inquiétude face à cette configuration. Il déplore une « situation de confusion » qui perdure « au péril, comme vous le relevez vous-même, de la mobilisation optimale des recettes budgétaires et de la fluidité des opérations du commerce extérieur ».


Le constat dressé par le ministre des Finances est alarmant : « Dans le prolongement de la mesure prise par le PAD d'interdire à la SGS l'accès à ses sites d'inspection, aucun conteneur à date n'a été orienté par votre entreprise vers les sites d'opération de la SGS, toutes choses empêchant l'exécution sereine de son mandat. »

En d'autres termes, le Port Autonome de Douala a purement et simplement boycotté la SGS en refusant de diriger les conteneurs vers ses installations de scanning. Une décision unilatérale qui contrevient aux directives gouvernementales et qui paralyse les opérations de contrôle des marchandises entrant au Cameroun.
Cette situation a des conséquences directes sur plusieurs plans :

Les recettes budgétaires : le contrôle défaillant des marchandises pourrait entraîner des pertes fiscales importantes

La fluidité du commerce extérieur : les retards s'accumulent, affectant les opérateurs économiques

La sécurité des importations : le scanning insuffisant pose des risques en matière de contrôle des marchandises

L'ultimatum du ministre : « Rétablir la SGS dans l'intégralité de ses droits »
Face à cette situation de blocage, Louis Paul Motaze hausse le ton. Dans sa lettre, il demande formellement au Directeur Général du Port Autonome de Douala « de bien vouloir procéder immédiatement au rétablissement de la SGS dans l'intégralité de ses droits ».

Le message est clair : les tergiversations doivent cesser. Le contrat entre l'État et la SGS doit être respecté, et les directives du Premier Ministre appliquées sans délai.

Toutefois, le ministre adopte également une posture d'ouverture. Il précise que « l'État reste disposé à examiner, comme à l'accoutumée, toutes les préoccupations exprimées par son Instrument, le PAD, sans que cela ne constitue une condition préalable de reprise des activités de la SGS ».
Cette formulation suggère que le Port Autonome de Douala a exprimé des griefs ou des préoccupations concernant la SGS, mais que ces questions ne doivent en aucun cas justifier le maintien du blocage actuel. Le dialogue est possible, mais pas au prix de la paralysie des opérations.

Derrière ce bras de fer administratif se cachent probablement des enjeux économiques et commerciaux considérables. Plusieurs questions restent en suspens :
Pourquoi le PAD a-t-il évincé la SGS ? La lettre du ministre ne détaille pas les motifs qui ont poussé la direction portuaire à prendre cette décision radicale. S'agit-il d'un différend commercial ? D'une insatisfaction quant à la qualité des services ? D'une volonté de favoriser TransAtlantic DISA ?
Quel est le rôle exact de TransAtlantic DISA ? Cette société, qui semble avoir obtenu une autorisation temporaire d'exploitation des images de scanning, est-elle un simple concurrent de la SGS ou existe-t-il des intérêts particuliers expliquant sa présence sur le terrain ?

Quels sont les termes du contrat SGS ? La correspondance fait référence à un « Contrat d'Inspection par Scanner entre le Gouvernement et la SGS » dont les stipulations auraient été violées. Les détails de ce contrat pourraient éclairer les obligations respectives des parties.

Quels intérêts financiers sont en jeu ? Le scanning des conteneurs au port de Douala représente des millions de francs CFA en revenus. La bataille entre SGS et TransAtlantic DISA pourrait donc cacher une guerre commerciale féroce pour le contrôle de ce marché juteux.


La multiplication des copies de la lettre du ministre témoigne de l'importance politique de ce dossier. Sont destinataires de cette correspondance :

Le Ministre d'État, Secrétaire Général de la Présidence de la République (ATCR)
Le Secrétaire Général des Services du Premier Ministre (ATCR)
Le Ministre de l'Administration Territoriale (MINT)
Le Président du Conseil d'Administration du PAD (PCA PAD)

Cette large diffusion suggère que le conflit dépasse le simple cadre technique et touche aux plus hautes sphères de l'État. La mention « ATCR » (À Titre de Compte Rendu) pour la Présidence et le Premier Ministre indique que ces autorités sont tenues informées de l'évolution du dossier.

Ce conflit soulève des questions plus larges sur la gouvernance du Port Autonome de Douala, poumon économique du Cameroun. Comment une entité sous tutelle de l'État peut-elle ignorer aussi ouvertement les directives du Premier Ministre et du ministre des Finances ?

L'autonomie de gestion du PAD, inscrite dans ses statuts, ne saurait justifier une désobéissance aux instructions gouvernementales, surtout lorsque celles-ci concernent le respect de contrats engageant l'État.

Cette affaire pourrait donc avoir des répercussions sur la gouvernance même du port, avec possiblement des sanctions à venir contre les responsables ayant maintenu le blocage de la SGS malgré les injonctions gouvernementales.

Les véritables victimes de ce bras de fer administratif sont les opérateurs économiques camerounais et étrangers qui utilisent le port de Douala. Les retards dans le scanning et la sortie des conteneurs entraînent :

Des surestaries (frais de stationnement des conteneurs) qui se chiffrent en millions
Des ruptures de stocks pour les entreprises
Des pertes de marchandises périssables
Une dégradation de l'image du port de Douala sur le plan international

Dans un contexte économique difficile, marqué par l'inflation et les perturbations des chaînes d'approvisionnement mondiales, cette paralysie administrative est particulièrement mal venue.

La fermeté du ton employé par le ministre Louis Paul Motaze laisse peu de place au doute : le PAD devra s'exécuter. La question est désormais de savoir dans quels délais et dans quelles conditions la SGS sera effectivement « rétablie dans l'intégralité de ses droits ».

Le Directeur Général du Port Autonome de Douala se trouve dans une position délicate. S'exécuter rapidement reviendrait à reconnaître publiquement son erreur et à accepter une forme de désaveu. Maintenir le blocage l'exposerait à des sanctions disciplinaires, voire à un limogeage.

La balle est désormais dans le camp de la direction portuaire. Le gouvernement a parlé, reste à voir si les instructions seront suivies d'effet ou si ce conflit connaîtra de nouveaux rebondissements dans les jours à venir.