Jeune Afrique retrace comment, selon lui, la tripartite a préparé la réélection contestée de 1992. Ce sont l’analyse du magazine et le jugement d’un politologue, non des faits arrêtés par une instance indépendante.
Une opposition qui se scinde. D’après le magazine, trois des partis de la Coordination de l’opposition avaient refusé l’invitation de la présidence, mais la majorité des opposants ont « joué le jeu ». Le 4 novembre, la Coordination a estimé que Sadou Hayatou ne tenait pas compte de ses revendications et suspendu sa participation. Jeune Afrique rapporte que Samuel Eboua a conduit une délégation auprès des missions diplomatiques, tandis qu’Adamou Ndam Njoya en menait une autre pour négocier avec le Premier ministre, notamment sur une réforme constitutionnelle. Deux camps se forment, qui ne semblent pas irréconciliables, précise le magazine.
Une loi électorale « sans nouvelle consultation ». Selon Jeune Afrique, la révision constitutionnelle a été renvoyée à une commission technique, et en décembre 1991, le Parlement a adopté une nouvelle loi électorale, transmise aux députés sans nouvelle consultation de l’opposition. Le magazine détaille les griefs de cette dernière : l’interdiction des candidatures individuelles et des alliances entre partis, un découpage des circonscriptions jugé inéquitable et une partialité présumée des commissions électorales, sous l’autorité d’une administration contrôlée par le RDPC. Ce sont les critiques des opposants, rapportées par le magazine.
Les législatives du 1er mars 1992. Jeune Afrique indique que le SDF de John Fru Ndi et plusieurs autres formations ont refusé d’y participer, tandis que d’autres, notamment l’UNDP de Bello Bouba Maïgari, ont concouru. Le magazine cite un représentant de l’ambassade de France : « C’est un premier scrutin, cela ne sera pas parfait… » Le RDPC a obtenu 88 sièges sur 180 et l’UNDP 68. Selon le magazine, le parti au pouvoir n’a pas la majorité absolue, comme Paul Biya l’aurait souhaité, mais l’opposition est durablement fracturée.
La présidentielle du 11 octobre 1992. D’après Jeune Afrique, le scrutin se déroule en un seul tour, John Fru Ndi y participant cette fois à la tête d’une coalition. Le magazine rapporte que le dirigeant du SDF a revendiqué la victoire avec 38,67 % des voix, contre 36,86 % pour le président sortant, mais que ce dernier a été déclaré vainqueur avec 39,98 %, contre 35,97 % pour son principal opposant. Bello Bouba Maïgari est crédité de 19,22 %, et l’UNDP est ensuite entrée au gouvernement.
Le verdict d’un politologue. Jeune Afrique cite un politologue camerounais, resté anonyme : « Paul Biya a conservé le pouvoir en 1992 en jouant sur les divisions de l’opposition. Et, s’il a pu le faire, c’est parce qu’il a gardé le contrôle de la tripartite de 1991. Cela n’aurait pas été le cas avec une conférence nationale souveraine. » Le magazine conclut que trente-cinq ans plus tard, le système politique reste verrouillé et que les Camerounais attendent toujours leur première alternance par les urnes.









