Actualités of Thursday, 4 June 2026

Source: www.camerounweb.com

ÉPERVIER - Scandale des marchés publics à Banka : L’insoutenable hold-up juridico-financier du maire et du préfet

Les populations de Banka et les contribuables camerounais exigent la lumière sur les comptes Les populations de Banka et les contribuables camerounais exigent la lumière sur les comptes

Un scandale de marchés publics secoue actuellement la commune de Banka, au Cameroun. Selon des sources concordantes, un marché public de 250 millions FCFA attribué de gré à gré pour des travaux routiers aurait bénéficié à une entreprise appartenant au maire de Banka, créant ainsi un potentiel conflit d’intérêts. Les fonds prévus pour la réhabilitation d’une route et l’aménagement d’une cour royale auraient été utilisés pour la construction d’une stèle controversée, ce qui constituerait une modification de l’objet du marché.

« Nous pensions être face à une simple querelle de clocher ou à une erreur d’appréciation culturelle concernant l’érection d’une stèle communale. Les masques viennent de tomber. Les documents exclusifs obtenus par notre rédaction comme jointe ci-dessus, dévoilent un séisme politico-financier : un marché public de 250 000 000 (Deux cent cinquante millions) de FCFA accordé en gré à gré, dans lequel le Maire de Banka est à la fois le donneur d'ordres caché, le bénéficiaire financier et l'autorité politique qui défend le projet sous sa casquette d'élu.

Analyse chirurgicale de ce qui s'apparenterait à un flagrant délit de conflit d'intérêts et de détournement de deniers publics au mépris des lois camerounaise tel que décrié par certains conseillers municipaux.

1. Le hold-up des 250 millions : Le jeu de dupes entre le Préfet et le MINMAP

L'un des documents révèle que le 26 janvier 2026, le Ministre Délégué à la Présidence chargé des Marchés Publics (MINMAP), Ibrahim Talba Malla, a accordé au Préfet du Haut-Nkam une autorisation exceptionnelle de passer un marché de gré à gré d'un montant de 250 millions de FCFA.

La lettre ministérielle imposait une condition stricte (en application de l'article 110 alinéa 3 du Code des Marchés Publics de 2018) : consulter au moins trois entreprises aux capacités avérées, dont CLEAN INDUSTRY CAMEROON SARL.

C'est ici que l'ingénierie de la corruption se déploie :
Le Préfet sollicite un gré à gré pour une "urgence" ou un motif "exceptionnel" (Article 109-C du Code).

Parmi les trois entreprises prétendument mises en concurrence de façade, on retrouve CLEAN INDUSTRY CAMEROON SARL. Or, comme le prouve le document annexe joint, le Directeur Général et propriétaire de cette entreprise n’est autre que Joseph Clovis Ngeussieuk... l’actuel Maire de Banka !

2. La violation frontale du Code des CTD et du Code des Marchés Publics

L'article 133 du Code Général des CTD de 2019 et les dispositions du Code des Marchés Publics de 2018 interdisent formellement à tout exécutif municipal (Maire ou Adjoint) de soumissionner, de contrôler ou de bénéficier directement ou indirectement d'un marché public géré, financé ou exécuté sur le territoire de sa propre collectivité ou impliquant l'autorité de tutelle directe (la Préfecture).

Prise illégale d'intérêts et délit d'initié : En utilisant sa société Clean Industry SARL pour capter un marché de 250 millions de FCFA dans sa propre zone politique, Joseph Clovis Ngeussieuk viole le principe de l'éthique publique.

Le dédoublement de personnalité coupable : Face au MINHDU, il écrit et signe avec l'en-tête de la "Commune de Banka" en tant que Maire. Face aux banques et au Préfet, il signe sous l'en-tête de "Clean Industry Cameroon" en tant que Directeur Général* Cette schizophrénie administrative a un nom en droit pénal : la corruption et le trafic d'influence.

3. Le mensonge d'État : Le détournement criminel de l'objet du marché

C’est le scalpel de cette investigation : la comparaison entre ce que l’État finance et ce que le Maire construit réellement sur le terrain.
Dans la lettre d’attribution du MINMAP, le libellé officiel et mûri du projet est le suivant :
« Travaux de réhabilitation en enduit superficiel bicouche de la route communale Inter N°5-Chefferie BATCHO avec Bretelle TAGNI LOUIS EKEU-TAGNI YOSSA y compris aménagement de la cour Royale en pierres maçonnés. »

Constat flagrant de fraude

L'argent a été débloqué pour faire une route et aménager une cour royale (travaux de génie civil et de voirie lourde). Or, dans sa lettre de défense du 02 juin 2026, le Maire justifie fébrilement la construction d’une stèle controversée.

Où sont passés les 250 millions destinés à la route bitumée et aux pierres maçonnés de la chefferie Batcho ? Pourquoi la mairie utilise-t-elle des fonds de voirie routière pour fabriquer un monument (une stèle) non inscrit dans le libellé du marché du MINMAP ? Il y a ici une modification unilatérale de l'objet du marché et un détournement de destination des fonds publics. Une stèle n'a jamais valu 250 millions de FCFA. Sauf si cela est un ajout complexe au cahier de charge du projet post passation de marché.

4. Pourquoi le Maire répond-il en tant que Maire et non comme prestataire ?

La clé du mystère réside dans sa lettre à la MINHDU. Interpellé par le ministère sur le caractère conflictuel de l'ouvrage, Joseph Clovis Ngeussieuk n'a pas pu répondre sous la casquette de "Clean Industry" (ce qui aurait instantanément révélé le pot aux roses du marché de gré à gré).

Il a donc enfilé son écharpe de Maire pour couvrir l'entreprise du Directeur Général Ngeussieuk. En protégeant la stèle au nom de la "compétence communale", le Maire protège en réalité le marché public de sa propre entreprise. C'est l'illustration parfaite de l'utilisation de l'appareil d'un électorat au service d'intérêts financiers personnels et privés. Le Préfet du Haut-Nkam, qui a piloté ce gré à gré, se retrouve de fait complice de cette imposture en ayant fermé les yeux sur l'identité du bénéficiaire réel de la consultation restreinte.

Conclusion : L’heure des comptes a sonné

Les masques de la "promotion culturelle" et de la "mémoire collective" évoqués par la mairie sont tombés en morceaux. Ce qui se joue à Banka n’est pas un débat coutumier, c’est une opération financière de 250 millions de FCFA captée en gré à gré par une élite municipale, déguisée en aménagement routier, et exécutée au mépris du libellé initial du projet.

La descente de la Direction de l’Architecture et des Normes de la MINHDU ce 04 juin 2026 ne doit plus seulement être un arbitrage traditionnel : elle doit devenir le point de départ d'une enquête du Conseil de Discipline Budgétaire et Financier (CDBF) du Contrôle Supérieur de l'État et du CONAC. Les populations de Banka et les contribuables camerounais exigent la lumière sur les comptes de Clean Industry et sur la gestion de la mairie. Force doit rester à la loi.»