La cérémonie de présentation des vœux de Nouvel An au président Paul Biya, qui s'est tenue au Palais de l'Unité ce jeudi, a été marquée par un dispositif de contrôle inhabituel de la communication et de la couverture médiatique, alimentant les interrogations sur la transparence du pouvoir camerounais.
Un protocole strict et inhabituel
Selon les consignes transmises aux invités et aux médias accrédités, plusieurs mesures restrictives ont été mises en place pour encadrer cette cérémonie traditionnelle :
Interdiction totale des téléphones portables pour tous les invités à l'intérieur du Palais de l'Unité
Interdiction pour les médias de réaliser des prises de vue aériennes
Interdiction de filmer le chef de l'État en gros plan
Interdiction de montrer Paul Biya en train de marcher
Interdiction de diffuser des images "insistantes" sur son apparence physique
Ces directives, sans précédent dans leur portée, ont été communiquées par le Cabinet Civil de la Présidence de la République dans le cadre du protocole officiel de l'événement.
Une transparence remise en question
À 92 ans et au pouvoir depuis 1982, Paul Biya reste l'un des dirigeants les plus âgés du continent africain. Ces restrictions médiatiques interviennent dans un contexte où les spéculations sur l'état de santé du président se sont multipliées au cours de l'année écoulée, notamment après ses longues absences de la scène publique.
Pour l'opposition et une partie de la société civile camerounaise, ces mesures révèlent une volonté délibérée de dissimuler la réalité de l'état physique du chef de l'État. "Pourquoi un président en pleine possession de ses moyens aurait-il besoin de telles restrictions ?" s'interrogent plusieurs observateurs politiques.
Le fait d'interdire spécifiquement de filmer le président "en train de marcher" et de diffuser des images de son "apparence physique" soulève des questions légitimes sur la capacité du chef de l'État à exercer pleinement ses fonctions. Dans une démocratie, la santé des dirigeants est généralement considérée comme une question d'intérêt public.
Cette mise en scène minutieuse contraste fortement avec les pratiques d'autres chefs d'État africains et internationaux, qui acceptent généralement une couverture médiatique plus ouverte lors d'événements officiels.
Au-delà des questions protocolaires, c'est le droit fondamental des Camerounais à l'information qui est en jeu. Dans un pays où le président cumule également la présidence du Conseil supérieur de la magistrature et dispose de pouvoirs étendus, la transparence sur l'état de santé du dirigeant n'est pas un détail secondaire.
Les citoyens sont en droit de savoir si leur président est physiquement apte à exercer les lourdes responsabilités de sa charge, particulièrement dans un contexte de crises sécuritaires dans les régions anglophones et de défis économiques majeurs.
Malgré ces restrictions, la cérémonie s'est déroulée selon le protocole habituel, avec la présentation des vœux par le corps diplomatique dans un premier temps, suivie de celle des corps constitués nationaux. Le président Biya a répondu aux différentes délégations et aurait échangé avec certains invités à l'issue de la cérémonie.
Les quelques images officielles diffusées par les médias d'État montrent un président souriant, mais les angles de caméra et le cadrage soigneusement contrôlés ne permettent pas d'évaluation indépendante de son état.
Dans les rues de Yaoundé et sur les réseaux sociaux, le débat fait rage. Certains Camerounais défendent ces mesures comme relevant de la sécurité et du respect dû à la fonction présidentielle. D'autres y voient la confirmation de leurs craintes : un pouvoir vieillissant qui refuse de faire face à la réalité et prive le peuple de son droit légitime à la vérité.
Alors que le pays attend toujours la formation du nouveau gouvernement promise par le président dans son discours du 31 décembre, ces restrictions médiatiques ajoutent une couche supplémentaire d'opacité à un système politique déjà largement critiqué pour son manque de transparence.









