Maurice Djiongo, auteur du livre Changer le Cameroun par la philosophie, publie sur les réseaux sociaux une opinion. Titrée « Mbembe & Djamen : maison commune, chambre commune », le citoyen fait savoir dans sa sortie que la politique camerounaise connaît parfois des destins qui interpellent, parce qu’ils semblent passer du courage au renoncement, de l’engagement à la compromission.
Deux figures en offrent aujourd’hui l’illustration : Célestin Djamen et Achille Mbembe. L’un vient du champ politique, l’autre du champ intellectuel, mais leurs trajectoires finissent par se croiser, jusqu’à les installer dans la même maison commune de la duplicité.
Célestin Djamen a marqué les esprits par son engagement au sein du MRC, au point de recevoir une balle à la jambe lors d’une manifestation. Ce geste extrême, payé de sa chair, devait incarner la constance et la détermination d’un opposant prêt à se sacrifier pour ses convictions. Pourtant, le retournement qui a suivi brouille tous les repères : celui qui avait endossé la souffrance d’un militant de terrain se retrouve aujourd’hui du côté du régime qu’il combattait.
Ce paradoxe nourrit la conviction qu’il n’est plus qu’un opposant de façade, un exemple frappant de ces trajectoires qui minent la crédibilité de l’opposition et renforcent le scepticisme du peuple.
Achille Mbembe, quant à lui, n’est pas homme de partis mais homme d’idées. Célébré à l’international comme penseur de la décolonisation, il a longtemps gardé le silence sur une question brûlante pour son pays : le tribalisme anti-Bamiléké.
Pendant des années, aucune dénonciation claire ne porta sa voix. Ce n’est que récemment, lorsque ses liens avec Emmanuel Macron se sont affichés au grand jour, qu’il choisit soudainement d’en faire un thème central. La coïncidence ne trompe pas : loin d’un cri de vérité, sa posture ressemble à un calcul.
Sa voix, désormais associée à une liaison incestueuse avec l’Élysée, apparaît comme celle d’un commis néocolonial plus soucieux de consolider sa place auprès du pouvoir français que de défendre les intérêts du Cameroun. Ses récriminations, loin de protéger les opprimés, deviennent alors des instruments d’un agenda extérieur.
Ainsi, malgré leurs différences de parcours, Djamen et Mbembe finissent par partager le même espace symbolique. L’un a glissé de l’héroïsme blessé au renoncement politique, l’autre de la critique radicale au calcul opportuniste. Mais tous deux se retrouvent dans cette maison commune où l’engagement se transforme en compromission, et dans cette chambre commune où l’éthique cède la place aux arrangements. C’est là la leçon politique du moment : lorsqu’on sacrifie la fidélité à la vérité sur l’autel du calcul, ni l’opposant ni l’intellectuel ne servent le peuple, ils ne servent que leur ventre et leurs alliances.