Le Prof Pascal Messanga Nyamding est un universitaire et ancien cadre du RDPC qui utilise ses interventions médiatiques pour renforcer son influence politique. Il cherche à afficher sa proximité avec Paul Biya, à défendre le statu quo institutionnel et à entretenir le débat autour de la succession présidentielle afin de préserver sa visibilité médiatique et ses perspectives de retour en grâce. Son soutien affiché au chef de l'État relève davantage d'une stratégie politique et personnelle que d'une conviction, faisant de lui une figure aussi controversée qu'omniprésente dans le débat public camerounais.
PASCAL MESSANGA NYAMDING | LE DISSIDENT DES CARTELS RÉGNANTS
| « Le président m'a suivi, c'est pourquoi il refuse de nommer un vice-président. J'ai eu à faire une note au chef de l'État et dans la note je disais ceci: "Monsieur le Président, en Côte d'Ivoire Ouattara a prévu un poste de vice-président, il n'a pas mis ça en place. En Centrafrique c'est pareil. Mais j'appelle votre haute attention sur un point, c'est le vice-président qui constate la vacance. Si vous essayez, ils vont vous inciter à mettre un vice-président et il va vous renverser" » | Pascal Messanga Nyamding dans CLUB D’ÉLITES sur Vision 4.
Les déclarations de Pascal Messanga Nyamding lors de l'émission Club d'Élites sur Vision 4 s'inscrivent dans un contexte d'extrême tension politique au Cameroun. Sa sortie sur l'absence de vice-président, justifiée par de fausses affirmations géopolitiques, obéit à des mécanismes de communication politique et de positionnement personnel bien précis.
Sur le plan strictement constitutionnel et historique, les propos de l'universitaire sont faux :
Le cas de la Côte d'Ivoire : Contrairement à ce qu'il affirme, le président Alassane Ouattara a bel et bien nommé des vice-présidents depuis la promulgation de la Constitution de 2016. Daniel Kablan Duncan a occupé ce poste de 2017 à 2020, suivi par Tiémoko Meyliet Koné. Le poste n'est donc pas une coquille vide.
Le cas de la Centrafrique : Si la Constitution centrafricaine de 2023 a effectivement instauré un poste de vice-président qui reste vacant, l'affirmation selon laquelle le vice-président « renverserait » le chef de l'État relève de la conjecture. De plus, selon l'article 81 de leur texte fondamental, le vice-président qui assure l'intérim en cas de vacance a l'interdiction stricte de se présenter à l'élection présidentielle qui suit.
QUE RECHERCHE CET ENSEIGNANT UNIVERSITAIRE ?
Ancien membre exclu du comité central du RDPC (parti au pouvoir), Pascal Messanga Nyamding utilise une stratégie de communication rodée dans les médias camerounais pour atteindre plusieurs objectifs.
1. Une opération de "Sur-Légitimation" personnelle
En affirmant : « Le président m'a suivi [...] J'ai eu à faire une note au chef de l'État », l'enseignant cherche à projeter l'image d'un conseiller de l'ombre influent et écouté au plus haut sommet de l'État. C'est une technique classique de positionnement pour s'attribuer le mérite des choix stratégiques de Paul Biya, augmentant ainsi sa propre valeur sur l'échiquier politique.
2. Allégeance et protection politique
Bien qu'il se pose régulièrement en critique de l'entourage présidentiel, Messanga Nyamding réaffirme ici sa fidélité absolue à Paul Biya. En validant le refus de nommer un dauphin constitutionnel ou un vice-président, il flatte la doctrine de centralisation du pouvoir propre au régime. Cette posture de "bouclier médiatique" lui permet de maintenir un pied dans le sérail tout en se protégeant d'éventuelles sanctions administratives ou judiciaires.
3. Capitaliser sur l'anxiété de la transition
En agitant le chiffon rouge du complot permanent (« ils vont vous inciter à mettre un vice-président et il va vous renverser »), il surfe sur la paranoïa ambiante liée à la guerre des clans pour la succession. Ce discours sensationnaliste garantit une forte audience à l'émission qui l'accueille et lui permet de rester au centre du débat public.
4. Justifier l'immobilisme institutionnel
Alors que l'absence prolongée de Paul Biya suscite d'intenses débats sur l'intérim et la vacance du pouvoir, théoriser le danger d'une vice-présidence sert à légitimer le statu quo auprès de l'opinion publique. Son argumentaire tend à faire croire aux Camerounais que l'absence de dauphin désigné est une mesure de sécurité nationale indispensable pour éviter un coup d'État.
PARCOURS ACADÉMIQUE ET PEDIGREE
Pascal Messanga Nyamding possède un profil atypique, mêlant un véritable statut d'universitaire diplômé en France à un parcours de trublion politique au Cameroun. Personnage médiatique clivant, il utilise ses titres académiques pour asseoir sa légitimité lors de ses interventions télévisées.
Sur le plan universitaire, Pascal Messanga Nyamding affiche un parcours solide réalisé principalement en France :
Il est titulaire d'un doctorat obtenu à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Sa thèse, soutenue en 2001, portait sur une thématique originale mêlant droit et sociologie : « Football, État de droit et société : anthropologie juridique des enjeux de la refondation de l'État au Cameroun »
Recherche sur les relations bilatérales : Avant son doctorat, il a également travaillé sur l'histoire contemporaine de son pays, rédigeant un travail de recherche intitulé « Trente ans de relations franco-camerounaises, 1960-1990 » sous la direction de l'éminent chercheur Philippe Decraene à l'INALCO (Paris).
Grade universitaire : Il possède le grade de Maître de conférences. Contrairement au titre de « Professeur titulaire », le rang de maître de conférences correspond au premier grade des enseignants-chercheurs permanents du supérieur après le doctorat.
PEDIGREE PROFESSIONNEL ET ADMINISTRATIF
Sa carrière professionnelle s'est concentrée au sein de l'enseignement supérieur camerounais, parsemée de plusieurs postes à responsabilité et de sanctions disciplinaires :
L'ancrage à l'IRIC : Il a longtemps exercé à l'Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC) à Yaoundé. Il y a occupé la fonction de Chef du département de l'Intégration et de la Coopération.
Il était également membre titulaire du comité scientifique de la Revue Camerounaise d'Études Internationales (RCEI).
Disgrâce et mutations disciplinaires : En mars 2021, à la suite de sorties médiatiques jugées outrancières par sa hiérarchie, il a été démis de ses fonctions administratives à l'IRIC par le ministre de l'Enseignement supérieur, Jacques Fame Ndongo. Il a ensuite été muté « en complément d'effectif » à l'annexe de l'Université de Ngaoundéré à Garoua, dans le nord du pays, une décision qu'il a farouchement contestée devant les tribunaux administratifs.
LE BIYAÏSTE AUTO-PROCLAMÉ
Le pedigree de Messanga Nyamding est indissociable de son activisme au sein du parti au pouvoir, le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC), dont il a fini par être banni :
Il a été membre titulaire du Comité central du RDPC, l'un des organes décisionnels du parti.
Après avoir accumulé plusieurs blâmes et avertissements pour insubordination et critiques acerbes contre les caciques du régime (notamment contre le Secrétaire Général du parti ou le SGPR Ferdinand Ngoh Ngoh), il a été définitivement exclu du RDPC en avril 2022 par la commission de discipline.
Depuis son exclusion, il continue de revendiquer une doctrine singulière : il se définit comme "Biyaïste" mais non "RDPCiste". Il affirme soutenir aveuglément la personne et la vision de Paul Biya, tout en combattant l'entourage du président qu'il accuse de comploter pour la succession.
En somme, son parcours révèle l'itinéraire d'un universitaire techniquement qualifié en droit public, mais dont la carrière a été sédimentée par son rôle d'agitateur médiatique. Ses interventions fracassantes (comme celle sur la vice-présidence) lui servent à maintenir son statut d'électron libre incontournable dans le débat de la transition camerounaise.
LARBIN DÉCOMPLEXÉ, FOU DU ROI, OU TRIBUN ZÉLÉ ?
L'attitude de Pascal Messanga Nyamding, qualifiée par de nombreux observateurs de posture du « larbin » ou du « fou du roi », ne relève pas d'une incapacité intellectuelle à comprendre la réalité du pouvoir à Yaoundé.
En tant que maître de conférences en science politique, il sait parfaitement que le pouvoir d'un président nonagénaire est décentralisé, voire capturé par des clans rivaux.
Son positionnement est en réalité une stratégie de survie et d'opportunisme politique hautement calculée, qui répond à plusieurs logiques précises :
I. Le "Biyaïsme" comme bouclier judiciaire et politique
Dans un régime caractérisé par une féroce guerre de succession, s'attaquer frontalement à la figure du président Paul Biya est une ligne rouge synonyme de mort politique, voire de poursuites judiciaires (à l'instar de l'opération Épervier).
En feignant de croire que le président contrôle tout et en lui vouant une allégeance aveugle, Messanga Nyamding se crée un sauf-conduit.
Attaquer l'entourage en épargnant le Roi : Cela lui permet de concentrer ses flèches sur ses véritables ennemis — les ministres et les barons du régime (le "cartel") — tout en se lavant de tout soupçon de trahison ou de sédition envers le chef de l'État.
LE RÔLE DE FOU DU ROI : UNE NICHE MÉDIATIQUE
Le rôle du "Fou du Roi" est une niche médiatique lucrative dans l'espace public camerounais. Cette posture d'électron libre est une fonction stratégique :
Le pouvoir a besoin de figures qui font du spectacle pour détourner l'attention des vrais problèmes structurels (crise économique, vacance de fait, tensions anglophones).
En tenant des propos outranciers ou manifestement faux (comme sa fausse note sur la vice-présidence), il s'assure une présence permanente sur les plateaux de télévision (Vision 4, Équinoxe, etc.). Cette hyper-visibilité médiatique est sa seule monnaie d'échange pour exister politiquement depuis son exclusion du RDPC en 2022.
ESPOIR D’ARBITRAGE OU D’UN RETOUR EN GRÂCE
Bien qu'il sache le pouvoir « cartélisé », Messanga Nyamding parie sur le fait que le président de la République conserve, même de manière résiduelle, le pouvoir de nomination ultime ou un rôle d'arbitre suprême.
L'histoire politique camerounaise regorge de cadres déchus qui, à force de manifestations de loyauté outrancières, ont fini par être rappelés aux affaires par Paul Biya.
En refusant de s'aligner officiellement sur l'un des clans du cartel (camp du SGPR, camp du MINFI, etc.) et en restant uniquement "fidèle au président", il espère apparaître comme un homme neutre et récupérable par le clan qui sortira vainqueur de la transition.
LE DÉNI DOGMATIQUE COMME POSTURE INTELLECTUELLE
Pour un universitaire qui a théorisé pendant des décennies la toute-puissance de l'État et la figure centrale du chef, admettre publiquement la vacance systémique ou la perte de contrôle du président reviendrait à saborder son propre logiciel idéologique. Préférer le mensonge ou la flatterie outrancière à la description du réel est une manière de refuser sa propre marginalisation.
En somme, Pascal Messanga Nyamding ne souffre d'aucune cécité politique.
Sa posture est le reflet d'un pragmatisme cynique — dans un système verrouillé où la vérité est dangereuse!
Jouer le rôle du bouffon loyaliste reste la stratégie la plus sûre pour ne pas sombrer dans l'anonymat ou la prison.
Loïc Kodjay









