Actualités of Wednesday, 10 June 2026

Source: www.camerounweb.com

ÉPERVIER – Affaire Abah Abah : On tire sur l’ambulance 18 ans après !

L’objectif est désormais l’opprobre L’objectif est désormais l’opprobre

La mise aux enchères des biens de l’ancien ministre Polycarpe Abah Abah, prévue par la SRC en juin 2026, soit dix-huit ans après son arrestation dans le cadre de l’Opération Épervier suscite des réactions. Beaucoup d’observateurs estiment que cette procédure dépasse désormais le cadre de la justice pour relever de l’humiliation publique et de la « vengeance d’État.

Le communiqué de la SRC annonce une vente aux enchères du 25 au 27 juin 2026 à Bonanjo, à Douala. Véhicules de luxe, salons, groupes électrogènes : des biens qui vont changer de propriétaires. Ils appartiennent à Polycarpe Abah Abah. Dix-huit ans après son arrestation, la justice ne brille pas par sa célérité. Elle brille par sa cruauté.

La justice américaine humilie l’accusé le jour de son arrestation : menottes, photo, procès rapide. Une fois condamné, il purge sa peine. Une fois libéré, il peut renaître. Au Cameroun, l’accusé ou le condamné est frappé d’opprobre pour le restant de sa vie. Arrestation en 2008. Procès, acquittements, condamnations, révisions. Et en 2026, on vend encore ses meubles à la criée. On ne punit pas. On expose. On ne juge pas. On prolonge. On tire sur une ambulance. Abah Abah est tombé en 2008. Ses biens sont vendus en 2026. Entre-temps, que s’est-il passé? Sous sa direction à la tête des Impôts, les recettes sont passées de 250 à 750 milliards. Le Cameroun a atteint le point PPTE. Des réformes ont été adoptées. Mais l’État ne retient que les salons saisis. Il ne compte pas les milliards générés. Il compte les véhicules bradés.

L’objectif n’est plus le recouvrement. Le produit des enchères sera dérisoire au regard des budgets autrefois gérés. L’objectif est désormais l’opprobre. La Maison du Parti de Bonanjo devient un pilori. On affiche les noms. On étale les biens devant les caméras. L’humiliation remplace la peine. La durée remplace la justice. Résultat : le système s’adapte. Les pontes suivants ont compris. Ne pas accumuler. Ne pas laisser de traces. Ne pas stocker de groupes électrogènes. Épervier n’a pas tué la corruption. Il l’a rendue invisible. Il a appris aux gestionnaires à être discrets, non à être honnêtes.

Le bilan est amer : dix-huit ans, des vies brisées, des familles marquées, des patrimoines liquidés. Et l’État toujours en quête de milliards. On brade les biens des hommes, mais on n’a jamais bradé les méthodes qui les ont fait tomber. Une justice qui s’acharne dix-huit ans après n’est plus une justice. C’est une vengeance d’État. Une démocratie ne se mesure pas à la durée de l’opprobre qu’elle inflige. Elle se mesure à sa capacité à dire la vérité une fois, puis à tourner la page. Rien que la vérité. Et puis la justice.

Duke Atangana Etotogo