Vous-êtes ici: AccueilInfos2017 12 29Article 429568

General News of Friday, 29 December 2017

Source: Camer.be

Patrice Nganang chassé du Cameroun par des hommes cagoulés - son avocat

L’avocat de l’écrivain dénonce l’expulsion non notifiée de son client ainsi qu’une justice montée pour régler des comptes politiques.

Que se passe-t-il avec l'écrivain Patrice Nganang ?
Cette affaire a commencé comme un vrai rodéo. M. Nganang est débarqué d’un avion qui l’amenait au Zimbabwe et il est traîné à la police judiciaire le mercredi 6 décembre 2017. Pendant deux jours, il sera gardé au secret pendant deux jours sans que l’on ne sache où il est. Et c’est après deux jours que l’on découvre qu’il est entre les mains de la justice et il sera entendu sous l’infraction d’outrage au président de la République dès le samedi 9 décembre.


Le lundi 11 décembre 2017, nous avons été appelés mon client et moi pour apprendre que la police judiciaire abandonnait l’infraction d’outrage au président de la République. Ce qui veut dire en termes simples que le chef de l’Etat a désavoué ces personnes qui, par excès de zèle ont arrêté M. Nganang pour des raisons rocambolesques et en marge de la loi pénale camerounaise.

Quel est le sens de la décision annoncée ?
La conséquence logique à mon sens, c’était de prendre cette affaire comme une affaire politique. L’affaire Nganang est une affaire politique. Je l’ai dit et je le répète, c’était un règlement de compte contre un homme, un citoyen camerounais qui, de manière ouverte s’est opposé à la gouvernance du président Biya. Ses écrits, ses prises de parole l’ont toujours démontré et on ne peut pas utiliser la justice pour régler ses comptes politiques. Évidemment, nous sommes très heureux que M. Nganang ait été remis en liberté et nous pensons que la suite, on en reparlera dès que possible. On est heureux pour lui, pour sa famille qui l’attend impatiemment ainsi que les étudiants qui sont à sa charge.

Que s’est-il passé à l’audience ce matin?
Ce matin (avant hier, ndlr) il a été réveillé très tôt. Il est arrivé au tribunal avant huit heures. Et c’est le président du tribunal lui-même en personne qui est venu présider l’audience en lieu et place des juges habituels. Le banc du ministère public donc du parquet était occupé par le procureur Meka lui-même du centre administratif. Il était assisté par M. Ndanga qui est avocat général.


Ce dernier avait pour rôle au nom du procureur général de venir remettre au président l’autorisation formelle d’arrêt des poursuites. Il a également plaidé oralement pour soutenir l’autorisation d’arrêt des poursuites. Et le président du tribunal a pris acte de l’arrêt des poursuites, a donné main levée du mandat de détention provisoire décerné contre M. Nganang. Cela a pour conséquence que M. Nganang est un homme libre. Sa place n’est pas en prison, n’y a jamais été. Sa place est à l’université.

Pourquoi le parquet a demandé l’arrêt des poursuites et comment appréciez-vous son expulsion programmée ?
M. Nganang vient d’être sorti de la prison centrale de Yaoundé. Il a été jeté dans une voiture de la police camerounaise alors que précédemment le tribunal de Yaoundé l’a remis en liberté ce matin (hier mercredi, ndlr). Il a demandé à être notifié de la mesure d’expulsion qui malheureusement n’existait pas et devant son refus d’obéir à une expulsion qui n’est pas ordonnée par voie écrite, on a fait venir des gros bras du Gso pour le mettre dans une voiture du Gso avec des policiers cagoulés et armés jusqu’aux dents. M. Nganang sort du Cameroun comme un terroriste, comme un grand bandit alors que c’est un citoyen camerounais purement et simplement.

Son passeport camerounais a été confisqué sans décision de justice ainsi qu’un document consulaire appartenant à son beau père. Ces documents sont restés entre les mains de la police camerounaise. Il a été conduit de manière forcée vers l’aéroport de Yaoundé où il sera certainement expulsé par un vol à 14 heures vers les Etats-Unis.