Les révélations publiées le 19 août 2026 par Africa Intelligence sur la gouvernance de la Société nationale des hydrocarbures (SNH) continuent de provoquer de vives réactions dans les milieux politiques et économiques camerounais.
Parmi les voix les plus critiques figure celle d’Akere Muna. L’avocat et figure de la lutte contre la corruption estime que les conclusions de l’audit confirment les alertes qu’il affirme avoir lancées depuis plusieurs années sur la gestion de l’entreprise publique.
Dans sa réaction, Akere Muna décrit le rapport comme une véritable condamnation du mode de gouvernance qui s’est progressivement installé au sein de la SNH. Il met particulièrement en cause le rôle attribué à Nathalie Moudiki, présentée dans plusieurs analyses comme la dirigeante de facto de l’entreprise en raison de l’absence prolongée du directeur général, Adolphe Moudiki. « une femme qui trahit la loi, défie la gouvernance, se moque des statuts même de l'institution qu'elle dirige et minére sa direction générale» écrit Akere Muna.
Selon lui, les irrégularités relevées par l’audit traduisent une crise profonde de gouvernance caractérisée par le non-respect des règles institutionnelles, l’affaiblissement des mécanismes de contrôle et la concentration du pouvoir entre les mains d’un nombre limité d’acteurs.
L’ancien candidat à l’élection présidentielle considère également que cette affaire vient confirmer les mises en garde formulées depuis plusieurs années par les agences internationales de notation financière, notamment Fitch Ratings, concernant les risques liés aux interventions financières jugées opaques et insuffisamment encadrées de la SNH.
Pour Akere Muna, les conséquences dépassent largement le cadre de l’entreprise publique. Elles concernent directement la crédibilité financière du Cameroun, dans un contexte marqué par un endettement important et par la nécessité pour le pays de préserver la confiance des bailleurs de fonds internationaux.
L’avocat souligne notamment que le ratio de la dette publique par rapport au produit intérieur brut atteint 44,2 %, un niveau qui alimente les inquiétudes sur la soutenabilité des finances publiques.
Les révélations relatives au projet Cstar, au transfert envisagé de fonds vers Dubaï et aux anomalies relevées dans les états financiers renforcent, selon lui, les interrogations sur la gestion des ressources stratégiques du pays.
L’une des principales critiques formulées concerne la question de la responsabilité institutionnelle. Comment une entreprise aussi stratégique que la SNH a-t-elle pu fonctionner pendant plusieurs années sans assemblée générale ? Comment certaines opérations ont-elles pu être engagées alors que plusieurs procédures administratives semblaient incomplètes ? Qui assumera la responsabilité politique et administrative des irrégularités relevées par l’audit ?
Pour Akere Muna, cette affaire illustre l’une des principales faiblesses de la gouvernance publique au Cameroun : l’impunité.
Il estime qu’aucune personne, quelle que soit sa position ou son influence, ne devrait pouvoir agir en dehors du cadre légal au sein d’une entreprise qui gère une part essentielle des ressources nationales.
Ces déclarations interviennent alors que le président Paul Biya séjourne toujours à Genève et que le Cameroun poursuit ses discussions avec ses partenaires financiers internationaux.
Les conclusions de l’audit pourraient désormais ouvrir un nouveau chapitre dans le débat sur la gouvernance des entreprises publiques. Reste à savoir si ces révélations entraîneront des réformes concrètes ou si elles alimenteront simplement une controverse politique de plus.









