Actualités of Wednesday, 29 July 2026
Source: www.camerounweb.com
« Court séjour privé » selon Mvondo Ayolo et René Sadi. « Congé pouvant durer 80 jours » selon Grégoire Owona. Trois membres du gouvernement, trois versions incompatibles d'une même absence. Jeune Afrique avait déjà révélé les coulisses d'une présidence sous pression. La cacophonie de ses propres ministres achève de démontrer que le régime camerounais n'a pas de stratégie de communication — il a des improvisations.
Dans toute communication de crise qui se respecte, la règle d'or est la cohérence du message. Un seul narratif, une seule voix, une seule version des faits. Le gouvernement camerounais, confronté depuis plus de cinquante jours à la question de l'absence de Paul Biya en Suisse, a choisi la voie exactement inverse : la cacophonie. Et cette cacophonie, loin d'être anodine, est en elle-même révélatrice de l'état de désorganisation d'un régime qui n'a manifestement pas prévu que le « court séjour » du 7 juin 2026 durerait aussi longtemps.
La version officielle inaugurale a été posée par Samuel Mvondo Ayolo, directeur du cabinet civil de la présidence, relayée par le ministre de la Communication René Emmanuel Sadi. Paul Biya est parti le 7 juin 2026 pour un « court séjour privé en Europe » avec son épouse. Un déplacement banal, présenté comme routinier, ne méritant pas d'explication particulière à la nation.
Le problème est que cinquante jours plus tard, le « court séjour » n'a pas pris fin. Et la présidence n'a fourni aucune explication sur ce qui avait transformé un bref déplacement privé en absence record dans toute l'histoire présidentielle camerounaise. Mvondo Ayolo a multiplié les assurances auprès de Jeune Afrique — Paul Biya travaille, signe des décrets, reçoit des rapports de la DGRE, a déjeuné à Évian — mais sans jamais modifier le cadrage initial d'un « court séjour » que les faits ont rendu intenable.
René Sadi, de son côté, s'en est tenu à la même ligne — sans que le ministère de la Communication qu'il dirige ne juge utile de produire la moindre image, la moindre vidéo, le moindre élément factuel permettant de voir ou d'entendre le président en exercice de ses fonctions depuis Genève.
C'est là qu'intervient Grégoire Owona, ministre du Travail et de la Sécurité sociale, pour compliquer définitivement le tableau. Dans ses déclarations publiques, l'ancien secrétaire général du RDPC a choisi un registre radicalement différent de ses collègues : Paul Biya est en congé. Un congé qui, précise-t-il, pourrait durer 80 jours. Un cadrage qui, dans son souci de normaliser la situation par la référence au droit du travail, produit l'effet exactement inverse de celui recherché.
Car la contradiction avec la version Mvondo Ayolo-Sadi est frontale et irréductible. Un « court séjour privé » et un « congé de 80 jours » ne sont pas la même chose — ni juridiquement, ni politiquement, ni sémantiquement. Le premier est un déplacement temporaire dont on attend un retour rapide. Le second est une absence planifiée, d'une durée définie, relevant d'un droit reconnu. Les deux versions ne peuvent pas être vraies simultanément.
Plus troublant encore : si Paul Biya est en congé, comme l'affirme Owona, qui a autorisé ce congé ? Qui en a fixé la durée ? Qui gère l'État pendant cette période, et selon quels mécanismes formels de délégation de pouvoir ? Des questions que la version « court séjour privé » permettait d'esquiver — et que la version « congé de 80 jours » rend inévitables.
Cette cacophonie gouvernementale n'est pas seulement un problème de coordination entre ministères. Elle révèle quelque chose de plus profond sur l'état du régime camerounais en juillet 2026.
Elle révèle d'abord que personne, au sein du gouvernement, n'a reçu de directives claires sur la version officielle à défendre. Chaque ministre improvise sa propre lecture de la situation — avec sa propre terminologie, ses propres justifications, son propre niveau de détail. Dans un système présidentiel aussi centralisé que celui du Cameroun, où la communication politique est traditionnellement verrouillée depuis le palais d'Étoudi, cette dispersion des messages est en elle-même un signal d'alarme sur la capacité de pilotage actuelle de la présidence.
Elle révèle ensuite que la durée de l'absence de Biya n'était pas planifiée — ou du moins pas dans les proportions actuelles. Si un cadrage clair avait été préparé dès le 7 juin, tous les membres du gouvernement disposeraient aujourd'hui du même argumentaire. La contradiction entre « court séjour » et « congé de 80 jours » suggère que la prolongation est venue surprendre le dispositif de communication autant qu'elle a surpris l'opinion publique.
Elle révèle enfin, et peut-être surtout, que le régime camerounais n'a pas de réponse institutionnelle satisfaisante à la question que tous ses membres évitent soigneusement de formuler clairement : qu'est-ce qui empêche Paul Biya de rentrer ?
Ce que l'opposition peut en faire
Cette cacophonie gouvernementale offre objectivement à l'opposition camerounaise la munition politique la plus précieuse qu'elle puisse espérer : non pas une théorie conspirationniste sur l'état de santé du président, mais la démonstration, par les propres déclarations contradictoires du gouvernement, que le régime n'est pas en mesure d'expliquer de manière cohérente et transparente la situation de son chef.
Joshua Osih avait dénoncé une absence « indécente et méprisante ». Alice Nkom avait comparé Biya à un salarié absent sans justification. Ces formules trouvent maintenant une résonance supplémentaire : non seulement le président ne s'explique pas, mais ses ministres ne sont même pas capables de s'accorder sur la nature de son absence.
Un « court séjour privé » qui dure cinquante jours. Un « congé de 80 jours » dont personne n'avait parlé au départ. Et entre les deux, un pays qui attend, des institutions qui fonctionnent en pilotage automatique, et un gouvernement qui prouve par sa propre cacophonie ce qu'il s'efforce désespérément de nier : que personne ne gouverne vraiment le Cameroun depuis le 7 juin 2026.